Grise Fiord

GRISE FIORD

Gilles Stassart

Cvt grise fiord 3249 ♦♦♦

  • Editions du Rouergue Noir, mars 2019.

Lorsqu’il sort du centre pénitentiaire d’Iqaluit, au nord du Nunavut, Guédalia retrouve ses démons familiers, l’alcool et la défonce, mais aussi les fantômes de ses aïeux, implantés de force par l’Etat canadien sur les terres hostiles de Grise Fiord. A Amarok, communauté de mille cinq cents âmes que l’été venu un réseau de chemins caillouteux peine à relier au monde, il travaille au magasin coopératif, y menant en parallèle de petits trafics. Alors que son frère aîné se bat pour les droits des autochtones, lui a tout perdu de l’ambition qui l’a mené jusqu’à Montréal où il n’a jamais terminé ses études. Des légendes que lui racontait son père n’émanent plus que des ombres sans force, rien qui puisse le retenir sur cette pente mauvaise. Peut-être Dalia, la vieille chamane venue du Groenland qui fréquente régulièrement le magasin, pourrait-elle l’avertir du destin qui menace. Bientôt, la seule solution qui s’offrira à lui sera de remettre son pas dans celui des anciens chasseurs, pour fuir la tragédie qu’il aura lui-même provoquée.

Avec ce grand roman du peuple des glaces où l’homme et le chien défient l’ours, l’orque et le béluga, Gilles Stassart ranime l’esprit du loup noir, Amarok le bien nommé, qui veille à la survie des Inuits. Guédalia, l’homme qui a goûté à la culture des Blancs et traverse l’Arctique comme une conscience perdue, saura-t-il trouver son chemin dans les périls de la mer gelée ?

 

Grise Fiord est-il bien un polar ? Bien que publié par les éditions du Rouergue Noir, on peut se poser la question. Certes, un crime est commis. Mais on connaît d’amblée le coupable et il n’y a aucune enquête à ce propos. Grise Fiord est davantage un (ice)road movie et une interrogation sur l’acculturation des sociétés inuites au contact du monde occidental.

Points positifs : le roman est une étude très précise et intéressante du mode de vie du peuple inuit, de ses mythes, de la politique canadienne envers ces populations, durant la guerre froide… L’histoire de Guédalia et de sa famille se lit agréablement et l’on suit avec intérêt l’évolution des personnages, notamment des deux frères, jusqu’au drame qui bouleverse la petite communauté.

Point négatif : Gilles Stassart utilise un style original, en faisant parler, tout à tour, plusieurs personnages, par l’emploi du « je ». C’est une bonne idée, mais le style est parfois difficile à suivre, embrouillé. Certains passages sont assez fastidieux à lire. L’enchaînement de phrases courtes, voire de simples mots, obscurcit le récit. Peut-être l’auteur devrait-il davantage se mettre du point de vue du lecteur, pour qui tout n’est pas aussi évident qu’il le pense. La première fois où le « je » est employé, je m’y suis perdu, ayant du mal à repérer qui parlait. C’est après quelques pages, que j’ai compris que le « je » du premier chapitre, n’était pas le même « je » que celui du chapitre suivant.

Le roman termine de façon nébuleuse et la fin semble surtout interminable. J’avais hâte de refermer ce livre.

Malgré ces réticences, c’est un livre intéressant pour ses éclairages historiques et culturels. Je peux dire qu’il m’a appris des choses.