Sótt (Rof) de Ragnar Jónasson

001 13 Sótt (Rof) de Ragnar Jónasson

Découvrez les lieux et les photos de Hédinsfjörður dans Autour de... Sótt.

Ecoutez les musiques que Ragnar Jónasson cite dans le roman.

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4ème de couverture (Editions de La Martinière):

« Mais que se passe-t-il encore à Siglufjördur ? L’inspecteur Ari Thór n’est pas venu à bout des secrets de ce village en apparence si tranquille. Lui qui avait fini par se faire à la rudesse du climat et aux hivers trop longs se sent de nouveau pris à la gorge par un terrible sentiment de claustrophobie. La ville est mise sous quarantaine car on suspecte une épidémie de fièvre hémorragique (sótt, en islandais). Les premières victimes succombent tandis qu’un crime vieux de cinquante ans remonte à la surface… Le huis clos se referme sur les habitants de Siglufjördur. »

 

Réflexions de lecture :

Sótt est le quatrième livre traduit en français, de la série Ari Þór, de Ragnar Jónasson.  Dans la chronologie véritable des ouvrages de l’auteur, il arrive en troisième position. J’ai du mal à suivre la « politique » des éditeurs en matière de titre. Est-ce pour faire plus « exotique », que ce livre, comme les trois autres du reste, porte un nom islandais ? Si oui, pourquoi alors s’évertuer à trouver un titre autre que le titre original. Pourquoi utiliser le mot « sótt », qui signifie « fièvre », et non pas garder le titre original, « rof », qui veut dire « rupture » ? Il est des subtilités éditoriales qui m’échappent.

                Ragnar met en scène son policier fétiche de Siglufjörður, Ari Þór, et Ísrún, la journaliste, rencontrée dans le roman précédent, Nátt. Dès le début, le lecteur est confronté à trois affaires, menées en parallèle. L’une se passe à Siglufjörður, alors que les deux autres se situent à Reykjavík.

A Siglufjörður, Ari Þór est confronté à une vieille affaire, un cold case comme il est coutume de dire aujourd’hui, qui tourne autour de la mort par empoisonnement, d’une femme, dans une ferme isolée, cinquante ans auparavant. A Reykjavík, c’est Ísrún qui enquête sur l’enlèvement d’un enfant et la mort, accidentelle (ou non ?), du fils d’une ex-personnalité politique, autrefois en vue. C’est d’ailleurs la journaliste qui fait le lien entre les trois affaires, acceptant, en plus de ses investigations, de donner un coup de main à Ari Þór. Les enquêtes reykjavikoises, sont bouclées dès les deux-tiers du roman… du moins le pense-t-on !

                Trois thèmes se dégagent dans le roman, dont deux sont désormais récurrents dans l’œuvre de Ragnar. L’auteur revient à nouveau sur la notion d’isolement. Dans Snjór, on a connu un Siglufjörður, déjà isolé au nord de l’Islande, bloqué par une tempête de neige et une avalanche. Là, c’est une épidémie de fièvre hémorragique qui menace le pays. La ville est donc mise en quarantaine. Plus personne ne peut entrer ou sortir. La ville est morte et les magasins restent fermés. Comment ne pas penser à la fièvre Ebola ou à la grippe espagnole, pour évoquer cette « maladie française ». C’est cette quarantaine, et l’absence d’enquête qui en découle, qui amène Ari Þór à rouvrir une vieille affaire. Celle-ci se passe dans un endroit plus isolé encore ; un fjord, accessible à pied seulement, au prix d’une marche fastidieuse, lorsque l’hiver ne bloque pas le passage : Hédinsfjörður. Là, deux couples décident de se cloîtrer dans une vieille ferme. Un isolement dans une région, elle-même isolée.

                Le deuxième thème récurrent est celui de la psychologie des principaux protagonistes, dont on suit l’évolution personnelle. Ari Þór se débat encore avec le traumatisme de la perte brutale de ses parents et sa relation chaotique avec Kristín. Ísrún, quant à elle, doit composer avec le traumatisme de son viol et les menaces, que fait peser sur elle sa maladie génétique, révélée dans Nátt.

                Le troisième thème, est le sentiment d’inachevé des enquêtes. Dans la vieille affaire de Siglufjörður, Ari Þór ne peut qu’émettre une hypothèse, qu’il pense très probable, mais qui ne peut être définitivement prouvée. C’est au descendant des familles concernées de croire ou non à cette version. Dans la deuxième affaire, le meurtrier d’une jeune femme reste libre et, comme au moment de l’homicide, n’est pas poursuivi, faute de preuves. Enfin, dans la dernière, un homme politique sort blanchi du scandale et des manipulations, même si Ísrún est convaincue de son implication. Ce roman laisse un gout amer sur la constatation que la justice n’est pas rendue entièrement.

                Comme précédemment, Ragnar rend hommage à son grand-père homonyme, véritable mémoire de Siglufjörður. Ses remerciements, en fin d’ouvrage, sont notamment adressés aux lecteurs français auprès de qui, Ragnar connaît un grand succès.

                Avec ce roman, Ragnar s’impose encore, s’il ne le fallait davantage, comme un grand du polar islandais aux côtés d’Arnaldur, Árni, Yrsa et Lilja.