Arnaldur Indriðason interviewé dans la revue Sang Froid

Chaque trimestre, les 160 pages de la revue Sang froid vous plongent au cœur de la justice, de la police mais aussi du “milieu” grâce à des articles fouillés et à contre-courant.

Le polar est aussi à l’honneur avec, dans chaque numéro, une nouvelle spécialement écrite pour la revue par un auteur reconnu ainsi que des interviews et des portraits. Sans oublier les critiques de livres en rapport avec le polar et la justice.

Sang-Froid a pour ambition, chaque trimestre, de plonger le lecteur dans l’univers de la justice, de l’investigation et du polar. Dans un monde où l’overdose d’informations en continu empêche souvent la réflexion et la perspective, la rédaction de Sang-froid s’efforce de retrouver le « terrain », d’observer et de relater les faits autrement.

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Site de la revue Sang Froid

Dans la livraison de juin 2017, le numéro 6 de la revue propose une interview d’Arnaldur Indriðason, qui succède ainsi à R.J. Ellory, Michael Connelly, Harlan Coben, Peter May et  Philip Kerr.

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Extraits :

Dans chaque numéro, Sang-froid interroge un auteur de polar pour qu’il révèle les coulisses de son travail littéraire. C’est au tour d’Arnaldur Indridason de se plier à l’exercice. Avec humour et en toute modestie.

Les files d’attente devant le stand d’Arnaldur Indridason, en dédicace au festival Quais du polar à Lyon, sont interminables en ce début avril. Nous retrouvons l’écrivain le plus célèbre d’Islande dans le bar d’un hôtel chic du 2e arrondissement lyonnais, loin de la cohue des fans. Poignée de main puissante et regard franc, il est à la fois imposant et remarquablement discret. Attentif, il s’assure que vous ne manquez de rien, puis vous observe en silence, le visage plissé de concentration, le regard bienveillant : l’expression d’un homme altruiste. Il ne se vante pas de sa filiation directe avec un autre grand auteur islandais, ne fanfaronne pas à propos de ses techniques d’écriture. Ses paroles restituées par le fidèle et brillant Éric Boury, incontournable traducteur littéraire de l’islandais en France, il se raconte avec pudeur, sincérité et un sens irrésistible de l’autodérision. Celui qui a fait du polar islandais un phénomène international par le biais de sa série mettant en scène l’inspecteur Erlendur n’est pas homme à se mettre en avant – un peu à l’image de son très discret héros, aussi doux que maladroit, aussi taiseux que bon. Arnaldur parle d’ailleurs d’Erlendur de façon si vivante que l’on s’attend à voir l’inspecteur se joindre à notre table d’un moment à l’autre. La relation du créateur à son personnage est intense, au point que l’auteur ressent régulièrement le besoin de délaisser sa série pour raconter d’autres histoires. Son dernier roman, Dans l’ombre, paru cet hiver aux éditions Métailié, met ainsi en scène une intrigue criminelle dans une Islande au cœur de l’Occupation, loin du Reykjavik d’Erlendur. Au centre du roman, l’Histoire avec un grand « H », mais aussi le cœur des hommes et des femmes d’Islande, exploré avec délicatesse par la plume d’Arnaldur Indridason, le grand sensible.

Le virus de l’écriture

Pour ne rien vous cacher, je me demande bien moi-même comment je suis devenu écrivain ! Mon père, Indridi G. Thorsteinsson, était un auteur très célèbre en Islande : tout le monde connaissait son nom. Ses romans traitaient principalement de ses contemporains, et plus spécifiquement de l’exode rural qui a marqué l’Islande après la guerre, quand tous les jeunes se sont mis à quitter la campagne pour les villes… Ou devrais-je dire pour la grande ville, Reykjavik, seule et unique en Islande ! Mon père était également très connu pour son travail de commentateur politique dans les médias : rien ne lui échappait. Chez nous, il y avait des livres partout, et de toutes sortes. Mon père aimait se plonger dans des romans historiques, de la fiction, de la poésie, des traités politiques… Tout ce qui était publié en Islande atterrissait à la maison ! Enfant, j’ai lu Alistair MacLean, Enid Blyton, Agatha Christie, Tintin… Mais si vous pensez que la fréquentation assidue d’un écrivain et un accès illimité à sa bibliothèque ont provoqué ma vocation, vous vous trompez. À l’âge adulte, j’ai éprouvé le besoin de prendre une autre voie que celle de mon père. J’ai passé un diplôme d’histoire à l’université d’Islande, en me spécialisant dans l’étude du xxe siècle. Vous en déduisez que cela m’a mené à une carrière de romancier ? Vous vous trompez à nouveau. Dès ma sortie de faculté, je me suis consacré au journalisme. Certains fils ont l’esprit de contradiction : c’est un grand classique, non ? Quoi qu’il en soit, je pense qu’il y a quelque chose de génétique dans l’écriture de fiction, que mon père a dû me transmettre par l’ADN… Ou alors, il était porteur d’une espèce de virus de l’écriture, probablement très contagieux : malgré tous mes efforts pour l’éviter, j’ai fini par y succomber !

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