Le cadavre dans la voiture rouge (Líkið í rauða bílnum) d’Ólafur Haukur Símonarson

Le cadavre dans la voiture rouge

(Líkið í rauða bílnum)

d’Ólafur Haukur Símonarson

 

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4ème de couverture (Presses Universitaires de Caen):

« De retour d’Allemagne, où il n’a pu obtenir son diplôme de chimiste, Jonas Halldorsson, abandonné par sa femme et privé de sa fille, se retrouve en Islande, tout d’abord à Reykjavik, et ensuite dans une bourgade perdue où son employeur qui est aussi son cousin l’a envoyé enseigner pour se débarrasser de lui. Jonas semble ainsi voué à vivre loin de tout dans un paisible ennui. Mais, dans cette « enclave perdue dans les ténèbres du monde », Jonas Halldorsson est moins attiré par ses élèves qu’intrigué par les activités étranges et troubles du clan qui règne secrètement sur ce petit port. Et, lorsqu’on découvrira un cadavre dans les eaux du port, l’enquête pourra commencer. Surtout connu en tant que dramaturge, Ólafur Haukur Símonarson, né en 1947, a implanté dans le fascinant paysage d’Islande un polar qui a su puiser aux meilleures sources des auteurs américains. Ce roman a obtenu le prix de littérature nordique décerné à l’occasion des Boréales de Normandie 1997. »

 

4ème de couverture (Points policier):

« Divorcé, chômeur, Jonas accepte un poste d’instituteur dans un petit port perdu au nord de l’Islande. Il espère y mener une vie paisible, loin des hommes, mais la réalité s’avère un peu plus lugubre. Sourires hypocrites, intimidations, menaces, tentatives de meurtre… Dans le brouillard islandais, ce lieu supposé être un havre de paix ressemble furieusement à un traquenard ! »

« L’éventualité d’avoir, dès le premier jour, à chercher l’occasion de repartir, ne m’avait évidemment jamais effleuré. »

 

Réflexions de lecture :

Le cadavre dans la voiture rouge est-il un roman policier ? On peut se le demander jusqu’au chapitre 28 (sur 39 !). Certes, dès le début, on apprend que l’ancien professeur de l’école de Litla-Sand a disparu, mais cela reste en filigrane. Certes, petit à petit, on prend connaissance de magouilles financières. Mais là aussi, pas de quoi fouetter un chat et puis, là aussi, ces informations ne nous parviennent que dans la deuxième moitié du livre. Le début, quant à lui, est assez confus. On a du mal à suivre pour comprendre qui parle, qui sont les protagonistes…

C’est aussi un polar sans enquêtes ! Lorsqu’on retrouve deux corps, on conclut rapidement à l’accident. Même les autorités rechignent à pousser plus loin les investigations. Quant au personnage principal, Jonas, le nouveau professeur, il glane ici et là des informations, au gré de ses rencontres, sans mener une véritable enquête. D’ailleurs, la solution nous est révélée, en quelques pages, par un des personnages, qui raconte, presque d’un seul coup, ce que savent les villageois, brisant ainsi l’omerta.

 

En fait,  pendant de nombreux chapitres, Ólafur Haukur nous offre une brillante description d’un petit village de pêcheurs, Litla-Sand, à 15 km de la plus proche ville, Sandvík, plongé dans le brouillard et la neige. Une distance à la fois courte et éloignée. On se trouve à Litla-Sand un peu comme le numéro 6 dans la série Le prisonnier. On n’en repart pas, ou presque, en tout cas, c’est là le sort des villageois eux-mêmes. L’auteur n’a pas son pareil pour nous décrire l’ambiance lourde d’un village de pêcheurs replié sur lui-même, où les personnages les plus importants possèdent toutes les richesses et entendent régner sans partage sur une population soumise. Seules une ou deux voix s’élèvent, mais elles sont vite étouffées. Ólafur Haukur nous montre une société figée, dans laquelle les femmes, résignées, doivent rester à leur place, chez elles. La seule qui s’y oppose est taxée de psychologiquement dérangée. Même les enfants ont peu d’espoir d’échapper à cette condition. C’est le directeur de l’école lui-même, qui dit que les élèves n’ont pas besoin de tant apprendre, notamment les langues étrangères ou la musique, pour aller travailler dans la conserverie ou embarquer sur un chalutier ; car tel est leur avenir inexorable. Si l’on veut chercher où se trouve un village aussi « pittoresque », peine perdue ! Ni Litla-Sand, ni Sandvík n’existent ; ils sont sortis de l’imagination de l’auteur. A peine sait-on que ceux de Reykjavík sont des gens du sud.

 

Le personnage principal, Jonas, nouveau professeur remplaçant le précèdent, subitement disparu, est un homme rongé par les remords de sa séparation et par l’alcool. Il idéalise encore sa vie antérieure, avec sa femme et ses enfants. On apprend qu’il est un ancien alcoolique, qui essaie de repartir à zéro ; son nouveau poste doit même lui servir de thérapie. Mais cette nouvelle vie n’est pas adéquate pour cela ; il sombre à nouveau ans son ancien travers. L’alcool est omniprésent dans le roman. On le rencontre dès l’arrivée à Litla-Sand, chez Axel, un vieux poivrot rongé par l’eau-de-vie, mais aussi chez de nombreux personnages, dont tous, plus ou moins, se retrouvent dans un état second à un moment ou un autre du livre.

 

Une dernière remarque, qui a trait à l'édition chez Points de l'ouvrage. Quel est le rapport de la photo de couverture (un cimetière) avec le livre ? Celle des Presses universiatires de Caen, qui montre une voiture d'époque, près d'une usine, qu'on pourrait assimiler à la conserverie, semble davantage appropriée.

 

Le cadavre dans la voiture rouge est un roman où l’on retrouve bien des ingrédients d’autres polars islandais : une ambiance de grisaille, l’alcool, des personnages brisés, une atmosphère pesante…  La mise en place de cette ambiance, la description minutieuse des lieux, la psychologie des personnages en font un bon roman. Mais peut-on le classer dans les polars ? Je vous laisse juge en la matière… bonne lecture !

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