Passage des ombres sur Télérama

Passage des ombres de Arnaldur Indriðason.

26 avril 2018, Catherine Ferniot.

TT   on aime beaucoup

Jumeau ou presque d’Erlendur, le héros récurrent du romancier islandais Arnaldur Indriðason, l’ancien inspecteur Konrad nourrit des obsessions similaires pour les affaires classées, les oubliés de la grande Histoire et les quartiers populaires de Reykjavik. La retraite va mal à ce flic obstiné qui s’ennuie dans un appartement sans âme, entre ses disques de variétés et son verre de vin rouge. Alors, pour passer le temps, il tourne autour d’une ancienne collègue, Marta, mendiant des informations, flairant l’occasion de se rendre utile. Surtout lorsqu’il tombe sur le meurtre d’un vieil homme solitaire, dans le petit logement où il collectait des journaux d’autrefois. Tirant les fils du passé, Konrad va cerner les circonstances de la mort d’une couturière, en 1944, dans le passage des Ombres… Même si ces aventures semblent parfois un peu tirées par les cheveux, Indriðason parvient à nous passionner pour cette époque où les jeunes filles se laissent séduire par de beaux Américains en uniforme. Abandonnées, repoussées d’un revers de main, elles deviennent le symbole de l’innocence bafouée, vite consommées puis destinées à réintégrer les rangs des humbles qui ne savent pas réclamer justice. Ce roman — le troisième de la Trilogie des ombres —, qui débute comme un conte de fées mélancolique pour adolescentes crédules, prend une ampleur inattendue lorsque l’émotion le dispute à la dénonciation sociale et politique — loin, très loin, de toute légende islandaise.