Noir Karma (Svartur á leik) de Stefán Máni

Livre Noir Karma (Svartur á leik) de Stefán Máni

( Retrouvez des cartes, des photos, notamment des voitures et des maisons, et d'autres documents, dans Autour de... Noir Karma.)

(Toutes les musiques du roman sont à écouter dans Les musiques de Stefán Máni.)

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4ème de couverture (Gallimard, série noire):

« Bienvenue dans les bas-fonds de Reykjavík, là où le soleil ne brille jamais ! Suivez les aventures malheureuses de Stefán ! A peine débarqué de sa cambrousse, notre jeune bouseux commence péniblement à gagner sa vie dans un club mal famé de la capitale islandaise. Heureusement pour lui, les malfrats qui gèrent les lieux découvrent ses talents de conducteur et l’enrôlent dans leur bande. Au programme : vols de voitures de luxe, extorsions de fonds, prostitution, deal de substances illicites. Tout y passe…

Pour Stefán, c’est la grande vie qui commence. Du moins le croit-il… Mais quand ses boss décident de partir en guerre contre une bande adverse, c’est une violence sans retenue qui s’abat sur Reykjavík. Tandis que les morts se ramassent à la pelle et que tous sont  à la recherche d’un kilo de cocaïne mystérieusement disparu, notre héros commence à regretter ses décisions et à se dire que tout va beaucoup trop vite. Hélas, Stefán est pris jusqu’au coup dans ce fatal engrenage, et il est des choix qu’il faut assumer, jusqu’au bout s’il le faut… »

 

Réflexions de lecture :

Trois fois, j’ai pris en main Noir Karma, pour le lire. Les deux premières fois, je l’ai abandonné au bout de quelques pages. Non pas qu’il était inintéressant, mais sa grosseur et une lecture précédente de Noir Océan, ne me motivaient pas beaucoup. Heureusement que la troisième fois fut la bonne. J’ai découvert un thriller très intéressant et, cette fois-ci, je n’ai pas pu le lâcher.

Stefán Máni nous plonge dans les bas-fonds de Reykjavík, comme si l’on y était. Son roman est construit sur un rythme endiablé. Pas le temps de se reposer, il se passe quelque chose à chaque page. Noir Karma n’est pas sans rappeler Romanzo criminale de Giancarlo de Cataldo. On suit les bonnets de pègre, leurs coups, l’organisation du trafic de drogue, les règlements de compte, les expéditions punitives, les courses poursuites ; tout cela dans une atmosphère de drogues en tout genre et de sexe, parfois cru. A l’évidence, ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains. Mais si violence et sexe sont omniprésents ; ils sont parties intégrantes de l’univers que Stefán Máni décrit ; ces thèmes ne sont pas là pour le simple plaisir. D’ailleurs, on suppose que l’auteur a rencontré des personnes de ce monde pour écrire son roman, si l’on en croit les remerciements finals adressés à des gens, qui ont souhaité rester anonymes.

Le thriller est écrit de deux manières. Tout d’abord, à la première personne du singulier. Le lecteur est ainsi placé dans la peau de Stefán (l’auteur lui-même ?), jeune voyou, au talent de chauffeur, qui grimpe dans la hiérarchie des gangs, auprès de son mentor, Tóti. Cependant, dans les cinquante dernières pages, il parle de Stefán à la troisième personne, comme s’il prenait de la distance avec son personnage, au moment où, ce dernier s’éloigne des gangs de Reykjavík. Parfois, l’auteur raconte des histoires antérieures, qu’il introduit par des dates ; il décrit des situations. Là, il abandonne le « je » pour le « il », introduit des dialogues dans le récit. En quelques pages, il se focalise sur l’un des personnages, pour raconter son enfance ou son adolescence. On part des petits larcins et des rivalités entre bandes de gosses, pour arriver aux différents gangs et aux luttes de pouvoir pour le contrôle du marché de la drogue. Là encore, cette concentration sur un personnage, rappelle le roman de Cataldo.

Stefán Máni est très scrupuleux. Les descriptions sont minutieuses et précises. On visualise les tenues et les visages des personnages. On suit les protagonistes, rue par rue, dans Reykjavík ; parfois même jusqu’à l’adresse précise ; on pourrait créer un parcours à touristes, le « Noir Karma tour », dans la capitale, tant les détails sont précis. Les voitures, qui tiennent une place importante dans le roman, sont nommées, jusque dans la couleur et, parfois, la plaque d’immatriculation. Sans compter, les nombreux morceaux de musique, souvent hard-rock et heavy metal, Metallica en tête, qui rythment le récit. Stefán Máni montre un souci permanent du détail, qui caractérise son écriture.

On ne peut s’empêcher de se demander quelle est la place de l’auteur vis-à-vis de cet univers. Son personnage principal, à travers les yeux de qui l’on pénètre ce monde du crime, s’appelle Stefán et, comme l’auteur, il est originaire d’ÓlafsvÍk.

Ce roman n’est pas à proprement parlé un polar. Des crimes, il y en a, mais point d’enquêtes. On ne rencontre pratiquement pas de policiers, même si la brigade des stups est souvent citée. On est plongé dans le cœur d’un gang islandais et non pas aux côtés de la police. Un bémol cependant, puisqu’un inspecteur est mentionné ; il s’appelle Erlendur ! Faut-il y voir un clin d’œil au héros d’Arnaldur Indriðason, qui a déjà écrit cinq romans, lors de la parution de Noir Karma ? En tout cas, l’allusion est peu flatteuse : « Je suppose qu’il s’agissait d’Erlendur… Ah oui, voilà, c’est ce bon vieux Erlendur. Cet homme est un véritable crétin… […] Et son procès-verbal n’a ni queue ni tête. […] »

Pour peu que vous ne soyez pas effrayé par le triptyque : drogue, sexe, violence, et que vous aimiez les romans rythmés, qui vous entrainent dans un tourbillon d’action, je vous conseille vivement la lecture de Noir Karma, thriller qui, pour ma part, m’a très largement réconcilié avec Stefán Máni, dont la lecture précédente de Noir océan, avait laissé une impression mitigée.

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