Une étude sur les polars noirs nordiques

Une étude sur les polars noirs nordiques, en anglais, vient de paraître aux éditions Bloomsbury, au Royaume–Uni.

Présentation de l’éditeur :

Ce qu’on appelle souvent «Nordic Noir» a dominé la littérature policière, le cinéma et la télévision à l'échelle international, pendant plus de deux décennies. Mais quels sont les paramètres de ce genre, à la fois historiquement et géographiquement ? Qu'est-ce que le Noir et qu'est-ce que le nordique dans le Nordic Noir?  L'avant-propos et la conclusion de ce volume, par deux auteurs à succès de polars nordiques, Yrsa Sigurðardóttir et Gunnar Staalesen, parlent du contrat social établi par les écrivains de polars, tandis que l'interview de la célèbre autrice Val McDermid ajoute des nuances pour comprendre ce que signifie écrire de la fiction policère dans les pays scandinaves.

Divisé en quatre sections - Genre et sexualité, Espace et lieu, Politique et crime, et Genre et Généalogie - Noir in the North remet en question les traditionnelles critiques du noir en examinant son fonctionnement au-delà des frontières géographiques de la Scandinavie. Les chapitres de ce livre approfondissent la compréhension critique du Noir de manière plus générale en montrant, par exemple, le lien du Nordic Noir avec la littérature fin de siècle et avec le design intérieur du milieu du siècle, et en étudiant la fonction de l'État dans la fiction policière.

9781501342868

Article de Icelandreview.com 

par Gréta Sigríður Einarsdóttir, 14 octobre 2020

Bloomsbury a récemment publié Noir in the North, un essai scientifique sur les romans noirs scandinaves. Gunnþórunn Guðmunsdóttir, professeur de littérature comparée à l’université d’Islande, est l’un des deux auteurs. Il a déclaré, à la radio, que le problème majeur était de savoir ce qu’est le genre Nordic Noir.

Au cours des dernières décennies, certains auteurs de polars les plus célèbres viennent des pays nordiques. Plus récemment, les séries criminelles scandinaves ont poursuivi cette tradition et cette esthétique, racontant des histoires de crimes et montrant le côté sombre du système social scandinave ; des séries comme Broen (Bron), Forbrydelsen (The killing), Wallander, Trapped et Brot. Les chercheurs montrent un intérêt accru pour le genre. L’origine de l’essai est une conférence qui a eu lieu à l’Université d’Islande en collaboration avec l’Université de Newcastle et le festival de fiction policière Iceland Noir. Parmi les sujets abordés lors de la conférence figurait le nom du genre. Les Islandais parlent de polar nordique, mais, à l’étranger, il est connu sous le nom de Scandinoir ou Nordic Noir.

« C’est la question que nous nous posons dans l’essai, pourquoi Noir ? Y a-t-il des racines profondes ? Noir est-il un terme qui aide à comprendre ce genre littéraire ou n’est-ce qu’un terme commercial superficiel ? » L’essai de Björn Norðfjörð mentionne qu’il y a très peu de liens entre le roman noir américain et le polar nordique. D’autres ont une vision plus large du Noir et expliquent que certains éléments du polar nordique sont similaires aux polars hollywoodiens. C’est le cas, par exemple, de la façon dont des séries télévisées, telles Broen ou Forbrydelsen décrivent les villes, en se concentrant sur leurs aspects sombres et borderline.

Ce qui différencie de façon notable la fiction policière nordique du reste du monde, c’est l’angle sociétal grâce auquel le polar sert de miroir de la société. L’image du Nord dans l’esprit du public est très différente. « C’est le nord mystique et ses ténèbres. Nous avons aussi un sous-genre du polar nordique, qui se déroule dans des lieux reculés, aux prises avec une météorologie et une obscurité terrifiantes. Des séries comme Trapped jouent avec les clichés du nord : l’isolement et les marges. Le marché, ainsi que l’imagination du public, ont accueilli favorablement ces séries. »

Gunnþórunn constate que les clichés sur le Nord et l’intérêt accru de l’étranger pour ces regions, influencent les productions télévisées scandinaves. « Certains suggèrent que la télévision danoise utilise cela beaucoup plus nettement pour vendre ses séries à l’international et qu’ils ont commencé à voir leurs productions, qui étaient, à l’origine, destinées au marché scandinave, devenir un produit mondialisé. Cet intérêt international les rend un peu exotiques dans leur propre pays. »

La popularité des dernières décennies a été immense, mais il semble que le marché international du Nordic Noir marque un peu le pas. « Les séries de télévision baissent. Elles existent encore, mais Broen et Forbrydelsen sont maintenant terminées. Par la suite, quelqu’un réalise à nouveau une série, en changeant simplement les décors. Nous avons déjà vu des séries, autres que scandinaves, reprenant leur esthétique et leurs sujets, telles que The Fall et The River au Royaume-Uni. D’autres pays développent aussi un polar local comme le Tartan’s Noir écossais, l’iris noir en Belgique, etc…

Yrsa Sigurðardóttir