Piégée (Gildran) de Lilja Sigurðardóttir

001 6 Piégée (Gildran) de Lilja Sigurðardóttir

(La carte de situation des leiux principaux dans Autour de... Piégée)

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4ème de couverture (Editions Métailié):

« Sonja a été contrainte de devenir passeuse de cocaïne pour retrouver la garde de son petit garçon. Elle doit jouer au chat et à la souris avec des narcotrafiquants féroces, un ex-mari pervers, un avocat ambigu, une compagne envahissante.

Elle doit se montrer de plus en plus inventive, de plus en plus audacieuse. Elle doit sortir du piège dans lequel elle s’est laissé enfermer. Seule certitude, Tómas son petit garçon, lui, ne vit que pour ses week-ends auprès de sa jolie maman.

Il y a aussi, à l’aéroport de Keflavik, Bragi, le vieux douanier, très intrigué par cette jeune femme élégante et décidée qui traverse régulièrement les salles d’embarquement.

 

Entre malversations et trafic de drogue, Piégée est un thriller original et brillant, mêlant une intrigue pleine de suspense, des personnages attachants et une description fantastique de la capitale de l’Islande pendant l’hiver 2010-2011, couverte de cendres et sous le choc du krach financier. »

 

Réflexions de lecture :

Avec Piégée, Lilja Sigurðardóttir nous offre le premier roman traduit en français, d’une trilogie. Ce livre est original dans la sphère du polar islandais. En effet, il n’y a pas de cadavre, mais un trafic de drogue. Il n’y a pas non plus d’enquêteur de premier plan, comme un policier, un détective ou un journaliste. Certes, on fait la connaissance de Bragi, douanier aux portes de la retraite, mais dont le flair et l’intuition restent émoussés.

Le personnage central est une femme hors-la-loi, Sonja, qui s’adonne au trafic de stupéfiants, allant chercher la marchandise à Londres ou à Copenhague et l’introduisant sur le territoire islandais. Au passage, Lilja raconte une histoire bien documentée, décrivant les méthodes d’emballage de la drogue et les astuces pour la faire sortir de l’aéroport de Keflavik. Non seulement, on suit Sonja dans ce trafic, se jouant des douaniers, rendant visite au chef de réseau ou se confrontant au brutal Ríkhardur, l’homme de main et des basses œuvres, mais l’auteure nous entraine aussi dans l’intimité de son personnage : sa relation houleuse avec son ex-mari, son aventure amoureuse avec une femme, Agla, et son amour maternel pour Tómas, son fils. Lilja en profite pour donner une touche parfois érotique à son ouvrage. Par la personne d’Agla, l’auteure nous fait découvrir le monde de la finance dans ses aspects obscurs, qui mêlent investissements frauduleux et paradis fiscaux, sur fond de crise boursière. Elle y développe la même rigueur documentaire, que sur le point précédent, preuve d’un souci de l’exactitude et d’un travail conséquent, en amont. Piégée peut donc aussi être lu comme un essai sur le trafic de drogue ou la malversation financière en Islande.

Lilja joue aussi la carte émotionnelle. Elle montre comment certains personnages sont prisonniers de leurs sentiments profonds pour un proche, au point de commettre des actes répréhensibles, malgré eux.  C’est le cas de Sonja, qui veut par-dessus tout récupérer la garde de son fils. C’est le cas, aussi, de Bragi, qui veut ramener Vigdis à la maison, sa femme, que la maladie d’Alzheimer contraint à subir des mauvais traitements dans un établissement où elle est internée. Mais pour ces nobles causes, il faut de l’argent… Car s’il y a bien une leçon à tirer de ce livre, c’est que les personnages principaux sont rarement tout blancs ou tout noirs, mais offrent autant un visage honorable et respectable, qu’une face obscure.

Piégée est construit sur un rythme judicieusement soutenu. Les chapitres, très courts et nombreux, se succèdent, allant et revenant, sans cesse, d’une scène à l’autre, d’un personnage à l’autre. On suit, au fil des pages, les individus, qui se démènent dans leurs affaires et notamment les jeux du chat et de la souris, qui s’instaurent entre Sonja et Bragi ou entre Agla et le procureur en charge du dossier financier. Puis, à partir du centième chapitre, alors qu’on attend de savoir qui va remporter ce jeu, les événements s’accélèrent. Le roman se termine alors sur une série de coups de théâtre, inattendus et prodigieux.

Ce premier polar est très prometteur. Vivement la parution du reste de la trilogie !

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