Interview de Mo Malø, auteur de Qaanaaq et de Diskø

Propos recueillis par Audrey Dubreuil de la librairie Privat, à Toulouse, à l’occasion du festival Quais du polar, de Lyon.

 

Votre roman est un récit de voyage tout autant qu’un polar. Pour décrire si bien ce pays méconnu qu’est le Groenland, êtes-vous allé sur place ?

Je repousse pour l’instant ce moment, même si j’en rêve. Sur la foi d’une documentation précise et vaste, et de nombreux témoignages, j’ai voulu rendre toute la singularité de ce Groenland que nous sommes nombreux à fantasmer. La littérature a ce don de nous imprégner de l’atmosphère des pays, de leurs civilisations, bien mieux que n’importe quel voyage réel. Je voulais savoir ce que pouvait donner l’entrechoc des cultures inuits et européennes si on le secouait un peu plus, ce que le plus redoutable des climats pouvait avoir comme conséquences sur les passions ordinaires des hommes.

C’est aussi une véritable immersion dans la culture inuite. Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire connaitre cette culture et comment l’avez-vous, vous-même, découverte ?

Les historiens et archéologues estiment qu’il y a des populations inuites au Groenland (et dans tout le Grand Nord) depuis plus de 10 000 ans. C’est le contraste entre la richesse de cette culture millénaire et l’apparente désolation du territoire que je trouve fascinant. L’autre aspect qui me passionne, c’est évidemment la façon dont la culture inuite, entièrement articulée autour du rapport à la nature et aux éléments, se confronte peu à peu à la modernité. En particulier à la mutation économique du pays qui, d’une terre de chasseurs-pêcheurs, est progressivement en train de devenir une terre d’exploitation intensive de ses ressources naturelles (pétrole, or, uranium…) par toutes les grandes nations du globe.

 

Le duo d’enquêteurs est un ressort classique en littérature policière. Qu’est-ce qui fait le sel du binôme Qaanaaq et Apputiku ?

Qaanaaq et Apputiku partagent en partie les mêmes origines inuites, et pourtant on ne peut pas faire plus différents que ces deux-là. Physiquement d’abord, mais aussi dans leur manière de se comporter et d’appréhender le monde. Il faut dire que Qaanaaq a été intégralement élevé au Danemark, sa culture et ses raisonnements sont entièrement occidentaux. Tandis qu’Apputiku est, lui, garant des coutumes et des croyances de son peuple millénaire. Pourtant, une chose les lie au-delà de tout : leur capacité à surmonter l’âpreté du milieu dans lequel ils évoluent, tout en conservant une part de douceur et parfois même de candeur presque enfantine. L’un comme l’autre, ils se raccrochent volontiers à des « fétiches ». Les proverbes pour Qaanaaq, et… une manière très particulière de s’habiller pour Apputiku.

 

Pourquoi avoir fait le choix d’écrire ce roman sous un pseudonyme ?

Parce que quand j’embarque pour un nouvel univers romanesque, ce n’est pas juste moi en tant qu’auteur qui fait le voyage, c’est toute ma personnalité. Mon identité à part entière. Choisir un pseudonyme, c’est me permettre de me réinventer moi-même, à l’unisson de ce que je propose au lecteur : une plongée dans une contrée inexplorée. Le temps de l’écriture et de la lecture – avec ceux qui ont eu la gentillesse de faire le voyage avec moi –, je suis cet autre-là, pleinement et sans réserve.