La muraille de lave (Arnaldur Indriðason)

LES LIEUX

Muraille de lave 1

Muraille de lave 3

Quelques photos :

La banque centrale d’Islande (Seðlabanki), la « muraille de lave »:

Sedlabanki islands logo

Banque centrale1  Banque centrale3

 

 

Laugarasbio

Le cinéma Laugarasbio.

 

Les appareils de projection:

Camera eumig  Projecteur bell howell 16mm

La caméra Eumig et le projecteur Bell & Howell 16 mm

Paysages.

Svortuloft1   Svortuloft2

Svörtuloft, la vraie muraille de lave

Strand bij skar vik

La baie de Skarðsvik et sa plage.

Hotel bu ir

L’hôtel Búðir.

 

La crise islandaise de 2008 :

La crise financière mondiale de 2008 a frappé l’Islande de plein fouet. En 2008, l’amoncellement de dettes était beaucoup plus élevé que dans les pays du sud de l’Union européenne. Alors que les dettes en Grèce s’élevaient à 175% du produit intérieur brut, les dettes de l’île (notamment celles des banques) étaient 10 fois supérieures au PIB, c’est-à-dire 1000% – donc un véritable scénario catastrophe. Néanmoins, l’Islande se retrouve aujourd’hui relativement en bonne santé. En 2015, la croissance est de 2,7 %, le taux de chômage est en dessous de 5 % et l’inflation est passée à 0,8 %, contre 13 % au plus fort de la crise. Comment cela a-t-il été possible ?

Dans les années de la fin du millénaire, l’Islande se faisait remarquer par des taux de croissance très élevés. La raison n’était pas les fruits de la pêche, mais elle se trouvait ailleurs : les trois grandes banques, Glitnir, Landsbanki et Kaupþing,  s’étaient engagées dans un jeu risqué et avaient transformé l’île en une place financière globale. Elles attiraient, par exemple, des fonds d’épargne étrangers avec des taux d’intérêts surélevés et investissaient cet argent dans des placements financiers risqués dans le monde entier – dans un premier temps avec succès. Leurs  responsables, les « nouveaux Vikings », se présentaient alors comme étant « modernes » et « ouverts » et rompirent avec les traditions de leur banque et de leur corps de métier. Mais,  la crise des subprimes de 2008 entraîna très rapidement la faillite de ces trois grandes banques.

 

Plutôt que de les renflouer à grand renfort de deniers publics, faisant ainsi passer, comme ce fût le cas en France, le fardeau sur les épaules des contribuables, le gouvernement islandais promulgua une loi d’urgence pour les nationaliser, les transformant ainsi en banques de dépôts pour garantir l’épargne des Islandais. Cependant, le traitement des dettes extérieures des trois banques islandaises était controversé. Selon la doctrine occidentale, l’Etat et les contribuables devaient, au moins en partie, en assumer la responsabilité. Il s’agissait avant tout des fonds dits Icesave. En tant que filiale en ligne de la Landsbanki nationalisée, Icesave avait attiré pendant plusieurs années, avec des intérêts élevés, de nombreux petits épargnants étrangers, dont l’argent n’était pas couvert par l’assurance islandaise des dépôts.

Avant tout la Grande Bretagne et les Pays-Bas, d’où venait la plus grande partie des fonds étrangers, exigèrent que l’Etat islandais rembourse ces fonds. Il s’agissait d’environ 4 milliards d’euros (environ 12 000 euros par Islandais). Le gouvernement négocia avec les deux pays, qui accordèrent des taux bas et des délais de remboursement longs. Le Parlement islandais accepta le résultat des négociations et adopta, le 30 décembre 2009, une loi réglant les modalités de remboursement.

Mais le peuple islandais sortit alors dans les rues avec des casseroles et exprima son mécontentement face à la prétention de lui faire porter une responsabilité qui ne lui incombait pas. Les spéculateurs étrangers devaient eux-mêmes assumer les conséquences de leurs actes. Après tout, ils avaient obtenu 10% ou plus pour leur argent.

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« Est-ce moralement et juridiquement justifié, de simplement attribuer le risque à l’Etat et aux contribuables ? », demandaient les manifestants sur leurs pancartes et leurs tracts. L’initiative citoyenne Defence organisa des manifestations pour exprimer de rejet. Elle récolta plus de 60 000 signatures (sur 350 000 habitants) et exigea un référendum populaire. Les citoyens assiégèrent la résidence du Président de la République avec des feux de Bengale rouges, exprimant ainsi de manière on ne peut plus claire sa volonté de dire « Stop ! » à cette politique.

Le président de la République, Ólafur Ragnar Grímsson, entendit la voix du peuple et convoqua le référendum : « Le principe qui régit notre Etat islandais veut que le peuple soit le juge suprême de la validité des lois. J’ai donc décidé, en conformité avec la Constitution, de transférer la décision sur la loi en question au peuple. » En mars 2010, 93% des votants dirent non au paiement des dettes bancaires par l’Etat.

La Grande-Bretagne et les Pays-Bas étaient alors, faute de mieux, prêts à renégocier le remboursement des dettes bancaires. Dans un nouvel accord, l’Islande obtint des concessions supplémentaires et des allégements de paiement. Le remboursement fut prolongé jusqu’en 2046, si bien que la prochaine génération en porterait, elle aussi, le fardeau. Le Parlement islandais accepta. Le président de la République convoqua un nouveau référendum populaire. En avril 2011, le peuple rejeta à nouveau la nouvelle proposition. Que faire ?

