Les nuits de Reykjavik (Reykjavíkurnætur) d’Arnaldur Indriðason

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(La carte des lieux et une photo du foyer de Farsott sont disponibles autour de... Les nuits de Reykjavik.)

(Retrouvez les morceaux de musique cités dans Les musiques d'Arnaldur Indriðason)

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4ème de couverture (éditions Métailié):

« Erlendur le solitaire vient d’entrer dans la police, et les rues de Reykjavik, dans lesquelles il patrouille de nuit sont agitées : accidents de la circulation, contrebande, vols, violences domestiques…

Des gamins trouvent en jouant dans un fossé le cadavre d’un clochard qu’il croisait régulièrement dans ses rondes. On conclut à l’accident et l’affaire est classée. Pourtant le destin de cet homme hante Erlendur et l’entraîne toujours plus loin dans les bas-fonds étranges et sombres de la ville. On découvre ici ce qui va faire l’essence de ce personnage taciturne : son intuition, son obstination à connaître la vérité, sa discrétion tenace pour résister aux pressions contre vents et marées, tout ce qui va séduire le commissaire Marion Briem.

En racontant la première affaire d’Erlendur, le policier que les lecteurs connaissent depuis les premiers livres de l’auteur, Arnaldur Indridason dépasse le thriller et écrit aussi un excellent roman contemporain sur la douleur et la nostalgie. De roman en roman, il perfectionne son écriture et la profondeur de son approche des hommes.

Un livre remarquable. »

 

4ème de couverture (Points policier):

« La mort inexpliquée d’un sans-abri qu’il croisait à chacune de ses rondes obsède un jeune policier. Intuitif et obstiné, il juge la thèse de ‘accident douteuse. Dans la nuit boréale, entre foyers de clochards et planques de dealers, il sillonne Reykjavik, déterminé à résoudre ce mystère. Ce policier n’est autre qu’Erlendur. »

« Il se demandait si ce n’était pas sa passion pour les destins tragiques qui l’avait conduit à s’engager dans la police. »

 

Réflexions de lecture :

S’il est le douzième de la série Erlendur traduit en France, Les nuits de Reykjavík est le deuxième roman dans l’ordre chronologique, mais surtout le premier dont Erlendur est le protagoniste.

Nous sommes en 1974 et Erlendur Sveinsson est un jeune policier. Son quotidien, il le passe auprès de deux collègues, Marteinn et Gardar, à patrouiller, bien souvent de nuit, dans les rues de Reykjavik. Ainsi, interviennent-ils pour des accrochages routiers, du tapage nocturne, des histoires de cambriolage et des cas de violence conjugale. Le récit fourmille de petites affaires de ce genre ; intéressantes descriptions, au passage, du travail routinier d’un équipage de police. Erlendur y fait déjà montre d’intuition et de perspicacité. Mais ce n’est pas ce quotidien-là qui l’intéresse le plus. Il se passionne déjà pour les disparitions ; sujet sur lequel il collectionne toute une littérature.

Erlendur consacre son temps libre à deux affaires. Tout d’abord, celle qui ouvre le roman. Le cadavre d’un clochard est retrouvé dans un étang d’un faubourg de la capitale. Le sans-abri, ivre, s’est vraisemblablement noyé, mais c’est sans compter avec l’obstination du policier, qui ne croit pas à cette version. Le roman navigue alors du polar à la chronique sociale d’une population méprisée et oubliée ; celle des clochards, qu’on voit sans vraiment regarder. Entre misère, alcoolisme et violence, Arnaldur nous dévoile qui sont ces hommes et ces femmes, comment ils en sont arrivés là et quel est leur quotidien de la rue. Il les humanise. Le livre pourrait tout aussi bien servir de document sur cette triste réalité. La deuxième affaire est celle de la disparition, d’une jeune femme, alors qu’elle revenait d’une virée entre copines, dans un café, un soir. Là aussi, Erlendur va faire preuve d’obstination pour trouver la vérité, n’hésitant pas à jouer avec la limite de la loi, gardant pour lui des indices essentiels qu’ils devraient communiquer à la brigade criminelle. Cette attitude cependant lui sera profitable puisqu’elle le conduit par se faire remarquer positivement par Marion Briem, commissaire de cette brigade criminelle, qui lui propose, à la fin du roman, un poste auprès d’elle. Une troisième affaire, celle de la disparition d’une jeune fille qui se rendait à son école, vingt-cinq ans plus tôt, est aussi évoquée, amis Erlendur, sans l’oublier, n’a plus de temps à y consacrer… pour l’instant.

