Ultimes rituels (Þriðja táknið) d’Yrsa Sigurðardóttir

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(vous voulez voir des photos du musée d'Hólmavík ou en savoir plus sur le Malleus Maleficarumalors rendez-vous autour de... Ultimes rituels)

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4ème de couverture (Anne Carrière)

« Novembre 2005, Reykjavik. Un étudiant allemand est retrouvé mort, atrocement mutilé. Le jeune homme étudiait l’histoire islandaise et portait un intérêt tout particulier à ses heures les plus sombres. Sa famille ne se satisfait pas des conclusions de la police et décide de louer les services de l’avocate islandaise Thora Gudmundsdottir et de l’ancien inspecteur Matthew Reich, un Allemand, afin qu’ils poussent l’enquête plus avant. Elle est sociable et insouciante ; lui est rigide et sévère.

Leur enquête parallèle révèle que l’étudiant assassiné avait recueilli des informations conséquentes au sujet de documents très anciens, et qu’il était membre d’un mystérieux groupuscule, composé d’Islandais fascinés par les événements historiques liés aux méthodes de torture et d’exécution. En outre, le jeune homme avait retiré une importante somme d’argent sur un compte à son nom et était sur le point d’acheter un équipement de sorcellerie. Qui a pu vouloir sa mort ? Quel lien existe-t-il entre cette tragédie et les événements atroces qui se sont déroulés par le passé ? »

 

4ème de couverture (Points policier):

« Quelles forces obscures Harald a-t-il troublées pour connaître un sort aussi horrible ? Ce jeune Allemand, venu en Islande pour étudier la chasse aux sorcières dans l’Europe médiévale, est retrouvé mort, les yeux arrachés, une rune étrange gravée sur le torse. La police suspecte un dealer, mais la famille d’Harald n’y croit pas. L’horreur du crime suggère un assassin moins évident, puis terrifiant…»

« Je suis venu en Islande chercher l’enfer, et tu devineras jamais : je l’ai trouvé. »

 

Réflexions de lecture :

Une fois n’est pas coutume, Ultimes rituels est le premier roman d’Yrsa Sigurðardóttir, que ce soit en Islande ou en France. On fait connaissance avec une jeune avocate, Þóra et un Allemand, ancien policier, qui travaille pour une riche famille de Bavière : Matthew Reich.

Bien que le roman mélange le polar (on découvre le cadavre d’un jeune étudiant allemand) à l’histoire (de vieux ouvrages et manuscrits), c’est surtout l’ambiance macabre et mystérieuse qui domine : un corps atrocement mutilé comme dans un rituel, un célèbre ouvrage du XVIème siècle sur la chasse aux sorcières, un groupe d’étudiants qui forme une société secrète… Comme dans L’énigme de Flatey d’Ingólfsson, Yrsa utilise la culture des anciens manuscrits des Islandais pour construire son histoire. Il n’en faut pas plus pour éveiller la curiosité et susciter l’intérêt du lecteur.

Comme de nombreux « collègues », Yrsa a le souci du détail. Sa description de l’autopsie du corps, méthode comme résultats, est un véritable cours de médecine légale. De même, on visite le musée de la sorcellerie, pas à pas, comme si l’on y était. Ce souci renforce la solidité du propos de l’auteur.

C’est avec plaisir qu’on fait connaissance de Þóra, jeune avocate, et de son entourage tant professionnel (notamment Bella, la redoutable secrétaire), que familial. D’ailleurs, en parallèle de l’enquête, elle se débat dans ses problèmes personnels : un divorce, deux enfants dont il faut s’occuper, dont un adolescent qui va venir contrarier la vie déjà bien remplie de sa mère. On assiste même à des règlements de compte familiaux savoureux. Yrsa décrit avec bonheur les liens de son héroïne avec son partenaire de circonstance, un ancien flic allemand, Matthew Reich. On assiste, tels des voyeurs, à l’évolution de cette relation entre deux personnalités que tout sépare… au début en tout cas ! Rajoutez à cela une tendre maladresse de Þóra et vous obtenez une héroïne à laquelle on s’attache facilement.

En outre, l’auteur ne se prive pas de donner, ici ou là, quelques délicieuses touches d’humour : les dialogues sarcastiques entre les deux personnages principaux, les explications dans le musée de la sorcellerie… et les commentaires qu’elles soulèvent, les joutes entre Þóra et son ex-mari…

 

Le seul bémol sur ce roman proviendrait-il de la traduction ? Non pas que j’ai des reproches à faire sur le style, mais je trouve regrettable que la version française soit une traduction, non pas de l’islandais directement, mais de l’anglais, lui-même traduit de l’islandais.

Inévitablement, une traduction n’est pas pleinement satisfaisante. On sait que l’on perd des nuances en passant d’une langue à une autre. Alors, ne peut-on pas tout faire pour limiter ces versions ? D’autant que l’on ne manque pas de brillants traducteurs qui possèdent parfaitement l’islandais ? Alors, pourquoi passer par l’anglais ? ceci dit, je ne reproche rien à cette version française et, évidemment, ne connais pas les avantages et les nuances qu’une traduction directe auraient permis.

Je vous livre, quand même, l’avis d’un spécialiste sur le sujet. Celui d’Eric Boury, principal traducteur des auteurs islandais (notamment d’Arnaldur Indriðason ou d’Árni Þorarinsson, qui répondait, lors d’une interview la chose suivante :

 « La double traduction pose quand même des problèmes. Disons que c'était une pratique courante dans les années 1960-70, par manque de traducteurs, justement. On prenait des œuvres scandinaves, qui avaient été traduites en allemand ou en anglais le plus souvent, puis on retraduisait. La méthode n'est pas franchement recommandée par l'association des traducteurs... Je ne la préconise pas non plus parce qu'on sait bien quand on est traducteur qu’il y a forcément des déperditions, des ajouts, des approximations... C'est complètement le même texte et à la fois pas du tout le même, parce que ce ne sont pas les mêmes sonorités, la même langue, le même rythme. On touche là au paradoxe de la traduction. Certains éléments typiques de l'islandais ou de la culture islandaise vont être traduits en anglais avec des explications. S'il faut traduire ensuite en français, cela risque de faire beaucoup d'explications et de déperdition...

Je ne suis pas du tout pour ces traductions, sauf quand on n’a pas le choix. »

 

Toujours est-il que j’ai été emballé par Yrsa Sigurðardóttir et son héroïne. Je vous conseille donc vivement cette lecture en attendant les autres opus très prometteurs.

 

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