Les enseignements des élections législatives

Comme les spécialistes le disaient juste avant le scrutin, les résultats de ce samedi 28 octobre, seraient serrés et seule une coalition de trois partis au moins pourrait diriger le pays, tant le vote est fragmenté.

A

D = parti de l’indépendance (conservateurs) ; V = Mouvement des verts et de gauche (Gauche et écologistes) ; S = L’Alliance (socio-démocrates) ; M = parti du centre (centre droit-libéraux) ; B = parti du progrès (centre-droit-libéraux-agrariens) ; P = Pirates (mouvement citoyen) ; F = parti du peuple (extrême droite-populistes) ; C = Renaissance (centre droit-libéraux)  A = Avenir radieux (centre droit-libéraux) ; R = Front populaire (extrême gauche anticapitaliste) ; T = Aube (mouvement citoyen).

Un blanc-seing aux personnalités politiques mouillées dans les scandales.

Une confiance apportée aux personnes impliquées dans les divers scandales s’est exprimée samedi. Si la gauche progresse (Gauche-Verts 11 sièges +1 ; Alliance 7 sièges +4), le grand vainqueur, malgré son recul,  est le parti de l’indépendance du premier ministre sortant, Bjarni Benediktsson (16 sièges, -5). Il faut dire que les conservateurs « ont mené une campagne à la Trump », selon le sociologue Helgi Gunnlaugsson, multipliant, sur les réseaux sociaux, les dénigrements, les fausses déclarations, comme celle de la hausse des impôts, qu’aucun parti, pourtant, n’a mise à son programme. Le parti du centre de l’ancien premier ministre, Sigmundur Davíð Gunnlaugsson, contraint à la démission en avril 2016, après son implication dans le scandale des Panama Papers, fait une entrée spectaculaire pour sa première participation – il a été créé en septembre dernier – atteignant la quatrième place et envoyant sept députés à l’Alþing, le parlement. Avenir Radieux, la formation de centre-droit, qui avait provoqué la chute du gouvernement, en se retirant de la coalition, pour protester contre l’attitude du premier ministre, Bjarni Benediktsson, dans le scandale judiciaire de l’été, semble payer ses choix. Avec seulement 1,4 % des voix, le parti perd tous ses députés. Dénoncer un scandale serait-il devenu synonyme de mort politique ? On constate encore une fois que les mouvements de ras-le-bol populaires sont souvent sans lendemain. Selon l’économiste Þórólfur Matthíasson « Dans un pays où tout le monde se connaît, la corruption est la règle. […] il ne faut pas s’étonner de voir toujours les mêmes aux manettes. […] La politique islandaise repose sur une logique de clientélisme. »

 

Deux coalitions face à face.

Deux coalitions semblent se dessiner au lendemain des urnes.

Une coalition de gauche qui regroupe le Mouvement des verts et de gauche (11 sièges), l’Alliance social-démocrate (7 sièges) et le parti pirate (6 sièges). Avec 24 députés, elle est loin d’atteindre la majorité au parlement (32 députés sur 63) et l’on ne voit pas bien avec qui elle pourrait s’allier.

Une coalition de centre-droit qui regroupe le parti de l’indépendance (16 sièges), le parti du progrès (8 sièges), le parti du centre (7 sièges) et Renaissance (4 sièges). Deux problèmes risquent toutefois de se poser. D’une part, une coalition à quatre partis est fragile, comme vient de nous montrer la chute du précédent gouvernement, qui ne comptait que trois formations. D’autre part, comment (ré)concilier des mouvements, issus de scission et de désaccords au sein des partis traditionnels ? Renaissance est née de la branche « europhile » du parti de l’indépendance. Le parti du centre, quant à lui, vient de la volonté d’un homme, Sigmundur Davíð Gunnlaugsson, de former un mouvement à lui, après son éviction de la présidence du parti du progrès.

 

L’entrée du populisme au parlement.

Alors que l’Islande semblait jusqu’ici à l’écart de la vague populiste qui submerge l’Europe (France, Allemagne, Autriche…), un parti de cette tendance, le parti du peuple, fait son entrée au parlement, y envoyant quatre députés. La campagne, aux relents xénophobes et anti-immigrés, sur fond d’islamisation rampante, a fait mouche dans un pays où près de 10 % de la population sont nés à l’extérieur du pays, même si la présidente du mouvement, Inga Sæland, a mis en sourdine ces thèmes, face aux nombreuses critiques. Elle s’est tout de même autoproclamée la « Marine Le Pen islandaise ».

Quelle sera l’attitude de ce parti ? Si son discours populiste repousse les formations conservatrices et libérales, ses positions économiques, au contraire d’un front national français, les en rapprochent.

 

Déception et contre-exemple.

Grande déception pour ceux qui, dans le monde, regardaient ces élections avec envie, pensant qu’une fois encore, les Islandais pourraient servir de modèle. Un éditorial récent de François Clémenceau, sur Europe 1, proclamait « L’Islande a beaucoup à nous apprendre sur la démocratie ». Certes, les Islandais ont eu une attitude exemplaire lors de la crise de 2008, montrant qu’ils refusaient de se voir imposer des mesures d’austérité, rejetées par deux référendums, contrairement à la Grèce ou au Portugal. Mais ils montrent surtout qu’ils ont la mémoire courte et que les politiques trempés dans des scandales n’ont pas trop de soucis à se faire, à l’instar, chez nous, d’un Balkany.

 

En conclusion.

Les élections laissent désormais place aux tractations politiques pour former un gouvernement. Arrivé en tête, Bjarni Benediktsson devrait voir lui échoir cette mission, par le président de la république. En cas d’échec, ce dernier pourrait se tourner vers la présidente du Mouvement des verts et de gauche, Katrín Jakobsdóttir. Quelle que soit l’option choisie, ces tractations devraient durer plusieurs semaines ; il avait fallu plus de deux mois, en 2016, pour former le gouvernement.

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