Le temps de la sorcière (Tími nornarinnar) d'Árni Þórarinsson

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(pour voir quelques photos d'Akureyri et de Holár, rendez-vous autour de... Le temps de la sorcière)

(Pour retrouver et écouter les références musicales du roman, rendez-vous dans Polar et culture... Les musiques d'Árni Þórarinsson)

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4ème de couverture (éditions Métailié) :

« La vie est difficile quand on est alcoolique « en pause » et journaliste exilé, pour mauvais esprit, dans le nord de l’Islande. Pourtant, il se passe des choses dans ce grand nulle part bouleversé par la mondialisation et l’arrivée des émigrés. Un petit chien disparaît, une vieille dame téléphone pour dire que la mort accidentelle de sa fille arrange bien les affaires de son gendre. Des adolescents se suicident. Un reportage sur la troupe de théâtre du lycée est publié, et le jeune et talentueux acteur qui tient avec tant de conviction le rôle principal disparaît…

Pour échapper aux chiens écrasés et aux radios-trottoirs, mais surtout pour contredire l’ambitieux rédacteur en chef qui le téléguide depuis la capitale, Einar enquête sur cette microsociété gangrénée par la corruption, la drogue et la « politique des coussins ». Il étudie le théâtre classique et découvre un présent inquiétant peuplé lui aussi, si on y regarde bien, de sorcières.

Un roman noir plein d’humour, de vivacité et de suspense. »

 

4ème de couverture (Folio policier):

« Muté dans le nord de l’Islande, Einar, le sarcastique reporter du Journal du soir, se meurt d’ennui. D’autant qu’il ne boit plus une goutte d’alcool ! Tout ceci deviendrait vite monotone… si ce n’étaient ces étranges faits divers qui semblent se multiplier : un étudiant disparaît, des adolescents se suicident… Einar voit d’un autre œil cette microsociété gangrenée par la corruption et la drogue. »

« Oui, c’était bien un meurtre. Un meurtre commis du sang le plus froid qui puisse couler dans les veines de quelqu’un. »

 

Réflexions de lecture

Le temps de la sorcière est le premier roman d’Árni Þórarinsson traduit en français ; le quatrième de l’auteur. Il ne met pas en scène un flic, mais un journaliste, Einar. C’est lui qui raconte l’histoire et Árni écrit son roman à la première personne du singulier. Ainsi, on se place dans la peau du personnage, non seulement en ce qui concerne ses actes, mais aussi par ce qu’il ressent, ses sentiments, ses réflexions intimes… Le récit se déroule sur une dizaine de jours.

Au début, Einar, envoyé de la capitale vers la province, comme puni, est confronté à des banalités : un chien qui disparaît, une victime d’un accident de rafting, des bagarres d’ivrognes... Puis, petit à petit, ces événements se révèlent être les pièces d’un même puzzle auxquelles viennent s’ajouter des faits beaucoup plus tragiques et criminels : la disparition d’un adolescent, la découverte d’un cadavre, un suicide, une bande de jeunes voyous accros à la drogue. Le roman se mue en polar. Le tout dans l’atmosphère confiné de la provinciale Akureyri, deuxième ville du pays.

Comme souvent dans les ouvrages islandais, la riche histoire du pays et ses mystères sont de la partie. Mais n’allez pas croire qu’il s’agit d’un récit du passé. C’est que le présent est très imbibé de ce folklore. Comme dans d’autres polars islandais, la sorcellerie et la magie ne sont pas loin.

Árni nous décrit une société islandaise à la dérive où se mêlent débauches sexuelles et consommations de drogues et d’antidépresseurs ; une société qui ne peut échapper à la mondialisation et à ses effets négatifs : les tensions avec les immigrés, les magouilles financières autour des entreprises en faillite… Une partie de l’histoire de situe à Reydargerði, ville corrompue par les élites politiques et industrielles, qui en arrivent toutes à être liées par des relations familiales. Le chef de la grande industrie locale est le frère du chef de la police, par exemple. Or, certainement dans l’idée de ne noircir aucune réputation, cette ville, contrairement aux autres, n’existe pas, même si l’on peut y voir, du point de vue géographique seulement, le port de Reydarfjörður.

Plongé dans cette atmosphère et content d’avoir trouvé de quoi alimenter ses articles de province avec autre chose que la « Question du jour », Einar doit aussi combattre ses démons. Alcoolique, il entame une nouvelle vie d’abstinent, semée de très nombreuses tentations bien décrites par l’auteur. Son personnage va-t-il finir par succomber, bien qu’il se rabatte allègrement sur la caféine et la nicotine ? Autre démon, celui de l’éclatement de son couple. Il court après l’amour de sa fille Gunnsa ; seul rayon de soleil dans sa vie. Malheureusement, sa visite à Akureyri est sans cesse repoussée par sa vie d’adolescente : un voyage à Copenhague avec son petit ami, des révisions d’examens… Va-t-il enfin la voir ?

Einar représente aussi la lutte pour un journalisme honorable dans un journal perçu comme « fouille-merde ». A sa conception d’articles documentés, reposant sur des faits réels, s’oppose la vision du nouveau rédacteur en chef, Trausti, qui se délecte dans le scoop, le scandale et la rumeur. Árni, lui-même ancien journaliste, égratigne cette dernière vision de l’information, tout comme il égratigne le monde politique installé, naviguant entre compromis et corruption.

L’auteur se sert de son roman policier pour nous décrire une société islandaise en perdition, qui essaie de se tourner vers son glorieux passé viking pour se donner une illusion de grandeur.

 

Si Árni nous offre un roman policier de qualité, on appréciera aussi l’aspect chronique socio-politique de son œuvre.

 

Pour compléter votre lecture, rendez-vous autour de... Le temps de la sorcière.

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