Les nuits de Reykjavik nous donne l’occasion de faire plus ample connaissance avec le jeune policier. Outre son intérêt pour les disparitions, on perçoit, déjà, chez lui, cet être décalé par rapport à son temps, qui préfère les plats traditionnels islandais aux « pissas », comme il nomme maladroitement les pizzas, très en vogue. On en apprend surtout plus sur ses goûts : la Chartreuse, mais modérément, le jazz, les chants populaires, la poésie islandaise, mais aussi le cabillaud ou l’aiglefin bouilli et le gigot d’agneau. On apprend aussi qu’il fut un élève médiocre, qui n’est arrivé qu’à décrocher son certificat d’étude et n’a pas poursuivi au lycée. Son entrée, comme stagiaire de la police, est d’ailleurs plus due à une opportunité qu’à une vraie vocation.

On assiste surtout au début de sa relation avec Halldora. Ils se sont rencontrés lors d’une soirée, puis se sont revus de temps en temps. Si Halldora souhaite que cette relation aille plus loin, Erlendur semble s’en contenter et fuit les questions, se réfugiant dans ses enquêtes, qui occupent une grande partie de son temps. A la fin du roman, toutefois, il est sommé de choisir puisqu’Halldora lui parle de son intention d’habiter avec lui, avant de lui révéler qu’elle est enceinte. Il prend enfin la décision d’aller plus loin et accepte de vivre avec elle.

Le roman se termine par la célébration des 1100 ans de la colonisation de l’Islande, à Thingvellir. Arnaldur en profite pour afficher quelques slogans anti-américains. A l’époque, l’Islande, membre de l’OTAN, abrite une base militaire américaine qui divise l’opinion publique. Les cérémonies donnent donc l’occasion à quelques manifestants d’exprimer leur hostilité, ou faut-il y voir celle d’Arnaldur ?

Pour la première fois dans son œuvre, Arnaldur annonce une suite. Erlendur passe devant la maison où habitait cette fille qui a disparu sur le chemin de l’école. Difficile de ne pas imaginer qu’il va s’atteler à résoudre cette nouvelle disparition, dans un prochain livre.

 

Bien qu’on puisse reprocher quelques longueurs ici ou là, Les nuits de Reykjavik est un énième polar réussi et Arnaldur montre qu’il maîtrise le style à la perfection ; « un de ses meilleurs romans », selon Télérama. Outre l’attrait d’une bonne histoire policière, les lecteurs assidus y trouveront un intérêt supplémentaire par la connaissance plus profonde d’Erlendur, voire la révélation des positions, à peine voilées, de l’auteur sur des thèmes comme celui des laissés-pour-compte de la croissance ou l’engagement de son pays dans le camp occidental durant la guerre froide et la présence militaire américaine qu’il a entraînée.

Une anecdote pour finir. Erlendur lit, dans un journal,  qui traîne sur la banquette de la voiture de police, un roman-feuilleton traduit du suédois et intitulé « Le policier qui rit ». […] Le nom de l’auteur n’était mentionné nulle part, mais Sigurgeir […] lui avait raconté qu’il avait été écrit à quatre mains, par un couple, pensait-il. Comment ne pas y voir un hommage au couple d’auteurs de polars suédois, Maj Sjöwall et Per Wahlöö, dont Arnaldur a souvent affirmé qu’ils ont été ses maîtres dans le genre littéraire et dont un roman porte effectivement ce nom ?

 

Pour compléter votre lecture, rendez-vous autour du roman et dans les musiques d'Arnaldur Indriðason.

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