Un tueur en série islandais

Vous connaissez peut-être l’affaire de l’auberge rouge. Peut-être avez-vous vu le film que Claude Autan-Lara réalisa, avec Fernandel, en 1951, sur ce fait divers. Pour résumer, il s’agit de l’histoire d’un couple d’aubergistes, les Martin, qui auraient assassinés, durant vingt-trois ans, aux alentours de 1830, les voyageurs, qui avaient le malheur de demander le gîte et le couvert dans l’auberge de Peyrebeille, en Ardèche.

Une histoire similaire existe en Islande ; celle d’Axlar-Björn.

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A sa naissance, vers 1555, à Breiðavík, dans la péninsule de Snæfell, Björn Pétursson ne semblait pas être différent de ses frères et sœurs, cependant, sa mère, déclarait déjà, alors qu’elle était enceinte, que quelque chose ne tournait pas rond chez cet enfant.

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Dans cette société empreinte de superstitions, elle disait qu’elle faisait de nombreux cauchemars et qu’elle avait une envie effrénée de sang humain ! Son époux se saigna même le pied, pour étancher la soif de son épouse. Elle lui confia, qu’elle présageait que son enfant ne serait pas une bonne personne. Le père de Björn, Pétur, était laboureur, travaillant pour un homme appelé Ormur, de la ferme de Knörr. Ormur était riche et influent dans la communauté. Les deux hommes étaient bons amis et l’on décida que Björn serait adopté, à quatre ans, par le riche fermier, comme cela était courant lorsqu’il fallait soutenir des familles dans le besoin. Björn fut bien accueilli dans sa nouvelle demeure et devint proche de son demi-frère, Guðmundur.

Les troubles de caractères se manifestèrent à l’adolescence, quand Björn devint de constante mauvaise humeur et se referma sur lui-même. La rumeur locale prétendait qu’il fit l’école buissonnière à la Messe, un dimanche, préférant rester au lit et qu’il vit alors en rêve, un homme lui offrant de la viande crue sur un plateau. Il avalait les morceaux, les uns après les autres, mais à la dix-huitième bouchée, il se sentit nauséeux. Le même homme lui demandait de grimper sur le mont Axlarhyrna, pour trouver une hache, qui lui servirait plus tard, pour ses victimes. Peu après, le vacher de la ferme disparut et l’on n’entendit plus jamais parler de lui.

 

Après la mort d’Ormur, la stature de Guðmundur s’accrut. Il construisit, pour son demi-frère, la ferme d’Öxl, d’où Björn tirera son surnom d’Axlar-Björn, après s’y être installé avec sa femme Þórdis. A noter que, selon certaines sources, se femme s’appellerait Steinnun. Visible depuis la route, l’extérieur charmant de la ferme attirait les voyageurs imprudents, dont beaucoup devinrent les proies de Björn. En plus d’assouvir ses tendances homicides, il fut soupçonné d’avoir volé vêtements, chevaux et autres objets de valeur, notamment pour palier le train de vie conjugal, supérieur aux revenus du couple. Le voisinage soupçonnait bien que quelque chose se passait à la ferme, mais l’influence de Guðmundur faisait taire toute velléité d’enquête. Ainsi, Björn, fut libre, durant des années, de pratiquer ses actes atroces sur les hommes, les femmes et les enfants de passage. Il enterra sa première victime dans la fosse à fumier de l’étable de la ferme de Knörr, où il avait grandi. Il jeta les dépouilles des autres dans l’étang d’Iglutjörn, rempli de sangsues, au pied des collines d’Axlarhólar. On raconte qu’une vieille dame berçait, un soir, un enfant, dans la salle commune d’Öxl, chantant la comptine suivante, qui servait de mise en garde aux voyageurs, qui devaient passer la nuit dans ces lieux :

Personne ne devrait rester chez Gunnbjörn

Qui a de beaux vêtements.

Il les a pris à Iglutjörn ;

Le sang coule

Au bas de la route

Et je te berce, enfant, jusqu’à ce que tu t’assoupisses.

 

Les sources varient quant à ce qui a conduit à la découverte des atrocités, en 1596, mais il apparaît que l’une des victimes s’échappa et alerta les autorités. Certaines sources racontent qu’il s’agissait d’une mère, qui sauva sa vie de justesse, après avoir vu ses deux enfants massacrés par Björn. D’autres évoquent un frère et une sœur faisant étape pour la nuit, à Öxl. Le frère, resta caché dans les égouts, avant de s’échapper, alors que Björn dépeçait la sœur.

A ce jour, le nombre de victimes demeure incertain, bien que de nombreuses sources s’accordent sur 18. Björn, lui-même, n’en reconnut que neuf, mais les conclusions des enquêteurs, fondées sur les restes humains trouvés dans l’étang, suggéraient qu’il y en eut davantage.

Björn impliqua sa femme comme complice et ils furent, tous deux, condamnés à mort. L’exécution de Björn fut horrible et lente. D’abord, ses membres furent brisés avec une masse, puis sectionnés. Il fut ensuite décapité. Ses parties intimes furent coupées et jetées aux pieds de sa femme. La mise à mort de cette dernière fut reportée car elle était enceinte. Aucun document ne garantit que la sentence fût bel et bien exécutée.

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Panneau d’information près d’Öxl.

Plus tard, la même année, Þórdis donna naissance à un garçon, appelé Sveinn Björnsson Skotti. Il semble qu’il ait hérité des penchants criminels de son père, menant une vie d’errance, semée de nombreux méfaits à travers le pays. Il fut reconnu coupable de viol et fut pendu en 1648. Le même sort attendait son fils, Gísli Hrókur Sveinsson, qui fut également pendu pour crimes, à Dyrhólaey.

 

En 2012, le collectif Vesturport monta une pièce au théâtre de Reykjavík, inspirée par cette affaire.

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