La voix (Röddin) d’Arnaldur Indriðason

Voix 300x460 La voix (Röddin) d’Arnaldur Indriðason 9782757807255

(Vous voulez voir quelques photos relatives au roman, alors rendez-vous autour de... La voix)

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4ème de couverture (éditions Métailié):

« Le Père Noël a été assassiné juste avant le goûter d’enfants organisé par l’hôtel de luxe envahi de touristes, alors s’il vous plaît, commissaire, pas de vagues. C’est mal connaître le commissaire Erlendur. Déprimé par les interminables fêtes de fin d’année, il s’installe à l’hôtel et mène son enquête à sa manière rude et chaotique. Les visites de sa fille, toujours tentée par la drogue, ses mauvaises fréquentations, permettent au commissaire de progresser dans sa connaissance de la prostitution de luxe, et surtout il y a cette jolie laborantine tellement troublante qu’Erlendur lui raconte ses secrets.

Le Père Noël était portier et occupait une petite chambre dans les sous-sols depuis vingt ans, pue avant on lui avait signifié son renvoi. Mais il n’avait pas toujours été un vieil homme, il avait été Gulli, un jeune chanteur prodige, une voix exceptionnelle, un ange. Les 45 tours enregistrés par le jeune garçon, cette voix venue d’un autre monde, ouvrent la porte à des émotions et des souvenirs, à des spéculations de collectionneurs, à la découverte des relations difficiles et cruelles entre les pères et les fils.

Un roman dense et fort qui émeut profondément. »

 

4ème de couverture (Points policier):

« Mauvaise publicité pour l’hôtel de luxe envahi par les touristes ! Le pantalon sur les chevilles, le Père Noël est retrouvé assassiné dans un sordide cagibi juste avant le traditionnel goûter d’enfants. La direction impose la discrétion, mais le commissaire Erlendur ne l’entend pas de cette oreille. Déprimé, assailli par des souvenirs d’enfance douloureux, il s’installe dans l’hôtel et en fouille obstinément les moindres recoins… »

« Le passé est une chose à laquelle on peut se raccrocher, précisa-t-il. Même s’il arrive parfois aussi qu’il mente. »

 

Réflexions de lecture :

L’enquête principale tourne autour d’un portier d’hôtel, déguisé en Père Noël, qui est retrouvé mort, en mauvaise posture, un préservatif pendouillant, au fin fond d’un cagibi sordide dans les sous-sols d’un grand hôtel de Reykjavik. A cette enquête, qu’Erlendur va mener de l’hôtel lui-même, où il s’installe, se mêle une affaire de violence sur un garçon de huit ans, dans laquelle Elingborg, qui doit assister au procès, soupçonne le père. Comme d’habitude, l’auteur mène deux histoires de front ; la deuxième étant déjà résolue puisqu’elle nous est racontée à travers les souvenirs des enquêteurs, notamment Elingborg. Car ce n’est pas l’enquête elle-même qui intéresse l’écrivain, mais la vie des personnages et leur passé. Au passage, dans ce deuxième cas, il nous donne une bonne leçon relative aux opinions ou jugements tout faits, construits à la hâte devant des évidences trop criantes.

Arnaldur nous plonge dans le monde des enfants vedettes, le Père Noël assassiné étant un ancien petit chanteur de chorale dont la voix, c’est le titre du roman, a fait défaut un beau jour. Il nous donne l’occasion de nous interroger sur le phénomène du vedettariat qui tombe sur des personnalités si jeunes, mais aussi sur celui de ces enfants talentueux, qui ne sont plus eux-mêmes, à qui les parents volent leur enfance en en faisant des bêtes de foire modelées selon leur volonté. Autre aspect, plus sordide celui-ci ; on croise un amateur et collectionneur de ces jeunes garçons… admirateur pas seulement de leur voix ! Comme d’habitude aussi, la solution de l’énigme policière est à rechercher dans le passé.

Arnaldur met en parallèle trois figures de pères et de fils. Car, à ces deux affaires, se superpose la propre enfance d’Erlendur, et le traumatisme de la perte de son frère, qu’on explore toujours un peu plus profondément. On trouve l’image du père qui traite son enfant comme un objet prédestiné à devenir une vedette et qui rompt définitivement et violemment avec lui, quand il s’aperçoit que son fils ne sera jamais ce qu’il veut. L’image du père bourreau, ou supposé l’être. Et l’image du père qui, face au traumatisme de la perte d’un enfant dont la culpabilité repose sur les épaules, s’enferme dans la torpeur et la dépression. Face à eux, l’auteur nous décrit trois fils. Le premier qui, n’ayant pu répondre aux espérances de son père, coupe le lien familial et tombe dans la déchéance ; le deuxième qui, petite victime, s’enferme dans un mutisme total et le troisième qui, lui-même se sentant responsable de la disparition de son frère plus jeune, ressasse sans cesse son histoire, la dévoile même à une quasi inconnue et s’enferme dans une fascination morbide des disparitions inexpliquées.

Deux personnages proches d’Erlendur font leur apparition dans l’histoire. Sa fille, Eva-Lind, qui se remet peu à peu de la perte de son bébé et tente de se soustraire à la drogue. Elle rejoint son père dans sa culpabilité de n’avoir pu sauver son enfant. Elle amène Erlendur à se dévoiler un peu plus, notamment dans la relation qu’il y a entre ce traumatisme d’avoir perdu son jeune frère et le fait d’avoir abandonné ses propres enfants, dont Eva-Lind, à leur mère, après le divorce, sans essayer de les voir. Un abandon qui fait écho à celui de l’ex-petit chanteur par sa famille. En revanche, si Sindri Snær, le fils d’Erlendur est cité, on ne le voit toujours intervenir dans l’histoire. L’ancienne supérieure d’Erlendur, maintenant retirée dans un ennui sans fond, Marion, apparaît elle aussi, pour donner un coup de pouce à l’enquête. Ainsi, l’on fait un peu plus sa connaissance. On apprend que les relations des deux policiers étaient tendues, mais faites d’une grande estime réciproque.

Si Erlendur traîne une dépression qui s’accentue à l’approche des fêtes de Noël – et ceux qui redoutent cette période se retrouveront dans les sentiments de l’inspecteur – la lueur de joie provient de Valgerdur, employée de la police scientifique, pour laquelle ce qui n’est pour l’instant qu’un intérêt réciproque, est en train de naître. Il faut attendre pour voir jusqu’où cette relation va mener Erlendur.

 

Pour compléter votre lecture, rendez-vous autour de... La voix.

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