Des lectures islandaises

Des lectures islandaises

Corinne Renou-Nativel et Emmanuel Romer, le , La Croix.com

Il n’en revint que trois

de Guðbergur Bergsson,

traduit de l’islandais par Éric Boury,

Éd. Métailié, 208 p., 18 €

Dans une ferme isolée entre l’océan, des montagnes et un mystérieux champ de laves, vivent le Vieux, incontinent, râleur et alité, la Vieille, pieuse et soucieuse de l’avenir de ses petites-filles, le Fils, chasseur et observateur cynique, et le Gamin… La vie que mènent ces personnages pittoresques est rude, dénuée de sentiments, monotone, rythmée par les saisons, les corvées, les prières quotidiennes.

Quelques nouvelles du reste du monde, pas très rassurantes, leur parviennent, colportées par de très rares visiteurs. Lorsque les échos de la Seconde Guerre mondiale atteignent la ferme, que les troupes britanniques puis américaines commencent à débarquer avec leur musique, leur argent, leur technologie…, cet univers rassurant pour les plus anciens vacille et puis chavire… Les filles partent, leur désir d’ailleurs prenant le dessus.

Avec cette savoureuse métaphore, l’auteur raconte comment son île (dont il décrit remarquablement bien les somptueux paysages !), est passée d’une vie inchangée depuis des siècles à la modernité et les conséquences que ces bouleversements ont eues sur les mentalités et les mœurs des Islandais. Avec un ton souvent tranquille, une plume fine et sans concession, il dresse ici un portrait fascinant mais pas très flatteur de cette société.

 

Les Rois d’Islande

d’Einar Mar Guðmundsson,

traduit de l’islandais par Éric Boury,

Zulma, 336 p., 21 €

 

Tangavik, un modeste village de pêcheurs devenu une florissante cité maritime, est le berceau des Knudsen, une famille hors norme. Prenons Ast­val­dur. Tout jeune dans une tempête, près d’un récif de basalte, il crie à l’équipage : « On saute ! » Mais lui seul s’élance. Quand l’embarcation revient au même point, ses compagnons bondissent juste avant qu’elle ne se fracasse sur un rocher.

Ce n’est là qu’un des exploits d’Astvaldur, doté d’une capacité inouïe à s’orienter dans la brume et à reconnaître à mille lieues un imbécile. Tous les Islandais s’estiment apparentés à de nobles lignées. Chez les Knudsen règne l’assurance tranquille d’être les rois d’Islande, malgré pléthore d’ivrognes, de bandits et d’idiots notoires.

Dans cette anti-saga, Guðmundsson passe joyeusement de l’un à l’autre sans souci de chronologie dans un vivifiant maelström. Au passage, il pose un regard sagace sur l’histoire islandaise, décrypte avec humour les mœurs de ses concitoyens et égratigne avec allégresse leurs dirigeants.

 

L’homme qui vola sa liberté

de Gísli Pálsson,

traduit de l’anglais (Islande) par Carine Chichereau,

Gaïa, 322 p, 22 €

 

Naître esclave sur une plantation des Antilles et arracher son émancipation dix-huit ans plus tard en Islande, telle est la fascinante trajectoire de Hans Jonathan. Il naît en 1784 à Sainte-Croix, une colonie danoise, d’un père blanc et d’une mère noire esclave. Lorsque leur « propriétaire » rentre à Copenhague, elle ramène avec elle la mère et l’enfant.

Esclave éduqué, Hans Jonathan s’enfuit à 17 ans pour s’enrôler dans l’armée danoise où ses supérieurs l’apprécient. À son retour, il veut être affranchi. Sa propriétaire refuse, et s’ouvre un procès retentissant que Hans Jonathan perd. À nouveau il s’enfuit et c’est en Islande qu’il trouve enfin la liberté et l’égalité avec les autres hommes.

L’anthropologue Gisli Palsson retrace avec précision ce parcours hors norme tout en brossant le tableau d’une société en transition. Son livre est particulièrement éclairant sur les ambiguïtés d’une période où l’on commence à remettre en cause la traite, mais sans renoncer à la possession des esclaves.

 

Le Filet (Reykjavik noir, tome 2)

de Lilja Sigurðardóttir,

traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün,

Éd. Métailié, 314 p., 21 €

 

L’histoire débute aux États-Unis. L’élégante et sophistiquée Sonja, rencontrée pour les plus chanceux dans Piégée, le tome 1 de cette trilogie (chez le même éditeur), vit désormais dans un camping californien avec son petit garçon pour échapper à son ex-mari, un avocat véreux et violent dont elle s’est séparée.

Ce dernier la retrouve et la rapatrie de force en Islande où il passe un marché avec elle. Si elle veut continuer à voir leur fils, elle doit continuer à transporter des valises de drogue d’un aéroport à l’autre comme elle le faisait jusque-là avec une efficacité légendaire. Elle accepte, bien décidée toutefois à retourner la situation à son avantage. Confiante, elle échafaude un plan.

Le temps de s’organiser elle renoue à contrecœur avec l’encombrante Agla. Cette ex-banquière spécialiste de l’évasion fiscale et des détournements de fonds en pince pour Sonja depuis leur aventure dans le premier tome. L’intrigue de ce thriller urbain noir, rock et décoiffant est remarquablement menée, avec du suspense et des rebondissements à revendre et deux héroïnes atypiques à défaut d’être vraiment sympathiques. On attend avec impatience le troisième et dernier tome à paraître en 2019.

 

Passage des ombres

(Trilogie des ombres, tome 3)

d’Arnaldur Indriðason,

traduit de l’islandais par Éric Boury,

Éd. Métailié, 302 p., 21 €

 

Dans un quartier de Reykjavík, un vieil homme est retrouvé étouffé. Pour l’ex-inspecteur de la police islandaise Konrad qui supporte difficilement la retraite, cette histoire sera l’occasion de reprendre du service. Chez la victime, il découvre des coupures de presse sur le meurtre d’une jeune couturière dans le passage des Ombres en 1944, pendant l’occupation américaine. C’est le point de départ d’une trépidante et passionnante enquête (la troisième dans ce quartier populaire des Ombres) avec des allers et retours dans le temps.

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