Solak (Caroline Hinault)

SOLAK

Caroline Hinault

Solak 0♦♦♦♦♦♦

Présentation de l’éditeur (Editions du Rouergue)

Sur la presqu’ile de Solak, au nord du cercle polaire arctique, trois hommes cohabitent tant bien que mal. Grizzly est un scientifique idéaliste qui effectue des observations climatologiques ; Roq et Piotr sont deux militaires au passé trouble, en charge de la surveillance du territoire et de son drapeau. Une tension s’installe lorsqu’arrive la recrue, un jeune soldat énigmatique, hélitreuillé juste avant l’hiver arctique et sa grande nuit. Sa présence muette, menaçante, exacerbe la violence latente qui existait au sein du groupe. Quand la nuit polaire tombe pour plusieurs mois, il devient évident qu’un drame va se produire. Qui est véritablement la recrue ? de quel côté frappera la tragédie ?

Dans ce premier roman écrit « à l’os », tout entier dans un sentiment de révolte qui en a façonné la langue, Caroline Hinault installe aux confins des territoires de l’imaginaire un huis clos glaçant, dont la tension exprimée à travers le flux de pensée du narrateur innerve les pages jusqu’à son explosion finale.

 

 

Réflexions de lecture :

Solak est le nom d’une péninsule au-delà du cercle arctique, où se trouve une base que des militaires doivent occuper pour « garder le drapeau » et affirmer la souveraineté de leur pays. L’auteure prend bien garde à ne pas ancrer ce lieu dans la réalité. On n’apprend jamais la nationalité de Solak et de ses habitants. Outre deux soldats, Roq et Piotr, le narrateur, on trouve Grizzly, un scientifique, envoyé là pour une mission de recherche jusqu’au printemps suivant. Le roman s’ouvre par le rapatriement du corps d’un autre militaire, qui s’est suicidé, ne supportant plus l’isolement de cette base et l’hélitreuillage d’un jeune soldat, bien vite surnommé « le gamin » ou « le gosse », du fait de sa jeunesse ; un individu qui apparaît bien vite comme étrange, voire menaçant, aux yeux du narrateur, d’autant qu’il est muet et ne s’exprime que par l’intermédiaire d’un petit carnet. L’histoire se déroule sur une durée relativement courte de huit mois, couvrant le long hiver arctique.

Distinguons deux aspects du roman : l’histoire, d’une part et l’écriture d’autre part.

Les pages se tournent et pas de traces d’une quelconque énigme ou d’un crime. Pourtant, le roman s’ouvre sur deux pages où nous est décrit un meurtre, puis, plus rien. Plus aucune référence à cet homicide. Certes, par les réflexions de son narrateur, l’auteure cherche à nous convaincre que la présence de ce jeune soldat mutique est angoissante et porteuse d’un suspense, qu’elle a toutefois bien du mal à imposer. Tout juste, en termes de suspense, assiste-t-on à quelques accrochages entre ces quatre personnages condamnés à vivre en huis-clos. Caroline Hinault a beau insister sur l’approche de la Grande Nuit qui accompagne inexorablement l’hiver, on a du mal à s’y projeter. Il faut attendre les quinze dernières pages pour découvrir un meurtre (est-ce celui du début ? Ce n’est pas clair) et apprendre une nouvelle inattendue, du moins en partie. Mais cet homicide ne fait pas, pour autant, du roman un polar, dans la mesure où l’on sait d’emblée qui en est le coupable, qui, d’ailleurs, avoue bien volontiers. Pas d’énigme et pas d’enquête. Je ne comprends toujours pas pourquoi Solak est publié dans la collection Noir des éditions du Rouergue. Cependant, pour racheter quand même ce roman, l’histoire est intéressante et l’analyse des rapports humains mérite qu’on s’y attarde, tout comme les descriptions de la faune polaire.

Dans une interview au site Bepolar (Lire l’interview), Caroline Hinault déclare écrire « à l’os », c’est-à-dire une écriture incisive, dérangeante, qui vient frapper le lecteur « de plein fouet, en rafales, comme les bourrasques de neige. » Personnellement, j’attends encore le vent polaire. Certes, l’idée de supprimer tout dialogue et d’insérer seulement quelques répliques dans le texte, ad minima, est bonne. Mais, sous prétexte d’une écriture « à l’os », l’auteure écrit dans un mauvais français ; il s’agit bien sûr là d’un choix délibéré. La ponctuation est aléatoire, les négations n’existent pas ou très peu (cette agrégée de lettres modernes en a-t-elle oublié quelques unes ?... chassez le naturel...). En cette période d’appauvrissement de notre langue, il est regrettable de sacrifier le français à un style d’écriture. Cela aurait-il amenui le récit de l’écrire correctement ? Je n’en suis pas sûr. En outre, certaines réflexions qui se veulent plus ou moins philosophiques sont plutôt indigestes et cela commence d’ailleurs par la description du meurtre en ouverture du roman.

Une promesse de début qui tombe à l’eau, un thriller qui n’en est pas un, une écriture qui, sous prétexte de style, n’est pas bonne et une fin bâclée. A vous, maintenant, de vous faire votre opinion.

Arctic Noir