Une interview de Katrín Jakobsdóttir, premier ministre et spécialiste des romans policiers

Du roman policier à la course au pouvoir : rencontre avec le premier ministre islandais.

Valur Gunarsson, The Reykjavik Grapevine (grapevine.is), 1er février 2018.

 

On dit que tout le monde se connait en Islande, mais c’est exagéré. Je suis allé voir le président, Guðni Th. Jóhanesson, cet automne et le cadre était plutôt formel. Un serviteur en gants blancs m’a conduit dans la salle d’attente, demandé d’écrire mon nom sur un le registre des invités et escorté jusqu’au bureau de Guðni.

Rendre visite au premier ministre est une chose différente. Un type derrière son bureau vous appelle et des gens courent de tous les côtés. L’équipe photo de Grapevine a pris possession de la salle d’attente. Nous sommes maintenant quatre et il semble que nous soyons plus nombreux que l’équipe du premier ministre. Le bâtiment, élevé comme prison en 1770, semble aussi petit pour sa fonction. Conçu à l’origine pour contenir 70 détenus et considéré comme le bâtiment le plus robuste de l’époque, le gouverneur danois décida, en 1819, d’en faire le siège du gouvernement jusqu’à nos jours.

La grande secrétaire de presse, Lára Björg, me reçoit après 15 minutes de contemplation des photographies murales des différents gouvernements qui se sont succédé depuis 1944, arrive Katrín Jakobsdóttir. Elle est moins grande que dans mon souvenir, l’ayant côtoyée sur le campus de l’université, il y a une vingtaine d’années, quand elle étudiait la langue et la littérature islandaises.  Avant cela, elle avait obtenu les plus hautes notes jamais données dans son lycée.

Alors pourquoi cette jeune femme férue de livres, connue pour être une avide lectrice de polars, est-elle arrivée en politique ? Qu’en est-il d’être seulement la deuxième premier ministre femme du pays, à l’époque de #MeToo ? L’ère post-effondrement est-elle finalement terminée ? Et pourquoi le leader de la Gauche Verte fait-elle actuellement partie d’une coalition avec les conservateurs ? On m’introduit dans un salon et nous commençons.

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Vous avez commencé votre carrière comme éditrice dans une maison d’édition et en enseignant. Vos frères sont tous les deux des écrivains reconnus et des universitaires. Cela ne vous a jamais tenté de continuer sur cette voie ?

Je suis toujours engagé sur cette voie. Il n’a jamais été dans mes projets de faire de la politique la carrière de toute une vie. Je n’ai que 41 ans et je pense que c’est dans ce domaine que je finirai, quand j’aurai terminé ici.

 

Alors, comment vous-êtes vous retrouvée dans la politique ?

Je suis une personne à fortes convictions. La plupart des membres de ma famille l’étaient, bien que mes parents ne fussent affiliés à aucun parti. J’ai toujours été très engagée socialement et me retrouvais dans des comités, à l’école ou dans mon quartier. Quand l’engagement social rencontre des convictions fortes, la politique est un débouché naturel.

 

N’avez-vous jamais songé à rejoindre un autre parti ? Pourquoi la Gauche Verte ?

A l’origine, j’ai rejoint la Gauche Verte à cause du barrage de Kárahnjúkar [la construction du barrage dans les hautes terres fut un grand sujet de contestation, au tournant du siècle, notamment pour la Gauche Verte.]. C’est là que j’ai décidé que ce serait mon parti.

[…]

Vous êtes bien connue pour votre amour des romans policiers. Cela vous a-t-il préparé à la vie politique ?

Oui, dit-elle en riant. Ne fais confiance en personne. Comme on dit, seuls les paranoïaques survivent. Je lis des romans tous les soirs, à la fois des polars et de la littérature générale et lorsque je voyage, je commence à paniquer si je n’ai pas de roman avec moi. Je ne trouve pas que la télévision, les ordinateurs ou quoi que ce soit d’autre, puisse remplacer la lecture. La littérature est un bon outil pour d’aide à soi-même ou pour la connaissance de soi – les polars pour le premier et la fiction pour le deuxième.

[…]

Voudriez-vous écrire vous-même un roman ?

En politique, vous êtes toujours pleine d’adrénaline et il me faudrait trouver la paix intérieure pour m’asseoir et écrire. Pour dire vrai, c’est mon rêve d’écrire un roman, mais je serais terrifiée à l’idée d’ouvrir mon cœur et d’avoir de mauvaises critiques.

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