Treize jours d'Árni Þórarinsson

Arni thorarinsson treize jours 1 Treize jours (13 dagar) d'Árni Þórarinsson

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4ème de couverture (éditions Métailié) :

« Treize jours, c’est le délai que sa dernière petite amie, banquière recherchée par la police, a donné à Einar pour la rejoindre à l’étranger.

Treize jours, c’est le temps qu’il va lui falloir pour décider s’il veut accepter la direction du grand journal dans lequel il a toujours travaillé.

Treize jours, c’est le temps qui sera nécessaire pour trouvé qui a tué la lycéenne dont le corps profané a été retrouvé dans le parc. Quelque chose sur son visage rappelle à Einar sa propre fille, Gunnsa, quand elle était un peu plus jeune et encore innocente. Mais aujourd’hui Gunnsa est devenue photographe et travaille dans le même journal que son père ; elle s’intéresse de près à ces adolescents paumés et ultra connectés qui fuguent ou disparaissent, elle a plus de ressources et d’audace pour faire avancer l’enquête – et moins de désillusions.

Arni Thorarinsson a écrit un thriller haletant situé dans l’Islande actuelle qui décrit avec sensibilité le monde troublant et troublé des adolescents, et la corruption qui affleure à la surface de cette société. »

Réflexions de lecture :

Après une parenthèse avec Le crime, Treize jours nous replonge dans l’univers du journaliste Einar. Comme dans les autres romans de la série, le texte est écrit à la première personne. C’est Einar qui raconte, sauf quand le texte est entrecoupé par un dialogue, entre Gunnsa, la fille d’Einar, et Jonas, inspecteur de police, inséré, de façon régulière, en italique, comme une histoire dans l’histoire. On comprend que ce dialogue, qui prend parfois des allures d’interrogatoire, se passe à la fin de l’enquête racontée dans le livre.

Cette enquête, le meurtre sordide d’une jeune adolescente, Klara Osk, sert de prétexte à Árni pour porter un regard acerbe sur la société islandaise et ses dérives. Est-ce d’ailleurs son opinion personnelle qu’il exprime, quand il fait dire à la grand-mère de Klara Osk « la société islandaise, autrefois humaine, est devenue mauvaise, le respect mutuel est en voie de disparition, il est fonction de l’âge et du statut social, l’argent  a pris le pas sur les autres valeurs, l’injustice a triomphé de la justice. » ? Face à une jeunesse paumée, qui sombre dans les paradis artificiels et le sexe facile, l’auteur renvoie dos à dos ceux qui en profitent (dealers, proxénètes…) et les bien-pensants, qui critiquent la dérive de cette société à laquelle ils opposent un retour aux valeurs traditionnelles de l’Islande. Mais ces thuriféraires d’un âge d’or passé, sont-ils exempts de dérives et de perversions ? Pas sûr ! Toujours est-il que l’auteur aborde le sujet très contemporain des idées populistes qui dénoncent l’immigration au nom du danger islamiste et l’influence des milliardaires corrompus, face au petit peuple qui trime jour après jour.

Comme dans ses romans précédents, Árni développe aussi le thème de la liberté et de l’éthique des médias. Einar et ses collègues se débattent avec des problèmes financiers, qui risqueraient de conduire au rachat du Journal du soir, par un homme d’affaire véreux, qui aurait la mainmise sur l’information et remettrait du coup en question l’indépendance des journalistes. L’auteur pose aussi la question des limites de la collaboration entre les médias et la police. Que peut-on dévoiler ? Doit-on cacher des informations, à la demande de la police, ou doit-on révéler ce qu’on sait au titre de l’information ? Les réseaux sociaux tiennent aussi une place de choix dans l’histoire. Signe que l’écrivain est bien contemporain et ancre son récit dans la société actuelle. C’est grâce à Facebook que les protagonistes se rendent sur le lieu du meurtre et découvrent le corps de Klara Osk. On peut d’ailleurs lire quelques phrases du profil Facebook de la victime, en liminaire de certains chapitres, suivant ainsi l’évolution de ses pensées. Se pose aussi la question du passage, partiel, du Journal du soir, sur le web.

La personnalité et les déboires personnels d’Einar tiennent encore une place importante. Même s’il semble s’en être guéri, l’alcoolisme passé d’Einar est toujours là, en filigrane. Sa relation avec sa fille, Gunnsa, qui se fait une place de plus en plus importante dans le journal où travaille son père, évolue au fil des pages. Il se rend compte que sa fille lui échappe peu à peu et doit bien la considérer désormais comme une adulte à part entière, capable de prendre des risques, malgré la désapprobation de son père. Côté sentimental, Einar est tiraillé entre sa collègue Sigurbjörg, avec qui il ne sait comment nouer une relation durable et la mystérieuse Margrét, déjà rencontrée dans L’Ange du matin, puis dans L’ombre des chats. Cette dernière est partie se réfugier à l’étranger, pour fuir la justice islandaise, et lui adresse un ultimatum. Il dispose de treize jours pour la rejoindre ou il la perdra définitivement. D’ailleurs, la concernant, l’auteur nous réserve un bon coup de théâtre, à la fin du roman.

Treize jours est une bonne suite de la série Einar qui, si elle peut apparaître aux lecteurs d’Árni, assez classique, offre une analyse intéressante d’un aspect de l’Islande contemporaine et réserve quelques surprises bien placées.