La dernière tempête (Mistur) de Ragnar Jónasson

LA DERNIÈRE TEMPÊTE (Mistur)

Ragnar Jónasson

La derniere tempete 4cm

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ALBUM PHOTOS

 

Présentation de l'éditeur (Editions de La Martinière):

La terrible tempête de neige qui s’abat sur l’Islande aurait dû décourager les plus téméraires de s’aventurer à l’extérieur.

Ils l’ont pourtant fait.

Ce couple n’aurait jamais dû laisser entrer chez eux un inconnu.

Il l’a pourtant fait.

Un invité indésirable. Un mensonge innommable. Un meurtre. Tous ne survivront pas à cette nuit. Et l’inspectrice Hulda, chargée de l’enquête, continuera d’être hantée par ses fantômes très longtemps encore.

 

Réflexions de lecture :

La dernière tempête est le troisième volume de la trilogie Hulda, série original puisqu’au fil des romans, elle remonte le temps. Nous sommes là dix ans avant L’île au secret et vingt-cinq ans avant La dame de Reykjavík.

Le roman se situe à deux périodes différentes. Le prologue commence en février 1988. Puis, une grosse moitié de l’histoire se déroule deux mois auparavant, quelques jours avant Noël 1987. Enfin, nous nous retrouvons à nouveau en février 1988.

Le roman est construit selon trois axes :

Un couple d’agriculteurs, Einar et Erla, isolé dans leur maison, en pleine tempête de neige, reçoit la visite, la veille du réveillon de Noël, d’un homme, Leó. Ce dernier est un chasseur qui s’est perdu dans la tempête et demande l’hospitalité. Or, rapidement, la présence de ce personnage devient inquiétante et Ragnar Jónasson sait admirablement faire monter l’angoisse. Il a déjà posé les jalons de cette peur en situant cette ferme au milieu de nulle part, à l’est de l’Islande. Cet aspect d’isolement, que l’auteur affectionne particulièrement est abondamment décrit : le village proche est difficilement accessible, on capte difficilement la radio et l’électricité saute dès que le temps est mauvais. Seule la lecture permet à Erla de supporter cette vie, ainsi que la présence, dans la ferme la plus proche, de la fille du couple, Anna, qui doit les rejoindre pour Noël. Au passage, Ragnar documente abondamment les repas typiques des fêtes islandaises. L’auteur instille également le doute dans l’esprit du lecteur. Leó est-il vraiment le chasseur égaré qu’il prétend être ou le menteur qu’Erla croit déceler ? Son histoire est-elle vraie, malgré quelques incohérences, ou est-il mû par de mauvaises intentions envers le couple ?

A Reykjavík, Hulda doit résoudre l’affaire de la disparition d’une jeune femme, Unnur, qui a été vue, pour la dernière fois à Selfoss. Unnur, bien décidée à vivre l’aventure, a quitté le domicile où elle vit avec ses parents, pour se lancer dans un tour de l’île et rompre avec sa monotonie. Mais, depuis plusieurs semaines, elle ne donne plus de nouvelles et tout le monde est inquiet. A-t-elle choisi de disparaître ? A-t-elle mis fin à ses jours ? A-t-elle fait une mauvaise rencontre ? Cette affaire est ancienne, par rapport au récit, et Hulda, l’inspectrice essaie, tout au plus, de continuer à penser à la disparue, alors qu’aucune piste nouvelle ne vient relancer les investigations. Cette disparition est évoquée sporadiquement dans le roman, à tel point qu’on se demande ce qu’elle vient faire là. Mais, connaissant l’auteur, on se doute bien qu’elle n’est pas par hasard.

Enfin, on découvre l’origine des traumatismes intimes de Hulda, déjà exploités dans L’île au secret. Dès le prologue, en février 1988, on rencontre une inspectrice profondément marquée par un drame, qui suscite de la gêne et de la pitié parmi ses collègues. C’est deux mois auparavant, la veille de Noël, qu’il faut chercher la source de ce mal-être. Hulda et son mari, Jón, constatent que leur fille de 13 ans, Dimma, va de moins en moins bien. Hulda la sent s’éloigner d’elle et s’isoler. Le dialogue entre les parents et l’adolescente devient de plus en plus difficile et Dimma s’enferme dans sa chambre, au lieu de fêter Noël en famille. La situation se détériore jusqu’au drame, qui va bouleverser à jamais l’équilibre familial.

A la fin du roman, les deux affaires (la disparition d’Unnur et l’arrivée de Leó dans la ferme isolée) se rejoignent en un dénouement magistral dans lequel on peut tirer comme enseignement que la nature est plus forte que l’homme et rend sa propre justice. Avec La dernière tempête, outre une très bonne lecture de polar, Ragnar Jónasson permet une réflexion intéressante sur l’isolement, tant physique que psychologique.

Ragnar Jónasson Hulda