Le dresseur d’insectes (Dauđi trúđsins) d’Árni Þórarinsson

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(Pour localiser Akureyri sur une carte et voir quelques photos de la ville, rendez-vous dans la rubrique autour de... consacrée au roman précédent Le temps de la sorcière)

(Pour retrouver et écouter les références musicales du roman, rendez-vous dans Polar et culture... Les musiques d'Árni Þórarinsson)

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4ème de couverture (Métailié):

« Au début du mois de juin, sous la pression de Trausti Löve, son directeur de rédaction, avide d’informations à sensation, Einar, le correspondant du Journal du Soir à Akureyri, publie un article sur une vieille bâtisse abandonnée dont la rumeur affirme qu’elle est hantée. Une femme qui se présente sous le nom de Victoria et se prétend médium contacte Einar.
Alors que la grande fête du Week-end des Commerçants va commencer, Einar accueille à l’aéroport sa fille et son petit ami. Il remarque sur la piste la présence d’un jet privé qui appartient à une compagnie de cinéma américaine qui prévoit de tourner dans la “maison hantée” un film intitulé Hot Ice qui traitera de brûlantes passions en terre d’Islande.
Le lendemain de la fête tout le monde a beaucoup bu, plusieurs agressions ont été commises, plusieurs viols aussi. Einar reçoit à nouveau un appel de Victoria qui, d’une voix alcoolisée, lui demande de se rendre au plus vite et avec des policiers dans la vieille maison. Avec le commissaire Olafur Gisli, il découvre le corps d’une jeune fille étranglée serrant dans sa main le message : Attention à toi, mon chou. L’identité de la jeune fille reste plusieurs jours inconnue de la police ; personne n’a signalé sa disparition.
Victoria l’appelle pour lui dire qu’elle entre en cure à Virkid, un centre de désintoxication alcoolique. Le lendemain matin, il apprend que Victoria a été assassinée au centre. Il décide de s’y faire admettre afin d’éclaircir l’affaire. Ancien alcoolique, il sait y faire illusion.
Il parvient à découvrir l’identité des deux victimes, puis à dénouer l’intrigue grâce à l’enthousiasme de sa fille pour le cinéma.
Plus qu’un thriller, Thorarinsson écrit ici un roman sur le passage rapide de l’Islande paysanne à la mondialisation et la destructuration sociale qui l’accompagne avec son cortège de violences et de drogue.
L’auteur prend le temps de nous présenter ses personnages et leurs motivations et de nous embarquer dans le monde qu’il construit avec beaucoup d’ironie et de tendresse avec une bande-son très rock d’où est tiré le titre du livre.
»

 

4ème de couverture (Folio policier):

« Chaque année, la grande fête des commerçants d’Akureyri, au Nord de l’Islande, apporte son lot de gueules de bois, de dépucelages, d’agressions et de viols. Mais pour Einar, correspondant du Journal du soir, l’événement à couvrir se situe ailleurs : dans une vieille maison que l’on dit hantée, le corps d’une jeune blonde flotte dans une baignoire. Aucune disparition n’a pourtant été signalée… »

« Le rédacteur en chef se plaignait de la maigreur du butin que je récoltais dans le Nord. » 

 

Réflexions de lecture

Comme dans son roman précédent, auquel il fait référence à plusieurs reprises, Árni nous offre une œuvre dans laquelle la dénonciation de l’argent facile et des travers de la mondialisation sert de toile de fond à l’intrigue. Pour cela, il se met dans la peau de son personnage, le journaliste Einar, en écrivant son récit à la première personne.

Dénonciation de l’argent facile par le biais d’acteurs hollywoodiens qui débarquent à Akureyri, avec leur vie faite d’excès en tout genre : luxe, sexe, drogue… poussés jusqu’à la caricature et qui fascine la jeunesse de la grande ville du nord.

Dénonciation d’une certaine mondialisation par le biais du trafic et de la consommation de drogue ; fléau mondial qui rattrape une Islande pas si isolée que ça.

Árni renvoie dos à dos ces « consommateurs » de l’excès : que ce soit les soulards des rues de la fête des commerçants ou les alcolos mondains des salons feutrés dans lesquels se réfugient l’équipe de tournage et ceux qui gravitent autour.

 

Autre fléau, qui semble ronger la société islandaise, très présent dans le livre, celui de l’alcoolisme. Alcoolisme d’occasion lors de fêtes débridées comme il y en a tant en France, alcoolisme pathologique dont le personnage central, Einar, essaie d’échapper et dont il redoute l’emprise sur sa fille.  Árni aime à décrire et à suivre les individus cabossées de la vie, qui sombrent dans ce poison, tentent d’en sortir par des cures de désintoxications et, pour certains, y replongent. On y croise une victime en rupture avec sa famille, paumée, prostituée et droguée. On y croise une sorte de vagabonde, personnage attachant, qui lutte contre l’injustice out en essayant de se débarrasser de son addiction à l’alcool.

 

Comme dans Le temps de la sorcière, Einar assiste aux luttes internes à son journal entre journalisme et rentabilité. Le plus grand actionnaire du quotidien est même mêlé, de loin, à l’enquête. Peut-on alors tout écrire ou doit-on se censurer ?

 

En parallèle du crime qui constitue le centre de l’intrigue, l’auteur émaille son récit d’événements mineurs, qui reviennent, ici et là, au fil des pages, comme quelques signaux qui se rappellent au lecteur de temps en temps. Evénements dont on s’aperçoit, à la fin du roman, que leur présence n’avait rien de fortuite ou de « décorative ». On apprend ainsi qu’il fut une époque où, puritanisme protestante oblige, on stérilisait les jeunes filles mères, afin que ces « âmes perdues » ne puissent plus recommencer à procréer hors mariage.

 

Coté personnel, Einar renforce sa relation avec le commissaire principal d’Akureyri, lui procurant même de l’aide ; ce qui lui permet d’obtenir de précieuses informations. Sa fille, Gunnsa, accompagnée de son petit ami, Raggi, sans cesse annoncée, mais absente du roman précédent, s’installe chez notre journaliste. Ce qui permet au lecteur de mieux faire connaissance avec la famille et le passé d’Einar.

 

A l’image du précédent, ce livre est un bon polar, où l’on retrouve ce qui semble être la patte d’ Árni (effets de la mondialisation sur des sociétés jusqu’alors protégées, fléau de l’alcoolisme…). Seuls bémols : certains discours un peu longs, sur la définition de la vérité par exemple, dans lesquels on se noie et se lasse un peu. La fin est assez rapide. Une descente de police et tout est réglé. La résolution de deux meurtres, qui nous avait tenus en haleine, est expédiée, comme par enchantement, en quelques pages ; c’est dommage. Cette fin laisse un arrière-goût de travail bâclé. Mais l’ensemble du roman est suffisamment de qualité, pour qu’on lui pardonne ce « défaut ».

 

Pour terminer, une question restera probablement en suspens. Pourquoi le titre français n’est-il pas l’exacte traduction du titre islandais ? Dans la version originale, le roman s’appelle « La mort du clown » (Dauđi trúđsins), du nom d’une chanson du groupe anglais The Kinks, importante dans l’histoire, Death of a clown. Alors, pourquoi avoir choisi « Le dresseur d’insectes », simple phrase prise dans ce même morceau ?

 

Une chose encore. A propos de chanson, Árni parsème son récit de nombreuses références musicales. Vous pouvez les retrouver et les écouter dans la rubrique Polar en musique, en cliquant sur Le dresseur d’insectes.

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