Noir Océan (Skipið) de Stefán Máni

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(vous voulez en savoir plus sur le port de Grundartangi, le cargo, son trajet, les deux navires qui firent naufrage et les voitures évoquées dans le roman, alors rendez-vous autour de... Noir Océan.)

(Pour vous mettre dans l'ambiance, écoutez les musiques et chansons auxquelles l'auteur fait référence, notamment celles du groupe The Doors, dans

Les musiques de Stefán Máni.)

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4ème de couverture (Gallimard série noire):

« De lourds nuages s’amoncellent dans le ciel zébré d’éclairs au moment où le Per se quitte le port de Grundartangi en Islande en direction du Surinam. A son bord, neuf membres d’équipage qui, tous, semblent avoir emporté dans leurs bagages des secrets peu reluisants.

Ceux qui ont entendu dire que la compagnie de fret allait les licencier et qu’il s’agit là de leur dernier voyage sont bien décidés à prendre les choses en main, une fois que la météo sera plus favorable. La mutinerie n’est pas loin et, très vite, l’atmosphère se charge de suspicion, de menaces et d’hostilité.

Quand les communications sont coupées par l’un des membres de l’équipage –mais lequel ? –, la folie prend eu à eu le contrôle du bateau qui n’en finit pas de dériver vers des mers toujours plus froides et inhospitalières… »

 

4ème de couverture (Folio policier):

« Neuf marins embarquent sur le Per se, un cargo islandais qui fait route vers le Surinam. Chacun de ces hommes emporte avec lui un terrible secret. A bord, l’ambiance est lourde, chargée de tensions et d’hostilité. C’est leur dernier voyage ensemble, ils vont sans doute être licenciés ; une mutinerie se prépare, un passager clandestin, un truand notoire surnommé le Démon, est découvert. Soudain, alors qu’ils sont en pleine mer, les communications sont coupées et les moteurs sabotés. Bateau-fantôme, le Per se tangue et dérive tandis que peu à peu la folie s’empare de tout l’équipage… »

 

Réflexions de lecture :

Qu’est-ce que fait Noir Océan dans ce site dédié au polar islandais ? Car Noir Océan n’est pas un polar ! Certes, on y trouve tous les ingrédients : assassins, règlement de compte… mais point de policier, pas un flic, pas un commissaire, pas un enquêteur. Mais, sans conteste, Stefán Máni nous offre là un thriller, voire un roman d’aventure, sans le souffle épique, sans le héros qui se sort de toutes les situations. En outre, si quelques premières pages situent l’action en Islande, la majeure partie de l’œuvre se déroule en plein océan, dans le cargo Per se, offrant un véritable huis-clos où vont évoluer, s’affronter, se rapprocher, s’estimer, se détester neuf marins… ou presque.

Dès le début, l’auteur nous entraine dans un rythme effréné où tout s’emballe et s’entremêle. A peine trois chapitres passés et l’on compte déjà un chantage à la dette, une fuite nocturne avec une mystérieuse valise, des coups de feu, un assassinat atroce, un homme renversé par une voiture et un complot en cours ! Excusez du peu ! Et l’on n’a pas encore tourné la quarantième page ! Ce rythme est accentué par l'égrenage, de plus en plus rapproché, des heures, puis, plus tard, des coordonnées géographiques, lors de la lente dérive du cargo.

Les nombreuses descriptions, d’une efficace précision, nous plongent dans l’atmosphère glauque de la passerelle, de la salle des machines et des cabines du Per se. On sent l’huile de moteur, on ressent le choc des vagues sur les flancs du navire – car, bien sûr, la tempête se déchaine du début à la fin –, on voit la rouille qui coule. Les remerciements finals montrent le sérieux du travail documentaire de l’écrivain, qui utilise des faits réels et va même jusqu’à embarquer sur un porte-conteneurs pour se plonger dans l’ambiance d’un équipage.

Stefán Máni raconte certains épisodes plusieurs fois, revenant en arrière quelques minutes, en prenant le point de vue des différents protagonistes. Non que ces points de vue soient divergents ou contradictoires, mais le procédé permet au lecteur, l’espace de quelques pages, de revêtir l’habit de chacun des personnages.

Dans ce huis-clos angoissant et pesant, la folie prend peu à peu le dessus, jusqu’à entrainer avec elle certains des marins dans un abime insondable. Même ceux qui paraissent les plus « équilibrés », semblent y sombrer. Rajoutez à cela des tempéraments alcooliques et la tempête extérieure s’insinue dans les crânes des personnages.

 

Cependant, certains discours « psycho-philosophiques » sont de trop et alourdissent l’ensemble, donnant un sentiment de longueur. C’est le cas, par exemple, du dialogue sur l’existence, ou non, du néant auquel se livrent le Démon et le Soutier, dans le chapitre XIV. Le passage est bien difficile à suivre et n’apporte rien au livre. Faire comprendre les personnalités tourmentées – et embrumées de cannabis –  des deux protagonistes aurait pu prendre moins de place et de temps, sans pour autant altérer le déroulement de l’histoire.

De même, tout est prétexte à hémoglobine. Evidemment, dans un tel roman, on ne saurait y échapper. Mais, justement, il y a des moments où le sang est en trop. Chaque débris de verre, chaque rambarde rouillée est prétexte à des flots sanguins. Sans compter le nombre de chutes dues à la gite du navire et à la fureur des vents et des flots. Mais est-il pour autant nécessaire que chaque chute s’accompagne d’un cuir chevelu fendu ou d’une pommette éclatée ? Est-il nécessaire qu’à chaque fois que l’on se retient au bastingage, les jointures de doigts doivent saigner ? Une ou deux fois ne suffisent-elles pas ?

La fin, quant à elle est compliquée et alambiquée, quand elle ne sombre pas dans le fantastique. En bref, elle est décevante par rapport à ce que promettait l'ensemble du roman.

 

Si vous aimez les ambiances glauques, les huis-clos angoissants, si la violence brute ne vous rebute pas et si vous passez outre les quelques lourgeurs et invraissemblances finales, alors vous apprécierez la lecture de Noir Océan. En ce qui me concerne, je reste sur un goût amer d'inachevé.

 

Pour compléter votre lecture, rendez-vous autour de... Noir Océan

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