L’ombre des chats (Ár kattarins) d'Árni Þórarinsson

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(Allez écouter les musiques évoquées dans le roman, notamment Year of the cat.)

(Retrouvez deux articles, sur le parti socialiste et sur Jóhanna Sigurðardóttir, première lesbienne, chef de gouvernement.)

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4ème de couverture (éditions Métailié) :

« Qu’est-ce qui se cache derrière le "suicide assisté par ordinateur" soigneusement scénarisé de la jeune femme dont le récent mariage avait été transformé en cauchemar par une farce de très mauvais goût ? Qui envoie sur le téléphone d’Einar des messages obscènes à l’orthographe défaillante ? Qui a attaqué, devant une boîte de nuit, le cadre dynamique et misogyne qui terrorisait sa famille et l’a expédié à l’hôpital dans un coma profond ? Quelles manipulations politiques viennent troubler la bataille pour le destin du Journal du soir, le grand quotidien islandais ? Quel jeu mène son directeur ?

Enquêteur nonchalant et lucide, Einar tente de résoudre ces énigmes malgré l’hostilité du commissaire de police local. Pour cet amateur de rock qui regarde les changements du monde avec une distance désabusée, les choses ne sont pas toutes ce qu’elles semblent être. Et le bonheur est peut-être fugitif comme l’ombre des chats.

Arni Thorarinsson a un point de vue caustique et lucide sur la société mondialisée. Il construit ici une critique sociale féroce et pose des questions gênantes  dans un thriller bien ficelé et plein d’ironie. »

 

4ème de couverture (Folio policier):

« Apparent suicide "assisté par ordinateur" d’une jeune mariée, messages obscènes à l’orthographe défaillante sur son téléphone portable… Décidément, Einar est fâché avec les nouvelles technologies. Enquêteur nonchalant et lucide, le journaliste est bien décidé à résoudre ces énigmes malgré l’hostilité du commissaire de police local. Après tout, remplacer le mensonge par la vérité, c’est son boulot. »

 

« Tout est parfaitement en ordre, presque un peu trop, quand on pense au drame qui s’est déroulé ici. »

 

Réflexions de lecture

Comme à son habitude, Árni Þórarinsson s’inspire d’une chanson, Year of the cat, d’Al Stewart, pour donner son titre à son cinquième roman, Ár kattarins, dont la traduction est "Année du chat". L’auteur emporte le lecteur à travers trois enquêtes, auxquelles s’ajoutent deux histoires qui interviennent, par touches, de façon régulière.

                Ces trois enquêtes ont en commun de tourner autour du sexe. Mais un sexe choquant, destiné à bousculer les bonnes mœurs de la société islandaise. On y côtoie des homosexuels, hommes et femmes, une dame d’un certain âge, plutôt portée sur la chose, qui s’est mise en couple avec un ancien acteur porno, noir de surcroît et un harceleur sexuel, dans le cadre de son travail, avec la complicité de son patron. Paradoxalement, ce ne sont pas ceux qu’on attendrait, qui sont les plus choqués par ces situations. Gunnhildur, la vieille dame sortie de sa maison de retraite, le temps d’une cérémonie et le pasteur luthérien, officiant du mariage, semblent se satisfaire de l’union de deux femmes. En revanche, celles et ceux qui font montre d’ouverture d’esprit, ne le font que de façade et nourrissent, au plus profond d’eux-mêmes, une colère sourde.

Mais L’ombre des chats, n’est pas prioritairement une étude sociologique, même si le roman en prend parfois l’allure ; c’est avant tout un polar. La première enquête nous plonge dans l’étrange, voire le sordide. Jugez-en plutôt. Un sexe masculin coupé et une double mort, par injection de stupéfiants, en surdose, par intraveineuse, à l’aide d’un ordinateur ! Il faut toute la perspicacité et la persévérance du journaliste Einar, pour découvrir le fin mot de l’histoire. La deuxième enquête a pour origine une banale altercation, dans une file d’attente, qui se termine tragiquement. Mais s’agit-il vraiment d’une banale altercation ? Árni présente cette histoire de façon originale. En effet, Einar ne suit l’affaire que d’un d’œil, préférant la confier à sa collègue, Sigurbjörg, dont on a fait connaissance dans L’ange du matin. C’est par l’intermédiaire de ses articles, qu’on progresse petit à petit dans l’intrigue. La troisième enquête n’a rien de criminel, ni de violent, en tout cas physiquement parlant. Einar reçoit des textos ambigus, à caractère sexuel, provenant du portable d’un ténor du parti socialiste. Qui cherche ainsi à nuire à celui que tout désigne comme vainqueur à la toute prochaine élection de premier secrétaire, quitte à salir Einar, au passage ? Serait-ce le premier secrétaire sortant ? Árni nous entraine dans les basses querelles fratricides, au sein d’un parti politique, qui ressemble à bien des nôtres, où tous les coups sont permis, surtout lorsqu’ils sont en dessous de la ceinture ; le tout dans une atmosphère de financement douteux de campagne électorale. Ah, quand la fiction colle à la réalité ! On perçoit, chez l’auteur, une vision cynique de ce monde. De plus, ces querelles partisanes rejaillissent sur le Journal du soir, dont il est question du rachat. Il faut toute la détermination d’Einar, de Hannes, le directeur vieillissant et d’Asbjörn, le rédacteur en chef, en proie à des doutes sentimentaux, pour éviter le naufrage. Comme dans ses précédents romans, Árni traite avec une brillante acuité, le thème de l’indépendance de la presse face aux financiers qui souhaitent l’assujettir à leurs intérêts personnels.

L’auteur parsème ses enquêtes de deux histoires, qui refont surface, de temps en temps. D’une part, il s’agit de l’arrivée des nouveaux voisins d’Einar ; un couple dont la femme est d’origine asiatique et qui possède trois chats, un noir, un blanc, et un noir et blanc. Les félins sont là. Ils trainent autour du domicile d’Einar, insaisissables, malgré une assiette de poissons, alors que selon la tradition asiatique, on entre dans l’année du chat. Quelle incidence, ce couple a-t-il sur les enquêtes ? Aucune. Quel rôle joue-t-il dans le roman ? Mystère. D’autre part, nous retrouvons Margret, elle aussi rencontrée dans L’ange du matin. Einar avait eu une relation avec cette femme qui s’est révélée être un brillant escroc ; ce qui lui vaut d’être en fuite à travers le monde. Elle communique avec Einar, par des mails et des textos, pour le moins sibyllins. Là aussi, ces interventions sporadiques n’apportent rien au récit. Cependant, le dernier message adressé à Einar : « Rejoins-moi. Je t’envoie un billet dès que je suis en lieu sûr. » laisse présager une suite dans un futur roman. Y aura-t-il les voisins et leurs chats ?

Tout en dénonçant des travers de la société islandaise, Árni nous offre un bon roman qui mêle sexe, politique et argent ; cocktail détonant et efficace pour un polar réussi.

 

Rendez-vous autour de... L'ombre des chats et dans les musiques d'Árni Þórarinsson.

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