L’île au secret (Drungi) de Ragnar Jónasson

L’ILE AU SECRET (Drungi)

Ragnar Jónasson

9782732493565 475x500 2 ♦♦♦♦♦

ALBUM PHOTOS

Quatre amis séjournaient sur une île. L’un d’entre eux tomba de la falaise. Et il n’en resta plus que trois…

4ème de couverture (Editions de La Martinière):

« Au large des côtes d’Islande, l’île d’Ellidaey abrite la maison la plus isolée au monde. C’est sur cette terre sauvage que quatre amis ont choisi de fêter leurs retrouvailles. Mais, après la chute mortelle de l’un d’eux, la petite escapade tourne au drame.

L’inspectrice Hulda, quinze ans avant les événements survenus dans La Dame de Reykjavík, n’a qu’une ambition : découvrir la vérité. Pas du genre à compter se heures, Hulda ne prendrait-elle pas l’affaire trop à cœur ? Elle n’a jamais connu son père et a toujours entretenu avec sa mère une relation dents de scie. Une vie de famille tellement chaotique que son job semble la seule chose capable de la rattacher à la réalité… Mais sur l’île d’Ellidaey plane une atmosphère étouffante. Les fantômes du passé ressurgissent. »

 

Réflexions de lecture :

Dès après avoir refermé La Dame de Reykjavík, je me suis demandé comment Ragnar Jónasson allait ressusciter son héroïne, Hulda, qui semblait bel et bien destinée à mourir. J’ai enfin la réponse avec ce deuxième volume, L’île au secret. Ragnar a la brillante idée de remonter le temps et de situer ce nouveau roman, dix ans avant le précédent. Il use d’ailleurs du même stratagème avec le troisième opus à venir.

Le livre ouvre sur une histoire à première vue très banale, mais qui laisse un arrière-goût d’étrange. Puis, l’auteur nous raconte l’escapade amoureuse de deux jeunes, dans un chalet perdu dans les fjords de l’Ouest. On attend, page après page, qu’un crime survienne, mais Ragnar sait nous maintenir en haleine en multipliant les anecdotes idylliques et les descriptions de ce coin de nature splendide. On n’en sait pas plus jusqu’à ce qu’un policier, qui vient d’être appelé, découvre le corps de la jeune fille… du garçon, en revanche, pas de nouvelles. Ragnar fait un léger saut dans le temps, comme si l’on avait manqué l’épisode qui relie les dernières heures tranquilles et agréables du jeune couple, à la commission du crime. Il utilisera d’ailleurs le même procédé un peu plus loin.

Rentrant alors dans le vif du sujet, L’auteur développe deux histoires en parallèle.

Les retrouvailles, dix ans après, de quatre amis, qui viennent se souvenir de la cinquième personne de la bande, celle qui a été tuée au début, lors d’un séjour sur Elliðaey, une île quasi inaccessible et isolée de l’archipel des Vestmann, sur laquelle personne ne vit. On retrouve là l’atmosphère de huis-clos, dont Jónasson avait abondamment fait usage, lorsqu’il situait, à Siglufjörður, aux confins d’une péninsule de l’extrême nord de l’Islande, les actions de sa série Ari Þór (Dark Iceland).

A côté de l’enquête menée par Hulda, qui relie la mort de l’un des amis d’Elliðaey, tombé d’une falaise, à ce qui s’est passé, une décennie auparavant, dans les fjords de l’Ouest, on suit la quête personnelle de la policière. Venant de perdre sa mère, avec qui les relations étaient en dents de scie, Hulda cherche le soldat américain qui, lors d’une aventure d’un soir, est devenu son géniteur. Cette quête la conduit même à un aller-retour rapide aux Etats-Unis. On en apprend aussi davantage sur les blessures personnelles de l’héroïne – un classique du polar islandais – et, surtout, sur la perte tragique de sa fille, puis, peu de temps après, de son mari. Mais Ragnar ne dévoile pas tout et une part de mystère plane encore sur ces deux morts. On ressent quand même la présence constante de la culpabilité de Hulda qui, face au suicide de sa jeune fille, se demande toujours ce qu’elle n’a pas vu ou pas fait pour éviter le drame.

Le lecteur est tenu en haleine tout au long de l’histoire et, bien-sûr, tout s’enchaîne remarquablement à la fin du roman, y compris la première scène évoquée plus haut. Au passage, Ragnar dénonce les manipulations qu’a engendrées la soif de promotion et de pouvoir de Lýdur, le supérieur de Hulda, qui n’a pas hésité à faire chanter un collègue et à envoyer un innocent en prison.

Ragnar Jónasson Hulda