Mörk (Náttblinda) de Ragnar Jónasson

001 5 Mörk (Náttblinda) de Ragnar Jónasson

(Les lieux et les photos de Siglufjörður sont à retrouver dans Autour de... Mörk)

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4ème de couverture (Editions de La Martinière):

« A Siglufjörður, à l’approche de l’hiver, le soleil disparaît derrière les montagnes pour ne réapparaître que deux mois plus tard. Ce village perdu du nord de l’Islande plonge alors dans une obscurité totale…

Le jeune policier Ari Thór veille sur la petite communauté sans histoires. Mais son collègue, l’inspecteur Herjólfur, est assassiné alors qu’il enquêtait aux abords d’une vieille maison abandonnée. L’illusion d’innocence tombe. Tous les habitants n’avaient-ils pas, au fond, une bonne raison de semer le chaos ? Elín, qui fuit un passé violent. Gunnar, maire du village, qui cache d’étranges secrets… Pour reconstituer le puzzle, il faudra aussi écouter cette voix qui murmure, enfermée derrière les cloisons d’un hôpital psychiatrique, et qui tient peut-être la clé de l’énigme. »

 

Réflexions de lecture :

                Mörk est le deuxième roman, traduit en français, de Ragnar Jónasson. Ecrit quatre ans après le précédent, Snjór, on retrouve le cadre de la petite ville isolée de Siglufjörður et quelques-uns des protagonistes. Ari Thór, le policier, qui a retrouvé sa femme Kristin venu le rejoindre et, avec qui il a désormais un bébé, Stefnir. Finie donc la relation avec Ugla. Il vient de voir la promotion au poste d’inspecteur lui échapper, au profit de Herjólfur. C’est justement ce dernier qui vient d’être assassiné. Pour prêter main forte à Ari Thór, Reykjavik lui adjoint son ancien supérieur, Tómas, le vieux briscard, qui connaît la ville et ses habitants comme sa poche. Tout en restant proches, les deux policiers vont user de méthodes différentes, voire contradictoires. A la fin de l’enquête, alors que Tómas retournera dans la capitale, Ari Thór restera, lui, à Siglufjörður. Il doit donc ménager les susceptibilités des uns et des autres, en étant plus diplomate que son ami. Le retour de son coéquipier lui rappelle les liens familiaux et amicaux qui existent entre tous les habitants et qui font que lui, malgré le temps passé, sera toujours un étranger.

                Le roman se déroule sur fond de crise sociale et de changements : crise de la pêche, développement de l’immobilier et du ski pour les citadins… Ragnar entraine le lecteur sur différentes pistes, entre mensonges et cachoteries: « affaires » politiques, consommation et trafic de drogue…  Il entre plus en profondeur dans la psychologie de ses personnages. Ari Thór reste hanté par la mort de ses parents : son père qui a disparu, sa mère tuée dans un accident. Sa relation avec Kristin est fragile. Alors qu’il s’investit à fond dans son travail, elle s’imagine une évasion auprès d’un des médecins de l’hôpital d’Akureyri, où elle travaille. L’ancienne relation d’Ari Thór avec Ugla est toujours là, en filigrane. Le tout enveloppé par le froid hivernal et la nuit qui s’installe durablement. D’ailleurs, Ragnar rend hommage, à son grand-père homonyme, écrivain, en reproduisant un extrait de son ouvrage sur Siglufjörður, à la fin du livre, consacré au retour du printemps dans la vallée.

                Au milieu du roman, un autre meurtre est commis, par l’adjointe au maire, Elín. Elle tue son ex-mari ; un personnage violent et abjecte, qu’elle avait fui dans ce bout du monde et qui vient de la retrouver. On retrouve le thème de la violence conjugale, présent dans de nombreux polars islandais.

                C’est aussi de violence domestique dont il s’agit, quand, à intervalle régulier, tous les un ou deux chapitres, quelques pages, écrites en italique reproduisent les extraits d’un journal intime, écrit par un homme, en 1982. Petit à petit, on apprend que cet homme est interné dans un hôpital psychiatrique. Est-ce réellement pour sa violence, qu’on sent à fleur de peau, ou est-ce par peur du scandale dans une famille bien en vue ? Quel est le rapport de ces pages avec l’affaire en cours ?

Mörk est un bon polar, qu’on lit avec intérêt. On apprécie la maturité de l’auteur par rapport au précédent ouvrage.

 

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