Dans l'ombre (Arnaldur Indriðason)

LES LIEUX:

Dans l ombre

Dans Autour de... La femme en vert, vous pourrez lire un article sur l'Islande dans la guerre et l'occupation alliée.

Quelques photos

La léproserie du cap Laugarnes

Holdsveiki magnus

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Le Höfði

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Les Polarnir

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« Les Polarnir étaient un quartier pauvre à la lisière  de la ville, au sud du boulevard Snorrabraut. Bâtis durant la Première Guerre mondiale et destinés aux familles en difficulté, ces hébergements d’urgence avaient perduré et abritaient désormais trois cents personnes qui y vivaient dans des conditions misérables. Depuis quelques années, on avait installé l’électricité dans ces bâtiments en bois construits à la va-vite, mais ils n’avaient pas d’eau courante, ils étaient mal isolés et on y gelait l’hiver. » (Dans l’ombre, Arnaldur Indriðason, p.288)

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« La situation »

Ástandið, terme qu’on peut traduire par « la situation », est un mot utilisé pour parler des relations des soldats britanniques et américains, qui occupèrent l’Islande de 1940 à 1945, avec les femmes islandaises. Au maximum, le nombre de soldats alliés fut équivalent à la population masculine de l’île. Nombre de ces militaires firent la cour aux filles du cru et l’on estime à une centaine le nombre de femmes qui se marièrent. De telles relations avec les troupes d’occupation ne furent pas toujours vues d’un bon œil et les femmes concernées étaient traitées de prostituées ou de traitres à la patrie. Les enfants nés de ces unions furent appelés les « enfants de la situation », en islandais ástandsbörn.

Quand les troupes britanniques envahirent l’Islande, en 1940, les gens s’amassèrent dans les rues, pour voir les soldats défiler. Le prestige de l’uniforme fit son œuvre auprès des jeunes femmes. Immédiatement, des débats naquirent à propos des effets de cette occupation, préconisant un contact minimum avec la troupe. Mais ce fut difficile à tenir ; de nombreux Islandais tirant profit de cette présence pour s’enrichir par des emplois en lien avec l’armée ou grâce à des trafics. Un comité fut même constitué, qui publia un rapport accablant sur la prostitution engendrée par la présence militaire. Selon certaines sources, des filles âgées d’à peine 12 ans furent même impliquées. Les autorités islandaises essayèrent, sans succès véritable, de limiter les contacts entre les soldats et les Islandaises. Ces soldats quittèrent l’île à la fin de la guerre.

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La visite de Winston Churchill en Islande

Cet article est écrit à partir du témoignage de Magnús Erlendsson, né en 1931, qui vécut cette période et devint un grand admirateur de Winston Churchill.

Le samedi 16 août 1941 commença comme n’importe quel samedi. Le Morgunblaðið avait rapporté en page 3 de l’édition du jour, qu’une fantastique parade militaire aurait lieu plus tard dans la journée et qu’un événement spécial se produirait vers dix heures du matin. L’article encourageait les lecteurs à s’y rendre. Un bon nombre de curieux, qui ne savaient pas ce qui allait se passer, se pressèrent sur les quais. Un destroyer arriva et s’amarra au port. Sur le pont du navire, se tenait Winston Churchill en personne, en veste et casquette du Royal Yacht Squadron.

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Churchill venait de Terre-Neuve, où il avait participé à la conférence atlantique avec le président Roosevelt, et avait décidé de faire escale en Islande sur le trajet de retour. Il était accompagné de Franklin Roosevelt Jr, le fils du président américain.

A propos de cette visite, le « Vieux lion » écrivit dans ses Mémoires de guerre : « nous atteignîmes l’île samedi 16 août au matin [à bord du HMS Prince of Wales] et jetâmes l’ancre à Hvald Fiord, d’où un destroyer nous conduisit à Reykjavik. A l’arrivée au port, je reçus un accueil remarquablement chaleureux et enthousiaste de la part d’une grande foule. Les « bienvenue » amicaux se répétèrent chaque fois que ma présence fut remarquée, tout au long du séjour, culminant par des scènes de large enthousiasme, lors de notre départ, l’après-midi.»

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Churchill fut accueilli sur le quai par le premier ministre islandais, Hermann Jónasson, qui l’accompagna directement à l’Alþingi, le parlement islandais. Là, Churchill rencontra les membres du gouvernement, notamment Sveinn Björnsson, régent d’Islande et futur premier président du pays. Le premier britannique resta environ une heure et demie à l’Alþingi, rencontrant les principaux leaders de l’île. A la fin, le régent et les deux premiers ministres sortirent sur le balcon du parlement, pour être acclamés par la foule, réunie sur la place, qui réalisa alors à quel visiteur elle avait affaire.  Vers midi, après une brève introduction du chef du gouvernement local, Churchill prononça une rapide allocution :

