La femme en vert (Grafarþögn) d’Arnaldur Indriðason

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(vous voulez voir des photos des principaux lieux du roman ou en savoir plus sur la présence anglo-américaine durant la guerre, alors rendez-vous autour de... La femme en vert)

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4ème de couverture (éditions Métailié):

« Dans une banlieue de Reykjavik, au cours d’une fête d’anniversaire, un bébé mâchouille un objet qui se révèle être un os humain.

Le commissaire Erlendur et son équipe arrivent et découvrent sur un chantier un squelette enterré là, soixante ans auparavant.  Cette même nuit, Eva, la fille d’Erlendur, appelle son père au secours sans avoir le temps de lui dire où elle est. Il la retrouve à grand-peine dans le coma et enceinte. Erlendur va tous les jours à l’hôpital rendre visite à sa fille inconsciente et, sur les conseils du médecin, lui parle, il lui raconte son enfance de petit paysan et la raison de son horreur des disparitions. L’enquête nous est livrée en pointillé dans un magnifique récit, violent et émouvant. Une femme victime d’un mari cruel qui la bat, menace ses enfants et la pousse à bout.

Un Indridason grand cru ! »

 

4ème de couverture (Points policier):

« Dans un jardin sur les hauteurs de Reykjavik, un bébé mâchouille un objet étrange… Un os humain ! Enterré sur cette colline depuis un demi-siècle, le squelette mystérieux livre peu d’indices au commissaire Erlendur. L’enquête remonte jusqu’à la famille qui vivait là pendant la Seconde Guerre mondiale, mettant au jour les traces effacées par la neige, les cris étouffés sous la glace d’une Islande sombre et fantomatique… »

« Les os dépassaient de la terre et s’étendaient dans sa direction, comme s’ils imploraient grâce. »

 

Réflexions de lecture :

Le roman s’ouvre sur la découverte, originale et même amusante, bien que peu ragoûtante, d’ossements humains. Les conditions selon lesquelles chacun des policiers, Erlendur, Elingborg et Sigurdur Oli, l’apprennent sont savoureuses, notamment chez ce dernier ! Pas de cadavre fumant qui vient de passer de vie à trépas, mais un corps vieux de plusieurs dizaines d’années et mis au jour au hasard d’un chantier.

Comme souvent, Arnaldur mène de front plusieurs d’histoires.

L’enquête sur les ossements met à contribution diverses disciplines scientifiques : la géologie, l’archéologie… et permet à Arnaldur de jouer avec les nerfs et la patience des inspecteurs, mais aussi du lecteur.

On continue, en parallèle, à suivre l’histoire personnelle d’Erlendur et de sa fille, commencée dans La cité des jarres. On avait laissé Eva-Lind enceinte, on la retrouve hospitalisée en urgence dans le coma.

Pour la retrouver, Erlendur doit descendre dans les bas-fonds de Reykjavik, entre boîtes de striptease, consommation de drogues et squats. Cette situation permet aux collègues de l’inspecteur de prendre plus d’ampleur. On fait connaissance de Berghtora, la tempétueuse femme de Sigurdur Oli. On fait surtout connaissance d’Elingborg, qui était restée un peu effacée dans le précédent roman. Cela permet aussi d’en apprendre plus sur la jeunesse d’Erlendur. On découvre enfin quel traumatisme il traîne depuis son enfance et la raison pour laquelle il semble si fasciné par les histoires de disparitions. Comme il le dit lui-même : « Toute ma vie, cela a été ma faute à moi bien que j’aie compris depuis bien longtemps que j’étais trop jeune pour pouvoir me reprocher quoi que ce soit. Pourtant, le remords vous ronge, comme des métastases cancéreuses qui finissent par avoir raison de vous. »

L’enquête amène nos personnages centraux à remonter le temps et à plonger le lecteur dans la période tumultueuse de la présence militaire anglo-américaine sur le sol islandais, durant la dernière guerre. Là, Arnaldur dirige ses inspecteurs sur deux histoires qui pourraient, l’une et l’autre, conduire au squelette. C’est qu’il aime nous mener sur des fausses pistes, le bougre ! D’ailleurs, bien des questions posées ne trouvent pas de réponses : Qu’est-il arrivé à la jeune fiancée ? Qu’est devenu le soldat américain ? Que s’est-il passé dans l’enfance du mari-bourreau ? Nous n’en saurons jamais rien et c’est tant mieux. La vraie vie apporte-t-elle toujours les réponses ?

Toujours est-il que l’auteur nous entraîne dans la vie d’une famille à l’intérieur de laquelle se déroule un drame quotidien, sordide… On se met à la place de cette pauvre femme ; on voit les événements se dérouler sous nos yeux ; on assiste à la dérive inéluctable de chaque membre de cette famille. Et tout cela est triste. Car cette histoire est d’une profonde tristesse et va réveiller les émotions du lecteur. Cependant, on peut déceler, ici ou là, des traces d’espoir dans ce huis-clos pesant. Une fois qu’on a refermé ce livre, on ne peut pas dire si la fin est heureuse ou pas, tout dépend du point de vue qu’on prend.

Quant à l’enquête, elle se déroule lentement, au rythme de l’exhumation précautionneuse du corps, au rythme des visites d’Erlendur à Eva-Lind. D’ailleurs, nos inspecteurs ne la résolvent pas eux-mêmes, en exploitant les indices qu’ils pourraient trouver et en faisant cogiter leurs méninges, comme il se soit d’un polar. Non. C’est un témoin qui vient raconter à Erlendur et ses collègues, ce qui s’est passé sur cette colline et à qui appartiennent les ossements. Tout juste, Arnaldur nous surprend-il par une ultime fausse piste, quand on pense avoir tout compris. Tout comme avec La cité des jarres, ce n’est pas la solution de l’énigme et ce ne sont pas les rebondissements, qui sont au centre du roman. D’ailleurs, Sigurdur Oli n’attend que de « terminer enfin cette enquête dénuée d’intérêt ». L’enquête policière n’est que le prétexte de raconter des personnages et leurs histoires, bien souvent dramatiques, tout en explorant une part du passé de l’Islande. C’est tout cela, qui fait l’âme du livre. Et dans ce genre, Arnaldur excelle. Pas étonnant alors que le lecteur sensible puisse s’impliqure émotionnellement dans le roman, auprès de cette famille, jusqu’à en avoir les yeux humides.

Personnellement, j’ai un attachement tout particulier pour La femme en vert, ou plutôt ‘’le silence de la tombe’’, car telle est la véritable traduction du titre original.

 

Pour compléter votre lecture, rendez-vous autour de... La femme en vert.

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