Sigló (Vetrarmein) de Ragnar Jónasson

SIGLÓ (Vetrarmein)

Ragnar Jónasson

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ALBUM PHOTOS

4ème de couverture (Editions de La Martinière):

« A Siglufjörður, Sigló pour les plus connaisseurs, petit port de pêche au nord de l’Islande, les ténèbres hivernales se sont dissipées. La vie y est paisible. Mais quelques jours avant Pâques, Ari Thór, l’inspecteur de la police locale, est appelé au beau milieu de la nuit : le corps d’une adolescente a été retrouvé gisant dans la rue principale.

Un meurtre paraît peu plausible dans une bourgade aussi calme. Pourtant, non loin de là, dans une maison de retraite, un vieil homme sénile a écrit sur les murs de sa chambre : Elle a été tuée. Et s’il disait la vérité ?

Après plusieurs années passées à Sigló, l’inspecteur Ari Thór s’y sent toujours comme un étranger. Jongler avec son travail et sa vie de famille est un casse–tête. Mais l’enquête se complique, et le temps presse : une nouvelle tempête de neige pourrait bien paralyser toute la ville. »

Réflexions de lecture :

Après avoir nous avoir entraînés dans les pas de Hulda, Ragnar Jónasson renoue avec son héros, Ari Þór. Fidèle à cette série, il nous conduit dans sa ville de cœur, Siglufjörður ou Sigló pour les gens du coin.

Depuis le dernier opus de la série, Vík (les romans n’ayant pas été traduits dans l’ordre de parution islandais, Vík est l’avant dernier numéro de la série, sorti en France), Ari Þór est devenu l’inspecteur en charge de la ville. Son ancien supérieur et mentor, Tómas est parti s’installer à Reykjavík. Un jeune policier, Ögmunður, est à ses côtés, pour le seconder.

L’histoire commence par la découverte du corps d’une jeune fille, tombée d’un balcon. Au premier coup d’œil, il s’agirait d’un suicide. Mais Ari Þór ne semble pas complètement convaincu et ouvre une enquête pour en être sûr. Il faut dire que la police ne croule pas sous les affaires, à Sigló. Il commence donc à entrer dans la vie de la jeune morte, pour comprendre, si suicide il y a, ce qui l’aurait poussée à ce geste ultime, voire si la main d’un tiers serait intervenue. Très vite, un élément troublant se rajoute à l’affaire, un graffiti écrit par un vieillard sénile, qui indiquerait qu’elle a été tuée. Il n’en faut pas plus pour confirmer les doutes de l’inspecteur. Le roman est truffé de non–dits. Plusieurs personnes parlent à moitié, n’osent pas terminer leurs phrases et Ari Þór, qui reste encore un étranger dans la ville, a du mal à les faire parler.

Il n’y a pas de violence dans Sigló. Ragnar mène son personnage – et le lecteur à sa suite – pas à pas, patiemment vers la solution. Cela ne signifie pas que le rythme de l’histoire est lent et ennuyeux. Il y a une dynamique dans l’écriture de l’auteur. La plus belle illustration en est le coup de théâtre de dernière minute, qui clôt le roman.

Du côté du personnage, Ari Þór se débat avec sa vie sentimentale. On apprend qu’il a rompu avec sa femme, Kristín, qui est partie s’installer en Suède avec leur petit garçon, Stefnir. Mais, à l’approche des fêtes de Pâques, ceux–ci viennent faire une visite à Siglufjörður et Ari Þór est alors tenaillé par l’espoir de reconstituer leur famille. Mais, en parallèle, l’inspecteur doit renouer le contact avec son ancienne amante, Ugla, qui avait brutalement rompu leur liaison, quand elle avait appris l’existence de Kristín. Notre héros est donc confronté au retour simultané des deux femmes de sa vie. Va–t–il concrétiser l’une ou l’autre de ses anciennes liaisons ? Avec qui ? L’inspecteur est aussi toujours perturbé par le souvenir de son père décédé. De nombreuses images se rappellent à lui, hantant ses rêves.

Aimant les huis–clos, Ragnar Jónasson situe son histoire au moment où une tempête de neige approche de la ville. Une telle tempête était déjà intervenue dans Snjór, où elle jouait un rôle de premier plan ; presque un personnage à elle seule. Dans le présent ouvrage, je ne vois pas l’intérêt de mettre en scène cette tempête. Elle ne modifie en rien la trame de l’histoire. Mais, bon, si ça fait plaisir à l’auteur, pourquoi pas ? Si ça n’apporte rien au récit, ça ne l’altère en rien.

Sigló est un bon polar et l’on peut remercier Ragnar Jónasson d’avoir fait ce cadeau aux lecteurs français de leur permettre d’être les premiers à découvrir ce roman.

Ragnar Jónasson Ari Þor