Arnaldur Indridason sous les feux de la guerre

Le poète noir du polar islandais poursuit sa "Trilogie des ombres", soit la construction de sa nation durant la Seconde Guerre mondiale.

Par Julie Malaure

Publié le 02/11/2017 Le Point.fr

À force de faire des allers-retours dans le passé de son enquêteur Erlendur, le romancier islandais a fini par ne plus revenir au présent du tout. Et par troquer son vieux schnock contre deux beaux gosses (un peu taciturnes, mais c'est couleur locale) : Flovent, l'Islandais natif, et Thorson, l'Islandais américanisé. Du sang neuf dans cette Trilogie des ombres, encore que, rappelons que nous sommes sous l'Occupation des Alliés en 1943 et qu'Indridason, tout fidèle qu'il reste à Reykjavik, est revenu (depuis le premier tome paru début 2017) à son premier amour : l'histoire.

Certes, dans ce deuxième volume, il y a bien deux morts – un corps rejeté par les flots, « un suicide, mais un peu plus compliqué que ça », et un jeune homme sauvagement assassiné aux abords de la base militaire –, mais l'intérêt du roman se situe moins du côté du polar que dans le paysage que dessine l'auteur. Un paysage à l'image du duo Flovent et Thorson, tiraillé par deux visions pour l'île. D'un côté se trouvent les Islandais de souche, sans ressources, de l'autre les Alliés, l'étendue des possibles, tournés vers le monde extérieur.

Entre tentation (venue du dehors) et résistance (le maintien d'une identité culturelle), Indridason nous donne à lire la façon oscillante dont s'est construite la nation islandaise. Du polar, donc, mais doublé d'une grande ambition.

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