Halldór Kiljan Laxness

Fils de cantonnier, celui qui s’appelle en réalité Halldór Guðjónsson, est né le 23 avril 1902, à Reykjavík. Alors qu’il a trois ans, sa famille quitte la capitale, pour s’installer comme fermiers, dans la ferme de Laxness, sur la route de Þingvellir. C’est de là qu’Halldór tirera son nom de plume.

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Il arrête ses études avant le baccalauréat et publie son premier roman, L’enfant et la nature, à 17 ans. Il commence alors à parcourir le monde. A 21 ans, il se convertit au catholicisme et fait un séjour au monastère de Saint Maurice-de-Clervaux, au Luxembourg. C’est à cette période qu’il adopte son deuxième prénom, Kiljan, en souvenir du saint irlandais. Il envisage même de poursuivre ses études de théologie, à Rome. Il s’installe en Italie, mais renonce finalement à devenir prêtre et rompt avec la religion. Lors de son séjour en France de 1924 à 1926, il se tourne vers le dadaïsme et le surréalisme. Il part, ensuite, aux Etats-Unis, afin de tenter sa chance comme scénariste à Hollywood. C’est lors de cette étape américaine, en Californie et au Canada, en 1924-1930, qu’il se tourne vers le socialisme et rencontre l’écrivain socialiste américain, Upton Sinclair. En 1930, il rentre en Islande et se marie. Il divorce six ans plus tard et se remarie, en 1945, avec une jeune femme de 21 ans. C’est à ce moment-là qu’il fait de nombreux voyages en Union soviétique, et se rapproche du communisme, jusqu’à la rupture, en 1956. Il n’en oublie pas moins son pays, en développant un patriotisme, magnifiant le temps des épopées et des sages, qu’on retrouvera lors dans son œuvre. A la fin de sa vie, il revient vers le spirituel et adopte la philosophie taoïste ; il traduit d’ailleurs Lao-Tseu. En 1974, il prend une part active aux célébrations du 1100ème anniversaire de la colonisation de l’île. Atteint de la maladie d’Alzheimer, il est placé en maison de retraite, à Reykjavík, où il meurt, le 8 février 1998.

 

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La maison et la tombe de Laxness, sur la route de Þingvellir.

Son œuvre est marquée par sa révolte généralisée contre ce qui est institué. Révolte contre la religion luthérienne d’état, qui le conduit à embrasser le catholicisme ; révolte contre la bourgeoisie dirigeante, qui le mène à se rapprocher du socialisme, puis du communisme. Ses lectures du surréalisme, de Marcel Proust,  d’August Strindberg et de la psychanalyse influencent son premier grand texte, Le grand tisserand du Cachemire (1927). Le roman, qui s’inspire de l’art narratif et poétique islandais, interroge les turpitudes du monde et la force de la foi. Dans Salka Valka (1932), il raconte l’histoire d’une  petite fille, dans une misérable communauté de pêcheurs, puis celle d’un paysan islandais qui cherche à se libérer de toute tutelle, dans  Gens indépendants (1934). Ces romans sont marqués par ses préoccupations sociales, qui le pousseront vers le communisme, et par la célébration de la ruralité, à l’image de l’auteur norvégien, Knut Hamsun, qu’il admire. Laxness peint la vie difficile des paysans de son pays, dont il loue la ténacité et le courage, face à un pays rude et à une évolution socio-économique hostile. Mais c’est avec Vers l’Est (1933) et L’aventure russe (1934), qu’il affirme son engagement prolétarien. Il se tourne, petit à petit, vers la célébration patriotique de son pays natal. Lumière du monde (1934), qui raconte les difficultés d’un instituteur, poète et démuni, qui perd tout et, surtout, le triptyque de La cloche d’Islande (1943-1946), où l’on suit un paysan truculent et jovial, condamné injustement, pour avoir assassiné le bourreau du roi, sont autant d’odes à l’âme et à l’histoire islandaise. Dans le troisième volet, Incendie à Copenhague, il peint une fresque romanesque de la lutte de son pays, contre la domination danoise, au XVIIème siècle. Au lendemain de la guerre, il dénonce l’occupation de son pays, par les troupes des Etats-Unis, dans Station atomique (1948), vaste satire du mode de vie américain. Avec La saga des fiers-à-bras (1952), il parodie le genre des sagas, de façon pittoresque et humoristique, tout en posant la question de l’héroïsme. C’est d’ailleurs pour avoir « ressuscité l’ancienne tradition narrative islandaise », qu’il obtient la consécration par l’octroi du prix Nobel de littérature, en 1955. Après son rejet du communisme, Laxness retrouve une période spirituelle, qui affleure dans Les annales de Brekkukot (1957), mais qui s’exprime surtout avec Le paradis retrouvé (1960), où il évoque avec tendresse et ironie la quête de spiritualité.

Par ses textes, Laxness fait évoluer la langue islandaise, par l’emploi d’expressions familières, de néologismes et même, sacrilège, de mots étrangers. Son œuvre comprend près de soixante ouvrages, parmi lesquels des essais, articles de journaux, pièces de théâtre (il adapte La cloche d’Islande, en 1950), recueils de poèmes, comme Opuscule poétique, d’inspiration dadaïste. Il écrit ses mémoires, Dans l’enclos de la maison, en 1975-1977. Il a également traduit Voltaire, Hemingway et Lao-Tseu et obtenu le prix international de la paix, en 1952.

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