Lëd (Caryl Férey)

LËD

Caryl Férey

Led

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ALBUM PHOTOS

Présentation de l’éditeur (Equinox – Les arènes):

Norilsk est la ville de Sibérie la plus au nord et la plus polluée au monde. Dans cet univers dantesque où les aurores boréales se succèdent, les températures peuvent descendre sous les 60°C.

Au lendemain d’un ouragan arctique, le cadavre d’un éleveur de rennes émerge des décombres d’un toit d’immeuble, arraché par les éléments. Boris, flic flegmatique banni d’Irkoutsk, est chargé de l’affaire.

Dans cette prison à ciel ouvert, il découvre une jeunesse qui s’épuise à la mine, s’invente des échappatoires, s’évade et aime au mépris du danger. Parce qu’à Norilsk, où la corruption est partout, chacun se surveille.

Et la menace rôde tandis que Boris s’entête…

Lëd (« glace » en russe) est une immersion dans une Russie de tous les extrêmes.

Caryl Férey au sommet de son art.

 

Réflexions de lecture :

Après avoir séjourné à Norilsk et rapporté un livre éponyme, Caryl Férey revient dans cette cité minière perdue dans le nord de la Sibérie, pour y situer un thriller.

A l’occasion d’une tempête, qui emporte un toit d’immeuble, on découvre le cadavre gelé d’un éleveur sibérien, un Nénets. Boris, policier en disgrâce, muté d’Irkoutsk à Norilsk, s’attarde sur ce cas, pour lequel il soupçonne un homicide.

Deux autres affaires ont lieu, en parallèle. Tout d’abord, Valentina, une blogueuse écolo, qui a été en contact avec le Nénets, disparaît à son arrivée à l’aéroport de la ville. Ensuite, Dasha, une jeune femme, couturière à ses temps perdus, s’aperçoit que sa grand-mère, qui l’a élevée et vient de mourir, lui a caché le lourd passé de ses parents, en lien avec le redoutable goulag, construit à Norilsk et mène l’enquête sur ses origines.

Caryl Férey prend le prétexte de ce thriller arctique, entre toundra et cité minière surpolluée, pour nous livrer un ouvrage, à la fois historique et à la fois social.

Côté histoire, l’auteur nous raconte la période soviétique et le système concentrationnaire du goulag. On croise un vétéran de la guerre d’Afghanistan, qui permet de développer le thème des traumatismes que cette guerre a provoqués sur les soldats. Pour l’histoire récente, Caryl Férey évoque la Russie actuelle, dominée par le tsar Poutine et la corruption ambiante.

Côté social, l’auteur décrit la vie dans cette ville dure, où l’avenir semble bouché par les nuages de fumée noire, les pluies empoisonnées et la mafia qui trempe dans les trafics de nickel, avec l’assentiment intéressé du pouvoir local. On apprend aussi comment un nationalisme russe, à la mode cosaque et orthodoxe, qui vire au néonazisme, remplace la grandeur soviétique, dans le cœur (et les muscles) d’une jeunesse paumée.

C’est un thriller très intéressant, où l’on suit la persévérance de Boris, désireux d’élucider la mort de ce Nenets, dont l’administration n’a cure. Le policier établit un lien avec la disparition de Valentina et creuse cette piste, malgré les obstacles qu’il rencontre de la part de sa hiérarchie. Heureusement, il peut s’appuyer sur son beau-frère, Andreï Voronine, douanier, et des « petites mains », comme Dasha ou Gleb, un photographe amateur qui semble avoir le chic pour se trouver là où sont les cadavres.

Ce livre se lit donc tout autant comme un thriller que comme un essai sur l’ère post-soviétique et ses traumatismes ou comme un récit de vie à Norilsk. Cependant, quelques pages, écrites en italique, qui expriment les sensations et les pensées d’un personnage, sont assez alambiquées et pas toujours très compréhensibles. On se demande aussi si l’on ne tombe pas dans le fantastique avec l’apparition d’un loup, dont on ne sait pas bien s’il est réel ou non. Enfin, quelques passages, qui se veulent érotiques, se révèlent particulièrement crus et laissent peu de place à l’imagination du lecteur, tant les descriptions sont précises et réalistes. Pourquoi pas ? Mais je ne vois pas ce que ces scènes apportent au roman.

Lëd n’en demeure pas moins un très bon thriller du genre Arctic Noir.

Arctic Noir Sibérie