Installation (Konur) de Steinar Bragi

9782864247364 Installation (Konur) de Steinar Bragi

(Autour de... Installation, vous précise les lieux du roman, avec photos à l'appui. Vous y lirez également deux articles sur le Sólfarið et la romancière Sylvia Plath.)

(Retrouvez les œuvres des peintres Georg Guðni et Kristin Gunnlaugsdóttir.)

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4ème de couverture (Editions Métailié):

«Eva Einarsdóttir se sépare de son fiancé et rentre chez elle en Islande après avoir vécu à New York. Une vague relation lui prête un logement au centre de Reykjavík, dans une tour high-tech équipée des technologies dernier cri en matière de sécurité et de surveillance. Eva veut prendre le temps de s’installer dans ce pays qu’elle ne reconnaît plus, les pêcheurs ont disparu et cadres de banques et traders ont envahi la ville. Peu à peu Eva change, elle sort de moins en moins de cet appartement, fait des cauchemars, rencontre des gens étranges dans l’immeuble, se laisse envahir par une voisine. Une tension s’installe. La sensation de menace s’intensifie à mesure que l’œuvre avance, et culmine dans une seconde partie au suspense insoutenable.

Dans l’Islande juste avant la crise, au moment où une Reykjavík devenue usine financière à l’écart du monde atteignait un degré de folie vertigineux, Steinar Bragi écrit un thriller implacable sur la déshumanisation du monde, mais aussi sur une femme et la manière dont, dans un monde néolibéral où tout a un prix, on peut faire des femmes des produits de consommation. »

 

Réflexions de lecture :

Installation n’est pas un polar, mais un roman noir, un thriller. Il n’y a, en effet, pas de crimes, ni d’enquêteurs, mais c’est une histoire à suspense, inquiétante, voire angoissante.

Steinar Bragi écrit son roman en deux parties. Dans la première, on fait la connaissance du personnage principal, Eva. Elle est de retour en Islande, pour suivre son ami, Hrafn, qui a toutefois décidé de prendre ses distances, de faire le point sur leur relation. En attendant, Eva emménage dans un bel appartement d’un immeuble très moderne, prêté par une vague connaissance. Or très vite, le suspense s’installe. Cet appartement donne une impression d’étouffement, de mal-à-l’aise. La décoration, et notamment un masque creusé dans un mur, dresse un décor étrange. La voisine, Bergthora, qui s’impose au point de devenir envahissante, laisse une impression désagréable. Est-elle vraiment celle qu’elle paraît être ? Que cache-t-elle ? Petit à petit, Eva découvre les mensonges qui l’entourent. En premier lieu, elle apprend que la femme qui occupait cet appartement n’est pas partie en voyage, comme on le lui avait dit, mais s’est suicidée. On ne sait d’ailleurs pas trop quel est son vrai nom ; Marie ou Grace ? Les mystères s’accumulent et l’angoisse monte.

Arrive alors la deuxième partie. Eva se retrouve prisonnière de cet appartement, dont elle ne peut plus sortir. Qui la séquestre ainsi ? Dans quel but ?

Comme thème de thriller, l’histoire est alléchante. Malheureusement la prestation littéraire n’est pas à la hauteur. Le texte est compliqué à lire, voire rébarbatif. On affronte les grandes considérations alambiquées, voire incompréhensibles, qui alourdissent le texte et le rende désagréable à lire. J’avoue avoir lu en diagonale quelques-uns de ces paragraphes indigestes. L’auteur joue avec l’univers onirique d’Eva, mais il est parfois difficile de savoir si l’on est dans l’ordre du rêve ou de la réalité et de comprendre ce qu’apportent ces cauchemars, à l’histoire. Le suspense, mis en place dans la première partie, n’est pas amené jusqu’au bout. De nombreuses portes s’ouvrent, sans qu’on ne sache jamais où elles conduisent ; ainsi en est-il de cette suicidée, Marie/Grace ou de cette petite fille, qui se retrouve coincée dans l’appartement avec Eva. Les idées sont bonnes, mais elles sont mal mises en valeur et mal exploitées, quand elles le sont.  L’ensemble du roman laisse un sentiment d’inachevé, à l’image d’une fin dont on se demande si elle en est une. Enfin, Steinar semble se complaire dans les récits pornographiques et violents, où se mêlent sexe et cruauté gratuite. Certes, ce sont des éléments du récit, mais doit-il forcément y revenir si souvent, rentrer à ce point dans la description, au risque de donner la nausée au lecteur ?

On peut percevoir ce roman comme un moyen, pour l’auteur, de faire passer des messages. Une réflexion pessimiste sur la société et les excès de l’art. Une dénonciation de la société ultra-libérale, où tout s’achète, dans le contexte de la crise financière. Une dénonciation de la vision de la femme-objet. D’ailleurs, étant donné l’image de la femme, que véhicule Installation, dont le titre original, Konur, signifie justement « femmes », il est préférable de penser que l’auteur dénonce, même si son insistance, presque malsaine, pourrait amener à douter. En tout cas, si message il y a, je ne pense pas que Steinar ait atteint son objectif.

Pour finir, je suis content d’être arrivé au bout de ce roman. Et si je me suis dépêché de le lire, à partir de la deuxième partie, ce n’est pas parce que le suspense insoutenable m’empêchait de lâcher l’ouvrage, mais bien pour en sortir au plus vite et passer à autre chose.

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