Vodka, pirojki et caviar (Den døde i Barentsburg) de Monica Kristensen

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(Autour de Vodka, pirojki et caviar... vous propose des articles sur Barentsburg et la compagnie russe Arktikugol, ainsi que de nombreuses photos des lieux, des navires et même de pirojkis !)

(Retrouvez les langoureuses chansons russes et ukrainiennes, qu'entonnent les mineurs le soir, dans Les musiques de Monica Kristensen)

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4ème de couverture (Gaïa Editions)

« Knut émerge au Polar Hotel avec une bonne gueule de bois. La réalité a tôt fait de le rattraper : les Russes ont signalé un accident mortel devant la mine. Sur l’archipel du Svalbard gouverné par les Norvégiens, la ville russe de Barentsburg est comme un iceberg. Inquiétante, imposante, elle a sa partie cachée. Située à quelques dizaines de kilomètres de Longyearbyen, mais accessible uniquement par hélicoptère — quand le temps le permet. C’est un Knut nauséeux qui s’embarque pour vingt minutes dans les airs… La petite réception organisée par le consul et un interprète, avec vodka, pirojki et caviar, semble destinée à l’amadouer. Bientôt, la tempête se lève et la neige s’abat sur les fjords. Knut se retrouve coincé dans la ville minière à moitié désaffectée, sans chargeur pour son portable. Il est un étranger au sein d’une communauté hostile, pris en étau entre les majestueux glaciers et la mer opaque.

En Arctique, en plus du froid, vous avez deux ennemis.

Le vent.

Et l’angoisse. »

 

4ème de couverture (Babel Noir)

« Knut émerge au Polar Hotel avec une belle gueule de bois. Mais la réalité a tôt fait de le rattraper : les Russes ont signalé un accident mortel dans la cité minière de Barentsburg. Située à quelques dizaines de kilomètres de Longyearbyen, cette enclave russe de l’archipel du Svalbard, administré par les Norvégiens, est accessible uniquement par hélicoptère — quand le temps le permet.

C’est un Knut nauséeux qui s’embarque pour vingt minutes dans les airs, pressé de constater un accident à première vue banal. Sauf que la victime s’avère être le secrétaire général du syndicat de la mine et que la petite réception organisée par le consul en l’honneur de Knut,  avec vodka, pirojki et caviar, semble destinée à l’amadouer. Et pour couronner le tout, la tempête se lève.

Pris en étau entre les majestueux glaciers et la mer opaque, Knut se retrouve coincé dans une ville à moitié désaffectée, sans chargeur de portable, étranger au sein d’une communauté hostile…  Un polar géopolitique dépaysant et délicieusement glacial. »

 

Réflexions de lecture :

Malgré sa tournure un peu kitsch, le titre du roman, qui s’intitule à l’origine « Les morts de Barentsburg » (Den døde i Barentsburg), a au moins l’intérêt de nous faire immédiatement penser à la Russie. Fidèle à ses deux autres livres, Monica Kristensen nous entraine dans l’archipel glacé du Svalbard, plus précisément dans la cité minière de Barentsburg. Ce bourg, occupé exclusivement par des mineurs russes et ukrainiens et leurs familles, ressemble à une petite ville soviétique que le temps aurait figée : immeubles gris et impersonnels et même un buste de Lénine, resté en place !

C’est pour constater un décès accidentel que le policier Knut Fjeld doit s’y rendre. Mais, bien-sûr, cette mort paraît suspecte et notre détective prolonge son séjour. Bientôt les cadavres s’accumulent. Si les premiers décès pouvaient être accidentels à première vue, les suivants ne laissent plus de doute quant à leur aspect criminel.

Non contente du huis-clos de l’archipel, Monica Kristensen réduit encore la scène. Mauvais temps, hélicoptère occupé à l’autre bout du territoire et batterie de téléphone faiblissante renforcent l’isolement de son héros. Mais c’est davantage encore le fossé entre deux cultures, norvégienne et russe, qui accentue la solitude de Knut Fjeld. En effet, un des thèmes de ce roman est cette culture et ce mode de vie slaves, bien loin de la rigueur de la pensée scandinave. On tombe un peu quand même dans les clichés, comme le titre français peut le suggérer d’ailleurs : luttes de pouvoir, corruptions, mafias et faiblesse de l’état russe qui semble avoir oublié l’existence de cette communauté. D’ailleurs, les vieux réflexes de l’ère soviétiques n’ont apparemment pas disparus. Le policier norvégien doit alors débroussailler les situations pour séparer les gens fiables des autres. Pourtant, il faudra qu’il fasse équipe, bon gré mal gré, avec un détective russe, qu’il finit par apprécier un peu, même si le personnage semble louche, sous bien des aspects.

Le récit plonge ses racines dans une vieille histoire tragique, survenue des dizaines d’années plus tôt, dans la région ukrainienne du Donbass. Les protagonistes de cette ancienne histoire se retrouvent tous à Barentsburg, qui sert de décor à un ultime affrontement entre deux camps au centre duquel Knut Fjeld compte les morts. En parallèle, on assiste à la lutte de l’administration norvégienne, contre la pêche illégale de contrebandiers russes, liés à une organisation criminelle. Cet aspect du récit n’est pourtant pas exploité complétement. Est-ce pour égarer le lecteur sur une fausse piste ? Est-ce un début de piste que l’auteur a abandonnée au cours de l’écriture ? Ce n’est pas très clair. Au moins, cela sert-il d’information sur ces pratiques.

Monica Kristensen nous met bien dans l’ambiance de communauté russe, avec les pirojkis, le caviar et surtout la vodka, mais aussi avec les chants slaves entonnés lors de retrouvailles le soir. Elle réussit à créer cette ambiance pesante et nous place dans la peau de son personnage de policier, en décalage avec cette culture, sans pour autant porter de jugement. Le rapport avec l’histoire ancienne est intéressant et porteur et le fait que de nombreux protagonistes de cette vielle histoire se retrouvent tous réunis, est amené de sorte à ce qu’il soit tout à fait plausible. Cependant, on critiquera une accélération de la fin du roman, qui donne un arrière-goût de bâclé, comme s’il fallait enfin terminer le livre. Les dernières lignes laissent le lecteur sur sa faim, en ce qui concerne Knut Fjeld. Blessé, il agonise sur la neige, mais, au loin, un bruit d’hélicoptère, donc de secours, se fait entendre. Ce truc littéraire, par lequel termine un auteur, qui a l’air de ne pas savoir s’il va y avoir ou non une suite, est un peu trop grossier ici et apparaît comme élimé. On connaît des romans où le truc est bien meilleur et laisse planer un véritable doute. Malgré cette fin, l’ensemble est intéressant et c’est naturellement qu’on se laisse porter par l’intrigue et cherche à en connaître le dénouement.

 

Pour compléter votre lecture, faites un tour Autour de... Vodka, pirojki et caviar, en écoutant les chansons slaves citées dans le roman.

 

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