Les Islandais résolurent leur problème bancaire de la manière suivante :

  • les trois grandes banques durent se déclarer en faillite ;
  • la Landsbanki, avec sa banque en ligne Icesave, fut nationalisée ;
  • les deux autres banques furent divisées en une « New Bank » et une « Old Bank » ;
  • la Nouvelle banque, dotée de nouveaux capitaux, hérita des domaines d’activité nécessaires à l’intérieur du pays, tels les opérations de paiement, les distributeurs automatiques de billets, un service « crédit », etc. ;
  • la Vieille banque hérita des immenses amoncellements de dettes et de toutes les affaires étrangères, avec quantité d’actifs douteux qu’on liquida lors d’une procédure de faillite.

De cette manière, les guichets purent rester ouverts et les distributeurs automatiques de billets continuèrent à fonctionner. Les banques furent rebaptisées : l’ancienne banque Kaupþing s’appelle aujourd’hui Arion, l’ancienne Glitnir s’appelle actuellement Islandsbanki. Les trois banques, aujourd’hui partiellement aux mains de sociétés étrangères, se bornent maintenant aux opérations bancaires traditionnelles à l’intérieur du pays.

La vie en Islande était difficile depuis le début de la crise. La couronne islandaise perdit de sa valeur. Les prix augmentèrent. Les salaires réels baissèrent. La vie renchérit. Le chômage augmenta. La performance économique avait déjà baissé de 7% en 2009. Le gouvernement eut besoin d’un crédit du FMI, à hauteur de 10 milliards de dollars, pour survivre à ces temps difficiles. Comme d’habitude, le FMI posa ses conditions. Le gouvernement gauche-vert refusa cependant une politique de liquidation dans le domaine social mais réussit tout de même à remplir le programme du FMI.

Des pays amis, tels la Norvège et la Suède, apportèrent des aides en argent. On augmenta les impôts pour les habitants, la progression de l’impôt sur les revenus fut accentuée et une série de mesures peu orthodoxes furent adoptées pour réduire les dettes. Par exemple, tous les crédits liés à des monnaies étrangères furent déclarés illégaux. Le gouvernement islandais offrit aux entreprises des programmes spéciaux de restructuration de leurs dettes. Pour les crédits immobiliers, il y eut des réductions des dettes. Les petits propriétaires obtinrent des allégements des paiements. Pour protéger la monnaie et empêcher la fuite de capitaux, le gouvernement établit des contrôles, qui sont toujours en vigueur, sur la circulation des capitaux. Les personnes privées voyageant à l’étranger ne peuvent changer qu’un nombre limité d’euros.

La crise en Islande n’a pas duré longtemps. La politique énergique, soutenue par le peuple, montra rapidement des résultats. Le tourisme et l’industrie de la pêche profitèrent massivement de la monnaie faible. L’Islande devint bon marché. Elle importa moins de biens de consommation chers. En revanche, elle produisit davantage à l’intérieur du pays. Trois ans après la chute de 7% de 2009, il y eut une augmentation de 3% – un taux plus élevé que la moyenne de l’Union européenne. L’inflation disparut et le taux de chômage se trouve aujourd’hui à 4% – comme en Suisse. Il n’y a plus de chômage des jeunes, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays, où ce fléau atteint des dimensions catastrophiques. L’agence de notation Fitch a revu à la hausse ses estimations sur la solvabilité de l’Islande, ce qu’elle a explicitement justifié par « la réussite atteinte suite à des réponses peu orthodoxes à la crise ».

Pourquoi l’Islande s’est relevée si rapidement de la crise ? La population islandaise a montré l’exemple de l’efficacité de la démocratie directe.  Sur des sites internet originaux, la population a su rejeter les manœuvres britanniques visant à classer les Islandais comme des terroristes afin de pouvoir geler leurs comptes bancaires au Royaume-Uni.

La population islandaise a aussi empêché que les managers responsables du dérapage des banques reçoivent, comme c’est le cas ailleurs, des indemnités de départ fabuleuses en quittant leurs postes. Bon nombre d’entre eux font face aujourd’hui à des procédures judiciaires. Une commission d’enquête parlementaire établit un rapport de 2 000 pages, qui désignait un petit groupe d’environ 30 responsables de banques ainsi que des membres du gouvernement et des fonctionnaires de la banque centrale comme principaux responsables de la débâcle financière. La Cour suprême a récemment prononcé contre 4 d’entre eux des peines de prison allant de 5 à 6 ans pour des manipulations frauduleuses du marché et abus de confiance. Il s’agit là des peines les plus sévères jamais prononcées en Islande en matière de criminalité économique.

En outre, la monnaie islandaise fut décisive pour le sauvetage du pays : la dépréciation massive de la couronne islandaise n’a pas mené le pays au naufrage qu’avaient auguré certains prophètes financiers l’avaient prédit mais ce fut la condition préalable décisive pour une guérison rapide. Aujourd’hui, la couronne islandaise s’est stabilisée à environ 30% en dessous de sa valeur d’avant la crise. L’Islande a montré aussi, comment un petit pays, ayant sa propre monnaie, peut garder sa place dans le monde globalisé de la finance.

Solde budgetaire

Solde budgétaire de l'islande.

 

 

 

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