Yrsa Sigurðardóttir, la reine des histoires de fantômes

Des histoires de fantômes: Yrsa Sigurðardóttir écrit des romans policiers avec une touche de terreur.

Article paru le 25 février 2019 dans Iceland Review.

Les polars nordiques ont balayé le monde ces dernières années. Même en Islande, un pays avec  près de deux meurtres par an, les histoires palpitantes d’assassinats et de mystères se classent en tête des listes des meilleurs ventes et sont même devenues l’une des exportations les plus populaires en matière de culture. L’une des ces auteurs de polars, Yrsa Sigurðardóttir, est connue comme étant la reine du crime.

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Raconter des histoires de fantômes.

Les histoires d’Yrsa sont palpitantes et pleines de suspense ; elle a même fait un pas dans le surnaturel avec son roman Je sais qui tu es. « J’aime le thème des fantômes et des histoires de fantômes. J’aime les différents éléments qu’ils apportent sur la table. » Mais d’où vient cet engouement pour l’horreur ? « J’ai toujours aimé l’horreur, même quand j’étais encore une petite fille. Dans les cours d’histoire, j’étais inattentive, sauf lorsqu’il y avait quelque chose de dramatique, des décapitations ou d’autres histoires épouvantables. » Elle souligne que c’est l’horreur en tant que fiction et non pas comme réalité, qui l’intéresse. « Je pense que beaucoup d’entre nous aiment vivre l’horreur depuis leur fauteuil. Je sais que je ne serai jamais attirée par arpenter un champ de bataille, par assister aux vraies horreurs de la guerre. Mais les regarder à travers le voile de l’histoire, avoir l’opportunité d’être un voyeur à travers les livres et les films, installée dans un lieu sûr, en sécurité ; c’est ça que j’aime. »


Des contes de fées qui finissent en histoires macabres.

Un courant sous-jacent d’histoires de fantômes et d’horreur correspond bien au style d’Yrsa, à savoir le genre appelé parfois « Nordic Noir ». Selon Yrsa, « il s’inscrit bien dans le côté sombre de nos contes folkloriques. Il y a beaucoup de fantômes, de monstres et de trolls dans nos légendes, qui puisent leurs racines dans l’hiver et l’obscurité. » Selon son opinion, les fantômes représentent les péchés passés et les problèmes refoulés. Elle suggère aux gens de trouver des lectures, qui s’attaquent aux griefs du passé. « J’aime jouer avec l’idée que les anciens péchés ressurgiront et seront résolus. Cela n’arrive pas vraiment dans la réalité, donc c’est bien que ça se passe au moins dans la fiction. »


Traiter de problèmes.

Mais pourquoi les polars nordiques sont-ils si populaires ? Yrsa a sa théorie : « Je pense que de nombreux auteurs de polars, du moins ceux qui écrivent ici et en Scandinavie, traitent de la société contemporaine et de ses problèmes, dans leurs ouvrages. Vous pouvez susciter la prise de conscience de l’injustice de la société, plus efficacement en tournant les pages d’un livre, qu’à travers un reportage officiel ou les nouvelles. » Selon Yrsa, « les médias sont vitaux pour la société, mais ils ne vous mettent pas dans les habits des victimes, dont ils parlent. Tous les livres du style Nordic Noir ne traitent pas de problèmes sociétaux, mais beaucoup le font et c’est peut-être ce qui les rend si attractifs. » Elle poursuit en expliquant que cela rend même les méchants plus tridimensionnels. « Ce n’est pas une soif de douleur ou de mort qui alimentent la violence dans les romans policiers nordiques, c’est généralement quelque chose de plus, qui est provoqué par l’un des maux de la société ou par des circonstances malheureuses, qui auraient peut-être pu être évitées. »


Ce qui est vrai et ce qui est crédible.

Son écriture diffère de la réalité à certains égards ; le plus frappant étant la fréquence des meurtres minutieusement planifiés ; ce qui est très rare en Islande. Elle a trouvé un style, qui lui permet d’écrire sur des meurtres hautement improbables, expliquant « vous devez le faire de façon à ce que les gens puissent lire le livre et trouver les personnages, la cadre et le scénario, en plus du crime, suffisamment réels pour qu’ils se disent : d’accord, cela n’est pas arrivé, mais ça aurait pu. » La fréquence des meurtres est incroyable, mais Yrsa est consciente que les crimes qui se passent dans ses livres ne sont pas exactement compatibles avec la manière dont la plupart des crimes se déroulent, même dans les pays où ils sont plus fréquents qu’en Islande. « Il n’y a pas beaucoup d’endroits où des crimes prémédités, bien préparés, se passent chaque jour. La plupart des meurtres, dans le monde, sont simplement dus à la violence. Ce ne sont pas des comploteurs ou des meurtriers bien entraînés qui cherchent leur prochaine victime. » Elle ajoute tout de suite qu’elle est bien contente que ses crimes diffèrent de la réalité. « Je ne voudrais pas qu’un meurtrier, tel que ceux que je décris dans mes romans, soit lâché dans les rues de Reykjavík. »


Recherches et inspirations.

Pour Yrsa, le travail sur un nouveau roman commence presqu’aussitôt qu’elle met la touche finale au manuscrit du précédent. « La plupart du temps, je me représente l’histoire avant de commencer à écrire. Je commence à concevoir des histoires et des concepts excitants, cherchant à trouver de nouveaux éléments à intégrer dans chaque livre. » Les recherches, pour le nouveau roman, prennent beaucoup de temps, même s’il est important de trouver un équilibre. « Si vous faites trop de recherches, vous commencez à avoir l’impression d’avoir déployé tellement d’efforts pour rassembler toutes ces informations, que vous vous devez de leur trouver une place dans le roman. Vous commencez également à perdre du vue que le public a, lui aussi, des connaissances sur votre sujet. » Yrsa a déjà commencé à travailler sur son nouveau manuscrit, mais n’est pas prête à en dévoiler les détails. « Je pense très fort à mon nouveau roman. Il y aura beaucoup de neige, je pense. »