Succion (Sogið) d’Yrsa Sigurðardóttir

 SUCCION (Sogið)

Yrsa Sigurðardóttir

9782330121600 ♦♦♦♦♦

4ème de couverture (Actes sud):

 « Assise sur les marches glaciales devant l’entrée de sa nouvelle école, Vaka regrette de n’avoir pas mis un manteau plus chaud. Apparemment, son père a oublié de venir la chercher, sa mère a oublié de lui donner de l’argent de poche cette semaine et l’école est déjà fermée. On ne peut décidément pas se fier aux adultes. Résignée à attendre, elle voit bientôt une petite fille approcher. Vaka la reconnaît tout de suite : elle est dans sa classe, c’est celle à qui il manque deux doigts. La petite fille habite juste derrière l’école, alors Vaka lui demande si elle peut venir chez elle passer un coup de téléphone pour appeler son père. Plus personne ne reverra jamais Vaka.

Dégradé et relégué au plus bas de l’échelle après les polémiques qui ont entouré sa dernière enquête, l’inspecteur Huldar doit se contenter des chiens écrasés. Jusqu’au jour où on le charge d’une vérification de routine qui bascule dans l’horreur lorsque, après un signalement anonyme, il trouve deux mains coupées dans le jacuzzi d’une maison du centre-ville. Huldar ignore encore que cette mutilation n’est que la première d’une longue série.

Après ADN, Huldar et Freyja, la psychologue pour enfants, reprennent du service dans une de ces intrigues glaçantes et addictives dont Yrsa Sigurðardóttir a le secret. »

 

Réflexions de lecture :

Avec  Succion, deuxième volet de la série Freyja et Huldar, Yrsa Sigurðardóttir nous plonge dans une histoire particulièrement sordide, dans le monde de l’enfance. Comme elle l’a déjà prouvé lors de romans à caractère fantastique, Yrsa ne se contente pas d’un « banal » polar, mais va creuser dans les bas-fonds de la perversion de l’âme humaine, pour la plus grande jubilation du lecteur.

Le roman commence par une histoire glaçante, qui se passe une dizaine d’années avant l’action principale. Yrsa sait faire surgir l’angoisse derrière les descriptions les plus banales et les plus rassurantes. Puis, le lecteur est transporté dans la période contemporaine où trois histoires se mêlent : une étrange lettre, écrite dix ans plus tôt par un enfant, qui annonce des meurtres à venir ; des mains coupées retrouvées dans un jacuzzi et des messages menaçants reçu par mail, par un procureur. Les événements s’enchainent à un rythme soutenu, souvent quand on ne les attend pas et l’on a hâte d’en avoir les clés. Attention, quand des solutions qui s’esquissent, deviennent trop évidentes ; c’est là qu’on s’aperçoit qu’Yrsa joue avec le lecteur et l’a entrainé sur de fausses pistes.

Elle continue aussi la plongée dans la personnalité tourmentée des deux protagonistes, qui ont en commun d’être tombés en disgrâce et d’avoir été rétrogradés, suite aux conclusions et aux ratés de l’affaire précédente ; celle racontée dans ADN. Huldar, l’inspecteur, est devenu la risée de son service et doit subir la direction humiliante d’Erla, l’inspectrice qu’il dirigeait auparavant. Il se bat pour retrouver sa réputation ternie, mais aussi contre la tentation de l’alcoolisme ; un classique de la littérature policière islandaise. Freyja, quant à elle, cherche toujours l’âme sœur et doit composer avec son frère incarcéré. Elle jongle entre son attirance et sa répulsion pour Huldar. Là aussi, Yrsa nous conduit sur une route, pour faire marche arrière au dernier moment. C’est quand les relations entre les deux personnages deviennent meilleures et plus intimes, qu’un dérapage d’Huldar remet tout en question.

C’est un très bon polar, qui se lit avec jubilation. Vivement le troisième opus !

Yrsa Sigurðardóttir Freyja et Huldar