« Je suis heureux d’avoir l’occasion de visiter la nation qui, depuis si longtemps, a aimé la démocratie et la liberté. Nous, puis ensuite les Américains, nous sommes engagés à préserver ce pays de la guerre. Mais vous réalisez tous, que si nous n’étions pas intervenus, d’autres l’auraient fait. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour nous assurer que notre présence ici causera le moins de désordre possible, dans la vie des Islandais. Mais, pour l’instant, votre pays est une base importante pour la protection des droits des nations. Quand le combat présent aura cessé, nous, et les Américains, assurons que l’Islande recouvrira une liberté absolue. Nous venons chez vous, comme une nation cultivée va chez une autre nation cultivée. Et c’est notre but, que votre culture du passé puisse être associée à votre progrès dans le futur, comme peuple libre. J’ai plaisir à vous souhaiter le bonheur et une bonne chance pour les temps à venir. »

Churchill eut une journée bien remplie. Il y eut une grande parade au cours de laquelle il passa en revue les troupes stationnées en Islande.

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Après cela, il déjeuna à la résidence de l’ambassadeur britannique, alors située au Höfði.

                Dans ses secondes Mémoires de guerre, le « Vieux lion » écrivit qu’après le défilé et le déjeuner, « je trouvai le temps de voir les nouveaux aérodromes en construction et de visiter les spectaculaires sources chaudes. Je pensai immédiatement qu’elles pourraient être utilisées pour chauffer Reykjavik, en essayant de mener à bien ce projet, malgré la guerre. Je suis content que ce soit aujourd’hui mis en place. » En réalité, l’idée d’utiliser l’eau chaude, pour chauffer la capitale, fut planifiée par les autorités locales bien avant le début des hostilités, mais la guerre différa la mise en œuvre du projet. La plaisanterie qui circulait alors en Islande est que Churchill s’était convaincu lui-même, qu’il avait donné l’idée aux habitants.

                Churchill quitta Reykjavik tard dans l’après-midi, sur le même destroyer qu’à l’aller, qui le mena à Hvalfjord, où le HMS Prince of Wales l’attendait. Les navires du port sonnèrent le V de victoire en morse. Le premier ministre visita encore quelques navires dans le fjord et s’adressa aux marins les assurant de l’importance de leur devoir. Hvalfjord, juste au nord de Reykjavik, jouait le rôle de port en eau profonde pour la flotte marchande alliée, en route pour le port soviétique de Mourmansk.

 

 

Les Canadiens-Islandais ou Islandais de l’ouest (islenskur-kanadisk) :

Sont désignés ainsi, les citoyens canadiens d’ascendance islandaise ou nés en Islande. Le Canada accueille la plus grande population islandaise hors de l’île, avec près de 94000 personnes d’origine islandaise, selon un recensement de 2011. Beaucoup sont les descendants de ceux qui fuirent l’éruption de l’Askja en 1875.

                L’histoire des Islandais en Amérique du nord remonte approximativement à un millénaire. Les tout premiers Européens qui attinrent l’Amérique du nord furent des Vikings islandais, qui établirent une colonie sur l’île de Terre-Neuve, sur le site de l’Anse aux Meadows , vers 1009.

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Reconstitution de l’habitat de l’Anse aux Meadows, sur Terre Neuve.

Snorri Þorfinnsson, fils de Þorfinnr Karlsefni et de Guðriður, fut le premier Européen, né au nouveau monde. En 1875, plus de 200 islandais émigrèrent dans le Manitoba, s’établissant sur la rive occidentale du lac Winnipeg. Ce fut l’avant-garde d’une plus vaste immigration vers les provinces canadiennes. Selon l’historien Gunnar Karlsson, la migration en provenance d’Islande est unique dans le fait qu’elle se dirige principalement vers le Canada et non vers les Etats-Unis. Cela est dû au fait que les autorités canadiennes cherchèrent à promouvoir l’immigration, en coopération avec la compagnie maritime Allan Line, qui avait déjà ouvert un bureau en Islande, dès 1873.

32 Brochure destinée aux émigrants de la compagnie Allan Line.

Cette campagne connut un succès en Islande, car l’émigration en était à ses débuts, contrairement à d’autres pays d’Europe, pour qui, des migrants étaient déjà partis aux Etats-Unis, constituant une communauté, qui attiraient leurs compatriotes.

                1245 Islandais furent enrôlés comme soldats durant la première guerre mondiale ; 989 endossant l’uniforme canadien et 256 celui des Etats-Unis. 391 de ces soldats étaient nés en Islande. 14 femmes d’origine islandaise servirent comme infirmières. Au moins 144 combattants périrent et 10 furent prisonniers des Allemands.

                Aujourd’hui, les Canadiens-Islandais se sont fondus dans la société nord-américaine, perdant la règle de transmission des noms patronymiques. En 2011, on recensait 94205 Canadiens-Islandais, dont 30025 au Manitoba, 22600 en Colombie britannique, 17075 en Alberta, 13130 en Ontario et 9010 au Saskatchewan ; les autres provinces en comptant moins de 1000.

 

Le parti nationaliste.

