Froid comme l’enfer (Helköld sól) de Lilja Sigurðardóttir

FROID COMME L'ENFER (Helköld sól)

Lilja Sigurðardóttir

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Présentation de l’éditeur (éditions Métailié):

Avoir une sœur, c’est la meilleure et la pire des choses, on se trouve coincée dans des rôles depuis l’enfance. Aurora n’a aucune envie de quitter l’Angleterre pour aller en Islande s’occuper de la disparition d’Ísafold, mais difficile de résister à une mère qui ne veut pas comprendre qu’une enquêtrice financière n’est pas un détective privé. Ce qu’elle sait bien faire, elle, c’est démasquer les fraudeurs et les faire payer en se servant au passage. Et comme l’Islande a une réputation établie pour ce genre de problème, elle va y aller. Et tester ses compétences ainsi que sa séduction.

Mais Ísafold est introuvable. Il semble que son mari la battait, ce qu’elle niait farouchement. Au fil des témoignages qu’Aurora recueille dans ce pays baigné dans la lumière magique d’un soleil de minuit éblouissant, des personnages inquiétants émergent. Au cours de son enquête, elle met au jour des détails subtils sur les façons de vivre et de se parler, et par ce travail de dentellière elle nous fait entrer dans un monde plus complexe qu’il n’en a l’air.

Un livre sombre et imprévisible.

 

Réflexions de lecture :

Dans Froid comme l’enfer, on retrouve toutes les marottes de Lilja Sigurðardóttir. Les violences faites aux femmes, véritable fléau de la société islandaise, tant le sujet est repris par nombre d’auteurs de polars. Et les arcanes de la finance, dont l’autrice s’est fait une spécialité.

Aurora, sorte de détective privée versée dans le recouvrement de fonds détournés, est contactée par sa mère qui s’inquiète de ne plus avoir de nouvelles d’Ísafold, sa sœur. Aurora délaisse donc son Ecosse pour revenir sur les traces de sa jeunesse, en Islande.

Dès son arrivée, elle commence à mener son enquête, notamment dans l’entourage de son beau-frère, Björn, qui battait sa femme. Au passage, l’autrice nous livre un portrait précis des couples qui se trouvent dans cette situation de violences conjugales, entre repentir du mari et culpabilité de la femme. On croise plusieurs personnages singuliers, qui gravitent dans l’entourage du couple : Grímur, un voisin inquiétant qui a la phobie des maladies et se rase entièrement plusieurs fois par jour ; Olga, une voisine, qui héberge Omar, un réfugié. On apprend d’Olga qu’elle a perdu un fils et d’Omar, qu’il a usurpé l’identité d’un migrant retrouvé assassiné.

Mais chassez le naturel, il revient au galop ; il faut peu de temps à Aurora pour profiter de son séjour islandais pour enquêter sur un fraudeur financier, Háko, propriétaire d’hôtels, qu’elle s’emploie à séduire. Comme s’il s’agissait là d’une sorte de distraction qui la divertit de sa préoccupation principale, la disparition de sa sœur. Ce sont donc deux histoires différentes sur lesquelles nous entraîne l’autrice.

Pour l’épauler, Aurora reçoit l’aide d’un policier en vacances, Daniel, qui n’est pas insensible au charme de la jeune femme.

Si l’on comprend vite ce qui est arrivé à Ísafold, Lilja Sigurðardóttir sait quand même surprendre le lecteur par la révélation des faits exacts.

Cependant, mis à part cette surprise, qui ravit le lecteur, qui constate que ce qui paraît évident ne l’est pas tant que cela, ce roman laisse un sacré goût d’inachevé. J’ai l’impression de lire le premier volume d’une œuvre à épisodes. En effet, si le lecteur apprend ce qui s’est réellement passé, les personnages, à commencer par Aurora, restent avec leurs questions. Ce que résument bien les deux dernières phrases du roman : « Et tant qu’elle ignorait où elle se trouvait, impossible de partir. Elle ne pouvait pas abandonner Ísafold. » On a l’impression que les différents personnages ne sont pas exploités à fond et l’on reste encore avec des questionnements : sur le fils décédé d’Olga, sur Omar, sur Grímur, sur la relation entre Aurora et Daniel... En outre, je trouve que l’affaire financière, pour laquelle Aurora enquête sur les fraudes de Hákon, n’apporte rien au roman et se trouve là comme un cheveu sur la soupe, à part pour faire entrer en scène, Agla, qu’on a rencontrée déjà dans la trilogie Reykjavík Noir.

Pour conclure, j’ai un peu de mal à me faire une opinion définitive. S’il en reste là, Froid comme l’enfer est une sorte d’essai inachevé. S’il est le premier volume d’une nouvelle série, – Il semblerait qu’on retrouve Aurora et Daniel dans le roman paru cet automne en Islande – alors il peut avoir un intérêt si les ouvrages suivants lèvent le voile sur les différentes incertitudes.

Lilja Sigurðardóttir