Heimaey

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HEIMAEY

Ian Manook - 2018

  • Albin Michel, 2018

Quand Jacques Soulniz embarque sa fille Rebecca à la découverte de l’Islande, c’est pour renouer avec elle, pas avec son passé de routard. Mais dès leur arrivée à l’aéroport de Keflavík, la trop belle mécanique des retrouvailles s’enraye. Mots anonymes sur le pare-brise de leur voiture, étrange présence d’un homme dans leur sillage, et ce vieux coupé Saab rouge qui les file à travers déserts de cendres et champs de lave… jusqu’à la disparition de Rebecca. Il devient alors impossible pour Soulniz de ne pas faire le lien avec le drame qui s’est joué, en juin 1973, sur la petite île d’Heimaey, tout juste dévastée par l’éruption du Eldfell.

Un trip initiatique trop vite enterré, des passions oubliées qui déchaînent des rancœurs inattendues, et un flic passionné de folklore islandais aux prises avec la mafia lituanienne : après l’inoubliable Mongolie de sa trilogie Yeruldelgger et le Brésil moite et étouffant de Mato Grosso, Ian Manook, écrivain nomade, nous fait découvrir une Islande lumineuse, à rebours des clichés, qui rend plus noire encore la tension qu’en maître du suspense il y distille.

Après la remarquable trilogieYeruldelgger, qui nous conduisait en Mongolie, Ian Manook nous entraine dans un tour complet de l’Islande. Son travail de recherche, de précision et de documentation est, comme d’habitude, remarquable. Difficile, pour qui connaît l’île volcanique, de ne pas se transporter en pensée sur les lieux précis du récit. L’intrigue policière tient en haleine le lecteur, de rebondissement en rebondissement, aux côtés de personnages, pour certains truculents et pittoresques. J’ai beaucoup apprécié ce roman, où j’ai retrouvé la verve de Manook.

Un petit bémol cependant. Contrairement à ce que dit le commentaire de l’éditeur, je ne trouve pas que l’œuvre soit si « à rebours des clichés », que cela. L’auteur accumule tout ce qu’il faut voir de l’Islande, un peu comme une brochure touristique, entrant dans des détails sans intérêts pour l’histoire : la liste intégrale des ingrédients du hot-dog emblématique du pays ou l’existence du musée, très touristique, du phallus. Qu’on se rassure, ce bémol n’altère en rien le plaisir de la lecture de Heimaey.

PS: Il aurait été appréciable que l'éditeur ne commette pas d'erreurs dans l'écriture des noms islandais. Ainsi Keflavík devient Keyflavík, puis Keyfkavík... et il y a d'autres exemples. Certes, ces noms ne nous sont pas familiers et sont complexes à écrire (quoique Keflavík...), mais bien d'autres éditeurs les manient et les orthographient correctement. Un peu de professionnalisme Monsieur Albin Michel !