Tout le monde te haïra (Alexis Aubenque)

TOUT LE MONDE TE HAÏRA

Alexis Aubenque

Tout le monde te haira Tout le monde te haira poche ♦♦♦♦♦

  • Editions Robert Laffont, novembre 2015.

  • J’ai lu n°11206, novembre 2016.

White Forrest, petite ville côtière de l’Alaska, est en émoi. Pris dans les glaces, un navire ayant sombré en 1920 vient d’être découvert. Les corps des marins en ont été extraits ; mais une centaine d’orphelins qui étaient sur le bateau manquent au macabre décompte.

C’est dans cette étrange atmosphère que débarque Alice Lewis, qui cherche sa sœur disparue. Pour l’aider, elle engage un ancien flic au passé trouble devenu détective privé, Nimrod Russell.

De l’autre côté de la ville, la lieutenante Tracy Bradshaw enquête sur un crime sordide.

 

Alexis Aubenque, déjà auteur de nombreux romans qui se déroulent aux Etats-Unis, initie, avec Tout le monde te haïra, une série qui se passe en Alaska, à White Forrest, nom derrière lequel se cache la petite ville de Juneau, capitale de l’état. Trois affaires sont soumises au lecteur : un naufrage qui, glace aidant, rejette toujours ses cadavres, un siècle après, mais qui recèle le secret de la disparition de nombreux orphelins russes dont aucun corps n’a été retrouvé ; la disparition soudaine d’une jeune femme sur fond de liaison extraconjugale et un meurtre particulièrement sauvage, commis avec une arme indigène. Evidemment, ces trois affaires sont liées entre elles, comme la fin le montrera.

L’auteur décrit très habilement la vie de cette bourgade du grand nord, où tout le monde se connaît plus ou moins ; ainsi que les somptueux paysages alaskiens… glaciers, rivières, forêts... Il traite de thèmes très contemporains, comme l’impact du tourisme grandissant sur la région, la corruption et les connivences des élites locales, ainsi que le mépris et les préjugés racistes envers les populations autochtones. A ce propos, Alexis Aubenque commet une erreur, ce qui est étonnant étant donné la précision de ses descriptions et des informations qu’il apporte. Il parle, en effet, des Inuits. Or, dans cette région de l’Alaska, les autochtones sont les Tlingits, population éloignée des Inuits, qui vivent, eux, bien plus au nord. Il cite d’ailleurs, une fois,  le terme « Tlingit », comme l’une des tribus inuites ; ce qui est une erreur. Ce sont bel et bien deux peuples distincts.

L’auteur nous permet de faire connaissance avec les deux principaux personnages de la cette série : l’ancien policier Nimrod Russell, renvoyé de son poste pour avoir utilisé des méthodes trop expéditives et Tracy Bradshaw, son ancienne coéquipière, toujours dans la police. Comme souvent dans les polars à personnages récurrents, on plonge dans leurs vies intimes, découvre leurs secrets et leurs caractères.

La fin du roman est surprenante. Ce qui, jusqu’ici était un polar, évolue soudain en un roman de politique fiction à grands renforts de forces armées jusqu’aux dents. Un deuxième volet de la série, Aurore de Sang, est paru en novembre 2016. Ce sont, à ce jour, les deux seuls tomes des enquêtes de Russell et Bradshaw.

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