Une ville sur écoute (Hlustað) de Jón Óttar Ólafsson

Bm cvt avant le naufrage 9954 Une ville sur écoute (Hlustað) de Jón Óttar Ólafsson

(Des photos, notamment des cabanons de pêche et deux articles sur la vieille prison de Reykjavik et le kennitala, vous attendent Autour de... Une ville sur écoute.)

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4ème de couverture (Presses de la cité):

« Décembre 2009. Peu avant Noël, le cadavre d’une femme est découvert à l’intérieur d’un cabanon de pêcheurs, dans un quartier résidentiel de Reykjavík. Si tout prête à croire à une overdose, l’inspecteur David Arnarson est catégorique : la thèse de l’ex-junkie qui aurait replongé ne tient pas la route.

Grâce à la mise sur écoute des proches de la défunte, la police démasque bientôt l’existence d’un trafic de drogue qui semble s’étendre des bas-fonds de la capitale aux hautes sphères d’une Islande traumatisée par la plus grave crise économique de son histoire.

Mais David est bien vite confronté aux rivalités qui l’opposent à certains de ses collègues et aux limites d’un système qui protège ses dirigeants. C’est en cavalier seul qu’il devra mener son enquête, quitte à faire tomber quelques têtes et à mettre la sienne en péril… »

 

« J’enquêtais sur un homicide tout ce qu’il y a de plus classique et, subitement, je me suis retrouvé poursuivi comme le pire des criminels. »

 

Réflexions de lecture :

Une ville sur écoute commence par la fin. Le lecteur fait la connaissance de l’inspecteur  David Arnarson, en bien mauvaise posture, puisqu’il se retrouve au commissariat, en position d’accusé, soumis à un interrogatoire. On remonte ensuite le fil des semaines, grâce aux précisions de dates et d’heures de chaque chapitre, pour comprendre comment on en est arrivé là. Le personnage principal, David, enquête sur la mort d’une jeune fille, dont le corps est retrouvé dans un cabanon de pêcheur. La conclusion officielle de la police, une overdose, semble trop rapide et suspecte à notre policier qui continue ses investigations, contre la volonté de sa hiérarchie. Jón Óttar entraine le lecteur dans le cœur d’un trafic de drogue, dans lequel interviennent des petites frappes, des personnes « bien comme il faut » et des criminels lituaniens. A cela, s’ajoute le monde de la spéculation, des placements opaques et des magouilles financières, où se croisent banquiers et avocats véreux. Mais, si David mène son enquête sur le terrain, une bonne partie du roman se déroule à distance et c’est ce qui fait l’originalité de l’intrigue. En effet, l’auteur exploite le thème de la surveillance à distance des individus grâce à leur kennitala, sorte de numéro national d’identification. Ainsi, les services techniques de la police peuvent connaître les relevés des paiements par carte bleue, les relevés des appels téléphoniques, les casiers judiciaires, etc… Si l’on rajoute à cela, les écoutes téléphoniques, les relevés de situation des portables et les micros placés chez les personnes, on plonge dans une société où les citoyens peuvent être, à chaque instant, épiés suivis et fichés. Reykjavík est ainsi décrite comme Une ville sur écoute, et ça fait froid dans le dos.

L’idée est bonne, malheureusement, son exploitation souffre de nombreuses lourdeurs. Si Jón Óttar prend un souci méticuleux dans ses descriptions – celle de l’autopsie vaut largement un documentaire télévisé sur le sujet – on est très vite submergé par les détails techniques. Il faut vraiment s’accrocher pour comprendre les arcanes des appels téléphoniques, pour suivre les très nombreux personnages (j’ai dû dresser une liste pour me rappeler l’identité de chacun et le rapport des uns avec les autres) et le lecteur s’emmêle vite. J’ai essayé de suivre scrupuleusement, mais j’ai vite abandonné tant ces histoires d’écoutes, de maillage des relations des uns avec les autres, ou de fréquentations de certains lieux, par tel ou tel, deviennent fastidieuses. J’avais d’ailleurs, pour cette raison, abandonné le livre lors de ma première lecture, il y a quelques mois.

A cela se rajoute les descriptions des montages financiers d’achats de terrains et d’évasion fiscale, qui tiennent plus d’un chapitre. N’étant pas un spécialiste des arcanes bancaires, j’ai commencé à sauter quelques lignes. C’est à se demander si le roman est accessible à un lecteur non spécialiste.

 

Pour résumer, le sujet du roman était intéressant et original, donc prometteur, mais son traitement, trop complexe, nécessite une grande concentration pour suivre l’intrigue, ce qui gâche le plaisir de la lecture.

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