Les gens des Fjords de l'Ouest sont plus vrais et plus fous

Árni Þórarinsson : « En Islande, les gens des Fjords de l'Ouest sont plus vrais et plus fous ! »

Geo.fr, Thomas Saintourens, 23 juillet 2019

C’est l’un des maîtres du polar nordique. Árni Þórarinsson, 68 ans, n’a pas son pareil lorsqu’il s’agit de raconter les réalités socio-économiques de l’Islande. Lui qui a situé dans les Fjords de l’Ouest l’intrigue du Septième Fils (éd. Métailié), garde une fascination intacte pour cette péninsule de l'extrême.

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GEO : Pourquoi avoir choisi les Fjords de l’Ouest comme décor ?
Árni Þórarinsson : Cela peut paraître étrange comme choix pour un polar, vu que le taux de criminalité y est extrêmement faible, mais ce lieu est, à mes yeux, idéal pour dépeindre la société islandaise. Un ami journaliste s’était exilé à Ísafjörður dans les années 1980 et je ne comprenais pas pourquoi. Je suis allé lui rendre visite, et j’ai été littéralement «pris» par cet endroit. L’hiver interminable, les gens si chaleureux… J’ai compris alors le pouvoir des Fjords. De plus, Ísafjörður était le cadre parfait pour raconter les effets collatéraux de la crise économique. Cette région très excentrée, la plus isolée du pays, a été un peu épargnée sur le coup, mais a été ensuite complètement laissée de côté par le gouvernement.

En quoi cette région est-elle unique ?
L’isolement crée de l’excentricité. Les gens des Fjords sont plus vrais, presque un peu fous ! Ils ont un fort caractère, sont très habiles de leurs mains, capables de tout fabriquer, de leurs vêtements à leur maison, et parlent avec un vocabulaire particulier, une sorte d’islandais ancien… Ce qui ne les empêche pas d’être ouverts sur le monde, et très connectés à Internet. D’ailleurs, cette région ne manque pas d’innovation, on y trouve notamment des start-up dans le domaine de la pêche ou de l’agriculture, et des infrastructures, comme les tunnels, se développent peu à peu. Mais là-bas, ce sont les habitants qui prennent les choses en main. Ils ont l’esprit d’initiative, et ne s’en remettent pas au gouvernement central. Alors qu’à Reykjavík, par exemple, les gens ont tendance à attendre que les solutions arrivent d’elles-mêmes, par le biais des politiques.

Vous qui résidez dans la capitale, qu’est-ce qui vous plaît tant dans ces terres isolées ?
J’aime que cette région soit à part, mais je n’y vis pas, je n’en subis pas les contraintes au quotidien. Donc apprécier ce folklore, ces paysages si spectaculaires et si durs à la fois, est assez égoïste de ma part. Cet isolement est sûrement le meilleur moyen de préserver le mode de vie islandais traditionnel : l’avenir des Fjords de l’Ouest, et bien sûr leur charme si particulier, dépend du maintien de leur authenticité.

Árni Þórarinsson