Le parti nationaliste (Flokkur þjóðernissinna) fut constitué en mars 1934, par la fusion du mouvement nationaliste islandais et du parti nationaliste islandais, mouvements anticommunistes et antidémocratiques. Le mouvement nationaliste étant lié au parti de l’Indépendance, quand le parti nationaliste fut créé, beaucoup de ses membres proches du conservatisme, refusèrent de rejoindre la nouvelle organisation. Le départ initial de cette tendance entraina le parti nationaliste sur une voie plus radicale et extrémiste, que les mouvements initiaux.

Le parti avait pour but de protéger l’identité ethnique des Islandais et prônait la suprématie de la race aryenne et l’antisémitisme. Les adhérents étaient favorables à une réforme agricole et au corporatisme. Ils essayaient de pousser le gouvernement à investir dans l’industrialisation. Ils réclamaient l’abolition de l’Alþingi, pour le remplacer par un parlement corporatiste. Ils rejetaient la traditionnelle division droite-gauche, en se présentant comme une alternative radicale à la politique islandaise. Ils furent davantage influencés par les idées de Frits Clausen, le nazi danois, que par celles d’Adolf Hitler et aucun élément ne permet d’établir un lien direct entre le parti et l’Allemagne nazie.

                Adoptant les parures du fascisme, le parti organisa une milice, qui défilait les 1er mai, brandissant à la fois les drapeaux islandais et celui frappé de la croix gammée. Les membres portaient une chemise grise et un brassard avec la svastika rouge.

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Marche des chemises grises à Reykjavik dans les années 30.

Le mouvement publiait un journal quotidien, Ísland, et un périodique, Mjölnir, du nom du marteau légendaire du Dieu Thor.

                Le parti nationaliste n’eut jamais de représentants élus, à l’exception d’un siège au conseil étudiant de l’université d’Islande, pour un mandat de quatre ans. Il fit cependant parler de lui quand, en 1936, il publia, dans Ísland, la copie de l’agenda du ministre des finances. Les bureaux du parti furent alors perquisitionnés par la police et des leaders furent arrêtés, bien qu’il n’y eût aucune condamnation. Cependant, le parti ne reçut jamais un franc soutien de la population, malgré une certaine sympathie pour l’Allemagne nazie parmi les Islandais. Cela se traduisit par des résultats très faibles : 0,7% en 1934 et 0,2% en 1937. Le meilleur score fut obtenu, en 1934, aux élections municipales de Reykjavik, avec 2,8% des votes.

                Le parti, qui ne dépassa pas les 450 membres, commença à décliner après les arrestations. 1938 fut la dernière année durant laquelle les chemises grises défilèrent, alors que Les buts du parti nationaliste fut leur dernière publication importante, en 1939, à part quelques parutions sporadiques d’Ísland. Le mouvement fut supprimé par les Alliés lors de l’occupation de l’île, à partir de 1940. Le parti fut officiellement dissous en 1944, quand la défaite de l’Allemagne devint inéluctable.

 

Werner Gerlach

                Le 10 mai 1940, les forces britanniques lancèrent l’opération Fork d’invasion de l’Islande. Hormis l’occupation de l’île, l’un des objectifs était d’arrêter le consul allemand, le docteur Werner Gerlach. Il était un membre fanatique du parti nazi et avait essayé, sur ordre des plus hautes autorités, de gagner les Islandais à la cause allemande. Les autorités nazies avaient identifié la nation islandaise  comme celle de la pure et valeureuse « race aryenne ». Le docteur Gerlach fut très vite déçu par l’Islande et ses habitants. « Il n’y a rien qui reste de la noble nation et de son orgueil, si ce n’est la servilité, le manque de décence, la flagornerie et l’humiliation », écrivait-il dans son mémorandum.

                Dans les années 30, les cercles intellectuels fanatisés du parti nazi voyait l’Islande comme le paradis de la race pure germanique. Heinrich Himmler, le chef de la SS, fut très intéressé par le mysticisme et idolâtrait les Vikings, symboles de la supériorité de la race nordique. Le docteur Bernard Kummel, scientifique proche d’Himmler, écrivit un ouvrage sur les trésors spirituels du peuple islandais et encourageait les Allemands à partir sur l’île en quête de ces trésors.

                La mission de Gerlach fut d’encourager les puissants Islandais à rejoindre les nazis, sur la pureté raciale et la domination des peuples inférieurs. Gerlach, qui était par ailleurs un médecin réputé, qui sévit notamment au camp de Buchenwald, et un membre ancien du parti nazi, ne trouva aucune trace de ces trésors, chantés par ses supérieurs. Au lieu de cela, il ne rencontra que ce qu’il décrivait comme « des comportements pathétiques de dégénérés sauvages et corrompus. » Nous savons cela par les nombreuses notes laissées par le docteur et conservées aux archives nationales d’Islande. Prisonnier, Werner Gerlach fut échangé, en 1941, contre un diplomate allié. Il mourut en 1963.

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Les affaires du consul Gerlach, exposées au musée national d’Islande.

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