La cage (Búrið) de Lilja Sigurðardóttir

LA CAGE (Búrið)

Lilja Sigurðardóttir

Lilja sigurdardottir la cage 3 ♦♦♦♦

4ème de couverture (Editions Métailié):

« Agla travaille dans la finance, accusée d’évasion de capitaux, elle a été emprisonnée et pleure son amour perdu. A bout, elle tente de se suicider. C’est le moment que choisit un industriel qui connaît son habileté pour lui proposer une enquête sur le stockage de l’aluminium. Agla ne peut pas résister au challenge et envoie sur le terrain une journaliste d’investigation complexée qui est à l’origine de sa condamnation.

Pendant ce temps un adolescent amoureux, qui est aussi le fils d’un homme d’affaires mafieux, prépare une action d’éclat pour séduire sa petite amie.

En un tour de main, sur un rythme déconcertant et séduisant, Lilja Sigurðardóttir nous initie aux trafics des matières premières et aux dessous du transport de la drogue en Islande, nous fait assister à la naissance improbable d’une histoire d’amour et nous prouve qu’une femme sexy et sûre de son intelligence retombe toujours sur ses pieds.

Un grand feu d’artifice habile et intelligent. »

 

Réflexions de lecture :

La Cage, troisième tome de la trilogie Reykjavík Noir, est bâti sur le même modèle que les deux précédents. Une succession rapide de plus d’une centaine de chapitres, très courts, qui nous transporte d’une situation à l’autre. Cette construction permet un rythme soutenu et haletant. Il n’y a pas une page sans qu’il ne se passe quelque chose. L’histoire elle-même se déroule sur un laps de temps restreint, d’avril à août 2017.

Si les deux volumes précédents étaient centrés sur Sonja, c’est Agla, la banquière, son ex-amante , qui est le protagoniste principal de La Cage. Sonja est évoquée, mais son rôle est devenu plus secondaire. On retrouve aussi María, qui a été renvoyée de la police et s’est désormais lancée dans le journalisme d’investigation, ainsi qu’Ingimar, le financier véreux, et ses hommes de main.

Comme le suggère le titre du livre, le thème de l’enfermement parcourt toutes les pages. Enfermement en prison pour Agla, enfermement dans une cage pour Thorgeir, un trafiquant, enfermement dans une étrange pièce sombre pour María. Mais cet enfermement est aussi psychologique. Elísa, la codétenue d’Agla est sous l’emprise de la drogue. Marteinn, le collègue journaliste de María, est pris dans un délire complotiste.

Deux histoires sont menées en parallèle. Celle d’Agla et María, qui enquêtent sur une escroquerie liée à l’industrie de l’aluminium et celle d’Anton, le fils d’Ingimar, adolescent, qui veut commettre un attentat pour « épater » sa petite amie. En filigrane, on est témoin des émois amoureux des personnages.

Les sujets abordés dans ce roman sont très contemporains : le racisme envers les migrants et les thèses populistes et xénophobes qu’il engendre (eh oui ! même en Islande !) ; le complotisme, qui voit des manipulations internationales derrière chaque événement et la défense de la planète. La Cage est le premier polar traduit en français qui aborde le thème de la production d’aluminium, sujet soumis à controverses en Islande. Le caractère bon marché de la production d’électricité dans l’île a permis l’implantation d’usines d’aluminium des géants mondiaux, qui viennent profiter de cette énergie indispensable, à bas coûts. Mais tout ceci se fait au détriment de l’environnement, menacé par la construction de gigantesques barrages. Lilja aborde non seulement cet aspect écologique (à ce propos, je vous conseille, sur le même thème, le remarquable film islandais Woman at war, de Benedikt Erlingsson) mais dénonce aussi la spéculation qui tourne autour de la maîtrise des matières premières. Le roman traite aussi du trafic de drogue et est, en cela, dans la droite lignée des deux précédents.

C’est un bon roman, mais j’avoue avoir eu un peu de mal à plonger dedans ; mon intérêt n’étant réellement suscité qu’après plusieurs chapitres. Rien de nouveau n’est apporté par cette l’histoire, si ce n’est le talent de Lilja pour décrire minutieusement un phénomène, à la limite du documentaire. C’est le cas ici de la vie en prison (et des aménagements de peine possibles) et de ce qui tourne autour de l’aluminium.

Lilja Sigurðardóttir Reykjavík Noir