Ragnar Jonasson, chroniqueur des bourgades rurales

Ragnar Jónasson, chroniqueur des bourgades rurales

Sabine Audrerie, le

Dans la famille des auteurs de polars islandais, Ragnar Jónasson semble séduire les lecteurs français, puisque Snjór (2016) et Mörk (2017), premiers volets de sa série policière Dark Iceland – au héros récurrent Ari Thor, jeune policier du petit port de pêche septentrional de Siglufjörður, florissant du temps de l’industrie du hareng – se sont déjà vendus à 240 000 exemplaires. Auteur de la série de polars « Dark Iceland », Ragnar Jónasson ancre ses intrigues dans la réalité sociale et rurale du nord et du sud de l’île.

Le troisième tome, paru en mars en France et déjà classé dans les meilleures ventes, s’intercale chronologiquement entre les deux premiers, mais peut être lu indépendamment. Nous emmenant aussi au sud de l’île, il voit s’ajouter aux talents d’enquêteur d’Ari Thor ceux d’une jeune reporter de Reykjavik, Isrún, désireuse de stimuler son morne quotidien.

Dans leur élucidation d’un assassinat près d’un tranquille fjord, ils seront entourés d’une foultitude de personnages, tandis que l’éruption du volcan Eyjafjallajökull menace de paralyser le pays et que gronde la contestation d’écologistes opposés aux grands travaux du tunnel reliant Siglufjörður au village d’Olafsfjörður, un peu plus à l’est.

Autant d’éléments réels auxquels l’Islande a été confrontée en 2010, et que Ragnar Jónasson connaît bien, lui qui exerce la profession d’avocat après avoir été journaliste à la télévision publique.

« Plus que la résolution d’un meurtre comme dans un polar traditionnel, c’est la réalité islandaise et les zones moins peuplées qui m’intéressent et m’inspirent : actualité, problématiques sociales sont toujours le point de départ de mes intrigues », explique Ragnar Jónasson, qui confie écrire en ce moment un roman sur un village de dix personnes.

Né en 1976 d’une famille originaire du nord par son père et du sud par sa mère, il commence à traduire Agatha Christie à 17 ans, puis publie son premier roman en 2009. S’il reste, comme la majorité des Islandais, attaché aux traditions, à l’histoire de son pays et aux gens authentiques des petites bourgades, c’est une Islande contemporaine que l’on découvre dans sa série, désormais traduite dans dix-huit pays.

« Dans mon cas, écrire des polars est venu naturellement car c’est le genre que j’ai toujours préféré lire. Mais il y a vingt ans il n’y avait aucun auteur de polar islandais. Arnaldur Indriðason s’est lancé et a ouvert la porte à beaucoup, moi compris, analyse justement Ragnar Jónasson. Le succès de nos romans à l’étranger vient peut-être de l’essor du tourisme : nous avons eu deux millions de visiteurs en 2017, l’intérêt pour notre culture fait plaisir. »