La fille sans peau (Pigen uden hug)

LA FILLE SANS PEAU

(Pigen uden hud / Niviarsiaq ameqanngitsoq)

Mads Peder Nordbo

Fsp♦♦♦♦

  • Actes Sud, janvier 2020

ALBUM PHOTOS

4ème de couverture (Actes Sud)

« Nuuk, Groenland, 2014. Une découverte sensationnelle fait frémir la petite communauté : le corps d’un Viking est extrait de la glace, en parfait état de conservation. Mais le lendemain, le cadavre a disparu et on retrouve l’agent de police qui montait la garde nu et éviscéré comme un phoque. L’épouvantable procédé résonne funestement avec des affaires de meurtres non élucidés datant de plus de quarante ans.

                Le journaliste danois Matthew Cave s’immerge dans ces cold cases, révélant le destin terrible de tant de fillettes de la communauté. Mais sa quête menace clairement les intérêts malsains de certaines personnalités importantes de l’île, et il comprend assez vite que sa curiosité risque de s’avérer fatale. Etrangement, la seule à qui il ose faire confiance est une jeune chasseuse de phoques groenlandaise récemment libérée de prison.

                La Fille sans peau nous plonge dans un monde fascinant et hostile recouvert d’une couche de glace vieille de plus de cent mille ans, dont la beauté envoûtante cache une nature imprévisible et souvent meurtrière. Un arctic noir viscéral et addictif qui ne laissera personne indifférent. »

 

Réflexions de lecture :

La fille sans peau est un polar du genre Arctic Noir (voir article) écrit par Mads Peder Nordbo. C’est le premier roman, traduit en français, de l’auteur danois, qui a aussi écrit deux autres livres, mettant en scène Matthew Cave.

D’amblée, l’auteur nous plonge dans une histoire sanglante, où des personnes sont retrouvées mortes, atrocement mutilées, à la manière dont les Groenlandais dépècent les phoques.

Comme dans de nombreux polars nordiques, le principal protagoniste qui mène l’enquête, le journaliste Matthew Cave, doit se débattre avec son passé traumatisant. Sa femme et son enfant à naître sont morts dans un accident de voiture, alors que son père, qui lui a légué ce nom anglo-saxon, militaire dans la base de Thulé, a disparu du jour au lendemain, abandonnant femme et enfant au Danemark. Il s’affuble d’une jeune Groenlandaise, Tupaarnaq, une marginale de caractère et imprévisible.

Suivant, là encore, la tradition nordique, le roman est le prétexte pour dénoncer une situation sociale complexe. On y trouve les jeux des politiques, avides de pouvoir, où l’auteur mêle personnages fictifs et personnes bien réelles. On trouve surtout la crise morale qui traverse le Groenland, entre misère socio-économique, due à l’exode rural des chasseurs-pêcheurs locaux, vers la capitale Nuuk, où ils s’entassent dans des taudis, et les corollaires de cette misère : l’alcoolisme et les viols d’enfants, notamment de jeunes filles, témoignages d’un statut très inférieur de la femme. L’histoire est aussi l’occasion d’approcher la culture groenlandaise : la nourriture, la chasse au phoque…

Côté énigme policière, deux histoires se superposent dans ce roman. L’enquête, actuelle, sur un cadavre retrouvé dans la glace, et les victimes qui s’accumulent autour de cette découverte. L’enquête, quarante ans plus tôt, sur des meurtres similaires. Ces deux histoires se rejoignant à la fin du roman, pour n‘en faire plus qu’une.

C’est un assez bon roman, vite lu, qui reprend nombre des codes du polar nordique. Cependant, le traitement de deux enquêtes, de façon simultanée, à quarante ans d’intervalle, finit par créer une certaine confusion dans les actions et les personnages. Bref, un premier essai plutôt concluant, mais qui laisse espérer de prochains romans mieux maîtrisés.

Mads Peder Nordbo Matthew Cave