Faut-il flinguer le polar scandinave ?

Dans le numéro 2533 de Paris Match (10-16 août 2017), l’on doit à François Lestavel, un article intitulé «Faut-il flinguer le polar scandinave ? »

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Selon le journaliste, l’engouement pour le polar scandinave a conduit à des dérives et permis la publication de romans à la qualité diverse, tant chaque maison d’édition voulait SON auteur du nord. Ce sont les succès d’Henning Mankell, de Stieg Larsson et de Camilla Läckberg, qui auraient lancé la mode. Les éditeurs scandinaves vont alors adopter des stratégies « agressives » qui conduisent à des dérives. Ils mettent aux enchères leurs auteurs, exigent des réponses rapides des éditeurs français, ne dévoilent qu’une cinquantaine de pages pour se décider. Frédérique Polet, des Presses de la Cité constate que « les maisons scandinaves font bien leur boulot. Elles ont des stratégies de ventes de droits très efficaces […] » Une des raisons de ce succès est que, même si certains romans ne sont pas de grandes réussites, il n’y a pour autant pas de « bides retentissants ». Selon Stéfanie Delestré , qui reprend la Série noire, chez Gallimard, « si les auteurs nordiques continuent d’occuper tant de place dans la presse et chez les libraires, c’est qu’ils sont ultra-forts pour rester pile-poil dans la case polar. Il n’y a pas de mauvaise surprise pour le grand public […] : l’intrigue est souvent bien foutue, elle tient en haleine, ça suit la recette et, à la fin, il y a résolution de l’enquête. » Le succès serait donc surtout dû à un certain classicisme des lecteurs français  « ravi(s) de se retrouver en terrain connu archi-balisé ». La solution pourrait alors passer par la diversification du polar, notamment en provenance d’Italie ou d’Afrique du sud ou, tout simplement, par le développement du polar hexagonal.

Force est de constater cependant, que les reproches faits au polar scandinave – attitude des éditeurs et classicisme du genre – concernent essentiellement, si ce n’est exclusivement, le polar suédois. Car, après tout, y a-t-il réellement un polar scandinave et non DES polars scandinaves, différents selon les pays, mais aussi selon les auteurs ? D’ailleurs, François Lestavel semble au moins reconnaître que le polar islandais revêt une identité propre. Chaque maison d’édition essaie d’avoir son auteur venu de l’île volcanique. Anne-Marie Métailié, grâce à qui nous avons accès à Arnaldur Indriðason, Árni Þórarinsson, Lilja Sigurðardóttir ou Steinar Bragi, constate qu’ « il y a des envies terribles d’Islande. Les paysages sont extraordinaires. Leur manière de raconter des histoires s’inscrit dans la façon de retracer les sagas. C’est original ! Et puis moi qui déteste les tueurs sadiques et privilégie les auteurs qui me décrivent en profondeur une société, je ne pouvais qu’être séduite. »

Dans un encart intitulé « Stop au charabia ! », François Lestavel pose le problème de la traduction. Pour des langues peu répandues, il est difficile de trouver des traducteurs. Un Éric Boury pour l’islandais, que les éditeurs français s’arrachent, est bien occupé pour plusieurs années. Certains ont alors recours à la traduction de la version anglaise, bref font traduire une traduction ! Les maisons qui se veulent littéraires poussent des hauts cris sur cette pratique. Cependant, dans les langues scandinaves réside la difficulté des descriptions qui, très poussées, impliquent les répétitions et alourdissent le style en français. Aurélien Masson, qui a travaillé pour la Série noire, confie qu’il lui est « arrivé d’enlever 50 à 60 pages de texte ». Paradoxalement, pour son thriller historique, Opération Napoléon, c’est Arnaldur Indriðason lui-même qui a demandé que la version française soit la traduction du texte en anglais, expurgé, conférant au roman davantage de dynamisme.

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